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La libération
des ports côtiers, 22 août -
1er octobre 1944
Pour poursuivre la lutte vers l'est de
l'Europe, les armées alliées
doivent assurer un chemin fiable pour leur
ravitaillement. Elles doivent donc prendre,
le plus rapidement possible, les ports de
mer de la Manche afin d'y acheminer en grande
quantité les véhicules, le
matériel et les denrées nécessaires
aux hommes et à leurs machines de
guerre.
Les
véhicules de la 4e Division
blindée canadienne traversent
la Seine sur un pont flottant
près d'Elbeuf, le 28 août
1944. |
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-113662. |
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Après la fermeture de la poche de
Falaise, le général Harry
Crerar reçoit l'ordre d'avancer
rapidement vers la Seine et de prendre Le
Havre. Au nord, toujours sous les ordres
de la Première Armée canadienne,
le 1er Corps britannique progresse le long
de la côte jusqu'à Honfleur.
Sur son flanc, le 2e Corps canadien avance
vers Rouen. Le 26 et le 27 août, après
avoir rencontré une poche de résistance
acharnée dans la forêt de la
Londe, les 3e et 4e Divisions canadiennes
franchissent la Seine près d'Elbeuf
et elles atteignent Rouen le 30.
Au début de septembre, le 2e Corps
canadien progresse rapidement dans le nord
de la France. Le 1er septembre 1944, il
atteint Dieppe,
où des centaines de Canadiens sont
tombés au combat deux ans plus tôt.
Le Tréport est libéré
le même jour et les troupes franchissent
la Somme le 3 septembre. Dans la campagne
et dans les villes, la population française
les accueille avec un enthousiasme bruyant.
« Je
ne saurais exprimer l'effet cumulatif
de plusieurs heures de marche à
travers un territoire libéré,
alors que les débris de l'ennemi
vaincu, - chars, véhicules, chevaux
morts et sépultures, - jonchent
les fossés, et que la population,
de nouveau libre, accueille les troupes
victorieuses avec des sourires, des fleurs
et le signe V ...
Le spectacle d'une ville libérée
est tout à fait extraordinaire.
Tout y est, évidemment, couvert
de drapeaux. On a toujours des tricolores
en quantité; mais les Union Jack
et les drapeaux étoilés
étant rares, on les façonne
à la main pour l'occasion. (J'ai
même vu quelques spécimens
du Red Ensign canadien, qui n'auraient
guère plu aux héraldistes
mais qui ont dû plaire à
bon nombre de Canadiens.) Tout le monde
est dans la rue, semble-t-il, et nul ne
semble jamais se fatiguer d'agiter les
mains au passage des troupes en véhicules,
nos hommes ne cessent jamais non plus
de répondre de la main (surtout
à la population féminine!).
Les jeunes agitent les mains, rient et
crient; les enfants hurlent et agitent
des drapeaux; les mères hissent
leurs bébés au bout de leurs
bras afin qu'ils puissent voir défiler
les troupes, et agitent leurs petites
pattes aussi; les gens âgés
se tiennent le long du parcours et paraissent
heureux; et l'armée roule de l'avant...
»
- Lettre
d'un officier à sa famille, 2 septembre
1944.
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Les convois
de la 2e Division d'infanterie
canadienne passent à
travers Rouen le 31 août
1944.
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| Photo
par Harold G. Aikman. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-131346. |
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Les Canadiens ne savent pas que le 4 septembre,
Hitler ordonne à ses armées
le renforcement des unités qui défendent
Calais, Boulogne, Dunkerque et l'île
de Walcheren
En effet, le Führer
juge que la présence des Alliés
dans ces villes serait une grave menace
à l'Allemagne, aussi tient-il à
les défendre coûte que coûte.
À Boulogne, la 3e Division d'infanterie
canadienne se heurte à une garnison
déterminée dès le 5
septembre. La division donne l'assaut sur
la ville portuaire le 17, après un
important bombardement aérien. Les
combats durent six jours et, le 22 septembre,
les derniers éléments allemands
se rendent. Quelque 9 517 hommes sont faits
prisonniers.
