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La libération des Pays-Bas et la reddition de l'Allemagne |
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L'hiver sur la Meuse, 8 novembre 1944 - 7 février
1945 Les cinq mois de combat ont durement affecté tous les bataillons
de la Première Armée canadienne. Les régiments ont
perdu des hommes en grand nombre. Il y a eu beaucoup de morts et de nombreux
soldats ont dû quitter le front pour récupérer après
avoir été blessés. D'autres, souffrant de traumatismes
psychologiques, se sont effondrés sous le stress constant causé
par la mort toujours présente, par la menace continuelle des mortiers,
des obus et des balles. Enfin, des hommes ont été capturés
par l'ennemi pour être interrogés puis transportés
vers l'un des stalags situés en territoire allemand. En Europe du nord-ouest, comme en Italie, les divisions canadiennes n'atteignent
plus leur plein effectif faute d'hommes entraînés pour combler
le vide laissé par des pertes très élevées.
La situation atteint l'état de crise en octobre 1944, ce qui amène
le ministre de la défense, le colonel J.
Layton Ralston, à visiter les troupes canadiennes pour mesurer
l'ampleur du problème. Convaincu de la nécessité
de donner à l'armée les renforts demandés, Ralston
tente de convaincre le gouvernement canadien de rendre le service outre-mer
obligatoire. Craignant une crise encore plus grave auprès de la
population, le premier ministre Mackenzie
King refuse de revenir sur sa promesse selon laquelle son gouvernement
n'obligerait jamais les Canadiens à se rendre au front contre leur
gré. Ralston démissionne et le général Andy
MacNaughton lui succède comme ministre de la défense;
l'espoir qu'entretenait McNaughton de convaincre les conscrits pour la
défense territoriale à accepter le service outre-mer ne
se matérialise pas et le problème reste entier. En revanche, les militaires canadiens qui ont survécu à cinq mois de campagne sont maintenant des soldats aguerris. Toutefois, l'hiver qu'ils passent sur la Meuse, près de Nimègue (Pays-Bas), n'a rien d'une partie de plaisir. Ils doivent tenir une tête de pont cruciale, car elle servira de point de départ au passage du Rhin. Ils doivent aussi tenir les Allemands en alerte. Ceux-ci se trouvent à peu de distance, de l'autre côté de la Meuse. Pendant que les armées américaines et britanniques attaquent plus au sud, les Canadiens doivent donner à l'ennemi l'impression qu'une offensive est imminente, l'obligeant ainsi à garder ses troupes dans ce secteur. Habillés d'uniformes blancs pour se camoufler dans le paysage enneigé, les Canadiens patrouillent le secteur de manière « active et agressive », profitant de toutes les occasions possibles pour s'emparer d'une parcelle de terrain ou d'un prisonnier. Un événement inattendu repousse l'attaque prévue de plusieurs semaines. En effet, du 16 au 26 décembre 1944, Hitler tente de chasser les Américains des Ardennes afin de reprendre Anvers. Ces derniers freinent l'élan des divisions ennemies, mais l'offensive sur le Rhin commencera avec plusieurs semaines de retard. La bataille de la Rhénanie, 8 février - 11 mars 1945
Pendant l'opération Veritable, la Première Armée
canadienne doit partir de la région de Nimègue et avancer
vers le sud-est pour s'emparer de la Rhénanie, une région
relativement étroite qui sépare la Meuse et le Rhin. La
frontière entre les Pays-Bas et l'Allemagne longe ce secteur parallèlement
à la Meuse : cette fois, les combats se dérouleront en sol
allemand et l'on s'attend à une opposition farouche. Trois lignes
de fortes défenses protègent la région : une première
ligne d'avant-postes, la ligne Siegfried qui traverse la forêt de
Reichswald et les fortifications de la forêt de Hochwald. Pour ralentir
l'avance alliée, les Allemands ont rompu des digues et inondé
la région. Avec le dégel de février, le sol est devenu
boueux et mou, rendant la circulation difficile pour les blindés
et l'artillerie. La Première Armée canadienne réunit sous les ordres
du général Crerar
les divisions du 2e Corps canadien ainsi que neuf divisions britanniques
et des unités belges, hollandaises, polonaises et américaines.
C'est la plus grande force militaire jamais commandée par un officier
canadien. L'opération commence le 8 février par des bombardements
aériens et une puissante offensive d'artillerie. Sous le commandement
de la Première Armée canadienne, le 30e Corps britannique
avance vers la forêt de Reichswald. Sur son flanc gauche, la 3e
Division canadienne, surnommée les « Rats d'eau »
doit nettoyer la région inondée qui s'étend au nord
de la route de Nimègue à Calcar. Pour cette tâche,
l'infanterie canadienne avance à bord de véhicules amphibies
Buffalo; en revanche, elle ne peut avoir aucun appui d'artillerie ou de
blindés.
Les Allemands ont l'avantage de bons ouvrages défensifs - fossés
antichars, réseaux de tranchées, emplacements fortifiés
- et semblent posséder armes et munitions en quantité inépuisable.
Ils défendent maintenant leur patrie et ils y mettent toute leur
énergie. En outre, il pleut beaucoup et l'humidité combinée
au froid rend les conditions de combat extrêmement désagréables.
En dépit de cela, l'opération commence bien. Les avant-postes
étant pris dès le premier jour, la ligne Siegfried est enfoncée
le 10 février. Le 16 février, la 7e Brigade rencontre une résistance inattendue
près du bois de Moyland, en direction de Calcar. Les fantassins
se heurtent à des tirs de mitrailleuses, de mortier et d'obus.