Pendant les quatre années d'occupation,
les Allemands ont solidement fortifié
Calais du côté de la mer, mais
ils ne croyaient pas à la possibilité
d'une attaque terrestre. La ville est donc
vulnérable à l'attaque de
la 3e Division qui s'en approche de l'intérieur.
Après huit jours de combats, du 25
septembre au 1er octobre 1944, les Canadiens
maîtrisent enfin la garnison de 7
500 hommes qui défend la ville.
Entre Boulogne et Calais, les batteries
du cap Gris-Nez posent une menace sérieuse
à la navigation puisque leurs canons
de gros calibre peuvent tirer des obus à
grande distance, voire jusqu'à la
côte anglaise. La 9e Brigade d'infanterie
les réduit au silence lors d'une
attaque livrée le 29 septembre.
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Avant
l'assaut sur Boulogne, les militaires
canadiens entrent en contact avec
des membres du maquis français
à la Trésorerie,
le 14 août 1944. |
| Photo
by Donald I. Grant. Department
of National Defence / National
Archives of Canada, PA-166396. |
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En septembre, pendant qu'ils nettoient
la région côtière, les
unités canadiennes découvrent
et détruisent plusieurs bases de
lancement de bombes volantes, les V-1. Les
Canadiens se réjouissent de débarrasser
de ce fléau la population londonienne,
avec laquelle les soldats ont tissé
de nombreux liens d'amitié pendant
leurs longues années d'attente et
d'entraînement.
Au début d'octobre 1944, les Alliés
possèdent les ports du nord de la
Seine mais le problème du ravitaillement
n'est pas encore résolu. Les ports
de Dieppe, du Tréport et d'Ostende
sont ouverts mais ils n'offrent pas le débit
nécessaire au ravitaillement des
forces alliées. Les ports du Havre,
de Boulogne et de Calais demeurent hors
d'usage à cause des destructions
qu'ils ont subies. Plus au nord, Anvers
est aux mains des Alliés depuis le
3 septembre, mais la ville se situe sur
les berges de la rivière Escaut,
à près de 80 kilomètres
de la mer, et l'accès au port demeure
contrôlé par les Allemands
qui occupent les rives de l'estuaire. Il
n'y a qu'une façon d'assurer l'approvisionnement
nécessaire au progrès de la
campagne : prendre l'Escaut. Cette tâche
échoit à la Première
Armée canadienne.
La bataille de l'Escaut,
1er octobre - 8 novembre 1944
L'Escaut s'ouvre sur la mer par un très
large estuaire divisé en deux par
une longue péninsule. Trois îles
forment la péninsule : Beveland-Sud,
Beveland-Nord et Walcheren. Située
sur la zone frontalière entre la
Belgique et les Pays-Bas, cette région
est faite de polders, des terres basses
arrachées à la mer grâce
à un ingénieux réseau
de digues et de canaux. Les routes passent
sur les digues, hautes de 4 à 5 mètres
: dans cette région plane et humide,
personne ne peut avancer sans être
vu. C'est là que la Première
Armée canadienne doit déloger
les divisions allemandes qui ont reçu
l'ordre de défendre à tout
prix l'accès au port d'Anvers. L'île
de Walcheren, au nord, et Breskens, au sud,
constituent les deux positions les plus
fortement défendues.
Le lieutenant-général Guy
Simonds commande l'attaque de la Première
Armée canadienne sur l'Escaut, en
remplacement du général Harry
Crerar qui se remet d'un accès
de dysenterie. Avant de donner l'assaut,
il ordonne le bombardement aérien
des digues de manière à inonder
l'île de Walcheren et une partie des
terres basses de la rive sud de l'estuaire.
Le
caporal S. Kormendy couvre le
sergent H.A. Marshall, un éclaireur
des Calgary Highlanders, alors
qu'il avance en terrain découvert
près de Kapellen (Belgique)
le 6 octobre 1944. |
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-131245. |
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Le 2 octobre 1944, la 2e Division d'infanterie
canadienne marche vers le nord à
partir de la région d'Anvers, afin
de prendre l'entrée du Beveland-Sud
et d'avancer le long de l'isthme. La division
se heurte à une résistance
insurmontable près de Woensdrecht
et de Hoogerheide. Le 8 septembre, des forces
allemandes massées au-delà
de Korteven ripostent par des contre-attaques
violentes. Woensdrecht, un point stratégique
capital puisqu'il contrôle l'accès
à la péninsule, reste entre
les mains des Allemands. Des combats sanglants
se poursuivent jusqu'au 16 octobre, alors
que Canadiens et Allemands se disputent
la route d'accès à la péninsule.
Le 13 octobre, « Black Friday
», le régiment du Black
Watch se trouve décimé une
deuxième fois en quatre mois. Au
cours d'une lutte particulièrement
sauvage, il perd 145 hommes, dont tous ses
commandants. Le 16 octobre, le Royal Hamilton
Light Infantry, avec l'appui du 10e Régiment
blindé et de toute l'artillerie de
la division, se fraye un chemin jusqu'au
village de Woensdrecht et se cramponne à
la butte qui le domine. Cette fois, les
contre-attaques sont repoussées et
la position conservée, mais au prix
de nombreuses vies.
« La
compagnie A a signalé qu'elle était
attaquée par un canon automoteur
et que le 9e peloton subissait un feu
d'artillerie intense. Un combat au corps
à corps a suivi et une de nos sections
de pièces de 6 livres a tiré
sur l'ennemi à bout portant avant
que leur canon ne soit touché et
mis hors d'usage... »
-
Royal Hamilton Light Infantry, Journal
de campagne, 15-17 octobre 1944
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Une colonne
d'Alligators passe devant des
véhicules amphibies Terrepin
sur l'Escaut, près de
Terneuzen, le 13 octobre 1944.
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| Photo
par Donald I. Grant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-114754. |
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Pendant ce temps, la 3e Division s'attaque
à la poche de résistance des
environs de Breskens. La traversée
du canal Léopold, dans la nuit du
6 au 7 octobre, s'avère difficile.
Parvenus sur le côté contrôlé
par l'ennemi, les soldats établissent
des têtes de pont à peine plus
profondes que la berge du canal. Le terrain
est détrempé et les tranchées
que les hommes creusent pour se mettre à
l'abri se remplissent d'eau. Toute la zone
est balayée par le feu ennemi, y
compris par les gros obus de batteries côtières
situées à plus de 15 kilomètres
de là. Les blessés affluent
au poste de secours régimentaire.
Malgré la résistance, la 7e
Brigade solidifie sa tête de pont
et poursuit son avance.
« Cette
nuit, sous un intense pilonnage d'artillerie,
les compagnies A et B ont franchi le CANAL
LEOPOLD sur un pont construit par le Génie
royal canadien. Pendant qu'il s'éloignait
du pont, le 12e peloton de la compagnie
B a été envoyé auprès
d'un peloton du 1 Canadian Scottish Regiment
afin de l'aider à repousser une
contre-attaque énergique
»
-
Royal Winnipeg Rifles, Journal de campagne,
6-13 octobre 1944
De l'autre côté de Breskens,
la 9e Brigade effectue un assaut amphibie
dans la nuit du 9 octobre. À bord
de véhicules de débarquement
à chenilles Alligator et Buffalo,
les unités d'infanterie débarquent
au-delà de l'anse Braakman, près
de Hoofdplaat, et prennent les Allemands
par surprise, ceux-ci ne s'attendant pas
à une attaque venant de l'Escaut.
Les Canadiens établissent une solide
tête de pont, avec mortiers et mitrailleuses
lourdes, avant que les Allemands n'entament
une riposte sérieuse. Pendant trois
semaines, les unités de la 3e Division
talonnent les troupes allemandes sur ce
terrain rendu extrêmement difficile
par l'eau et par la boue. Toute résistance
est enfin vaincue dans la poche de Breskens
et, le 3 novembre à 9h50, on inscrit
au journal de campagne de la 3e Division
: « Opération Switchback
maintenant terminée ».
Sous cette inscription, quelqu'un ajoute
: « Dieu merci! »
La
7e Brigade traverse un village
situé à proximité
du canal Léopold, le 18
octobre 1944. |
| Photo
par Donald I. Grant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-137188. |
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« En
un rien de temps, la plage s'est mise
à bourdonner d'activité.
Leurs gros moteurs rugissants, les grands
monstres amphibies rampaient comme de
grands reptiles marins, enjambant la digue
et crachant le feu par leurs tuyaux d'échappement
»
-
North Nova Scotia Highlanders, Journal
de campagne, 6-10 octobre 1944
Après la prise de Woensdrecht, la
2e Division s'attaque au nettoyage du Beveland-Sud.
Le 24 octobre, ses unités s'engagent
sur l'isthme qui rattache l'île au
continent. Deux jours plus tard, d'autres
unités franchissent l'Escaut à
bord de véhicules amphibies Buffalo
et de péniches de débarquement.
Au Beveland-Sud, Canadiens et Britanniques
avancent rapidement. Ils ne rencontrent
qu'une faible opposition car les troupes
allemandes tentent maintenant d'abandonner
l'île. Le 2 novembre, le Beveland-Sud
et le Beveland-Nord sont libérés.
La dernière résistance ennemie
se concentre sur l'île de Walcheren,
véritable forteresse dont les plages
sont parsemées de nombreuses batteries
lourdes. Il n'y a qu'un seul accès
routier : la chaussée de Walcheren,
un chemin droit, large de quelque 40 mètres,
long de 12 kilomètres. La chaussée
supporte la route principale ainsi qu'une
voix ferrée dont il ne reste qu'un
seul rail. De part et d'autres, ce ne sont
que de vastes étendues de boue trempée,
parsemée de roseaux. Il n'y a rien
pour se protéger sur cette route.
De l'île de Walcheren, il ne reste
que les hauteurs du périmètre,
le centre étant complètement
inondé.
La bataille pour s'emparer de la chaussée
de Walcheren commence le 31 octobre. Les
Black Watch, les Calgary Highlanders et
le Régiment de Maisonneuve se succèdent.
Une étroite tête de pont est
enfin établie le matin du 2 novembre
et les soldats du Régiment de Maisonneuve
s'y accrochent désespérément
pendant des heures, avant d'être enfin
relevés. Le Régiment de Maisonneuve
et le 5e Régiment d'artillerie de
campagne qui assure sa couverture sont les
dernières unités de la 2e
Division canadienne à participer
à la bataille de l'Escaut. Relevés
par des unités britanniques, les
Canadiens exténués quittent
le champ de bataille pour se diriger vers
une aire de repos.
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Un
camion d'artillerie avec canon
en remorque a glissé hors
de la route dans la région
inondée du Beveland, le
28 octobre 1944. |
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-131257. |
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Le 1er novembre, des assauts amphibies
sont dirigés sur Westkapelle, Flessingue
et, après des combats difficiles,
les dernières résistances
s'effondrent le 7 novembre. L'île
de Walcheren est enfin prise Après
le déminage de l'estuaire, l'Escaut
est ouvert à la circulation maritime.
Le 28 novembre 1944, le port d'Anvers reçoit
le premier convoi de ravitaillement. L'Armée
canadienne n'est pas représentée
aux cérémonies d'ouverture
du port, mais le premier navire du convoi
est canadien. Construit dans un chantier
naval du Canada, il porte le nom historique
de Fort Cataraqui.
| Lectures
suggérées: |
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Terry Copp et Robert Vogel,
Maple Leaf Route : Scheldt,
1984
C.P. Stacey, La Campagne
de la Victoire, volume III de
l'Histoire officielle de la participation
de l'armée canadienne à
la Seconde Guerre mondiale, 1960
W. Denis Whitaker et Shelagh
Whitaker, Tug of War : The canadian
Victory that Opened Antwerp, 1984
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