Après quelques jours de combat difficiles et de durs revers subis
par les Royal Winnipeg Rifles et les Canadian Scottish, la 7e Brigade
monte une attaque systématique afin de débarrasser la forêt
des derniers combattants allemands. Le 21 février, la forêt
est enfin prise, mais, en six jours, la division a perdu 485 hommes tués,
blessés ou faits prisonniers. Pendant ce temps, la 4e Brigade se trouve engagée dans un terrible
combat sur la route Goch-Calcar. L'avance des chars et des véhicules
de transport Kangaroo est entravée par la boue dans laquelle ils
s'enlisent et par le tir des canons de 88 mm embusqués le long
de la route. Le 19 et le 20 février, attaques et contre-attaques
se succèdent avec violence. Après avoir été
repoussée, la 4e Brigade reprend du terrain, mais elle a perdu
près de 400 hommes, dont plusieurs ont été faits
prisonniers.
Après la lente progression des derniers jours, le lieutenant-général Guy Simonds décide de porter une attaque concentrée pour s'emparer de la forêt de Hochwald et de Xanten. L'opération, appelée Blockbuster, débute le 25 février. Le 2e Corps canadien avance de pied ferme, prenant Keppeln, Üdem puis la crête de Calcar. La lutte pour prendre la forêt de Hochwald, âprement disputée à la Première Armée allemande de parachutistes, se poursuit du 27 février au 3 mars. À l'est de la forêt de Hochswald, le 2e Corps canadien s'empare de Xanten le 10 mars. Pendant ce temps, la Neuvième Armée américaine avance du sud vers le nord en direction de Wesel. Avant de se trouver pris entre les deux armées alliées, les Allemands se replient en ordre vers l'autre rive du Rhin. Le 11 mars, le 21e Groupe d'armées occupe la rive gauche du Rhin : la bataille de la Rhénanie est terminée.
Le passage du Rhin, 23 mars 1945 Le soir du 23 mars 1945, le maréchal Montgomery déclenche
l'opération Plunder : le passage du Rhin près de
Wesel et de Rees. C'est un assaut classique, précédé
de bombardements aériens et d'artillerie. Dans des bateaux d'assaut
à fond plat et dans des véhicules amphibies, quatre divisions
britanniques et américaines ainsi qu'une brigade de commando franchissent
les 500 mètres qui séparent les deux rives du large fleuve.
La 9e Brigade d'infanterie canadienne participe à l'opération;
elle franchit le Rhin au nord de Rees et prend ensuite Millingen. Les troupes anglo-canadiennes qui ont combattu sur la rive ouest du Rhin
ont terriblement souffert de l'artillerie allemande. Cette fois, Montgomery
décide de réduire l'artillerie ennemie au silence au moyen
d'une importante opération aéroportée, appelée
Varsity. Pendant que l'infanterie traverse le fleuve, 1 589 avions
s'avancent en vagues successives. En plein jour, malgré une riposte
intense, les bataillons de parachutistes descendent derrière les
lignes allemandes et, de leurs points de chute, se mettent immédiatement
en action. Quelque 1 337 planeurs atterrissent dans la zone de chute avec
les véhicules et l'équipement nécessaire aux parachutistes.
Le 1er Bataillon
canadien de parachutistes participe à l'opération dans
une région boisée qui longe la route Wesel-Emmerich. Dès
son arrivée, le bataillon canadien doit faire face à un
feu intense de mitrailleuses et de tirailleurs mais cela ne l'arrête
pas et, en quelques heures, il nettoie ses objectifs.
En fin d'après-midi, les troupes terrestres et aéroportées
effectuent leur jonction et consolident la tête de pont de la rive
est du Rhin. La bataille est gagnée, les Alliés ayant réussi
à franchir l'une des dernières défenses naturelles
du Reich. Il y a maintenant de bonnes raisons de croire à la fin
rapide de la guerre. Dans les derniers jours de mars, des unités canadiennes avancent vers le nord pour prendre Emmerich, sur la rive droite du Rhin, pendant que le général Crerar transfère le quartier-général de la Première Armée canadienne du même côté du fleuve. Le 1er avril 1945, le 1er Corps canadien, commandé par le major-général Charles Foulkes, passe sous le commandement de la Première Armée canadienne. Il remplace le 1er Corps britannique du major-général Crocker, qui était sous les ordres du général Crerar depuis la Normandie, celui-ci passant sous le commandement de la Deuxième Armée britannique.
Après le passage du Rhin, la Première Armée canadienne reçoit la double tâche de libérer la Hollande occidentale et d'avancer vers le nord-est des Pays-Bas et le nord de l'Allemagne, jusqu'au fleuve Weser. La libération de l'ouest des Pays-Bas, 2 - 25 avril 1945
À l'ouest, le 1er Corps canadien doit prendre le contrôle d'Arnhem afin d'assurer la sécurité de la route Arnhem-Zutphen, qui sera empruntée par les convois de ravitaillement des troupes progressant vers le nord-est. Des chasseurs Spitfire et Typhoon de la RAF attaquent les défenses d'Arnhem le 12 avril et, le soir même, l'artillerie bombarde la ville. Le 14, Arnhem est complètement dégagée. Apeldoorn est libérée du 15 au 17 avril. À mesure qu'elles avancent, les troupes du 1er Corps canadien commencent à apercevoir chez les civils des signes de malnutrition. En fait, la menace d'une famine très grave pèse sur la population de la Hollande occidentale. Les troupes allemandes qui se trouvent toujours dans ce secteur sont encerclées et vont certainement inonder la région si elles sont attaquées. Afin d'éviter une crise humanitaire, le 1er Corps cesse d'avancer le 22 avril. Des négociations entreprises entre les autorités allemandes et canadiennes aboutissent à l'acceptation d'une trêve pour permettre le transport de vivres par camion et par avion. Des milliers de tonnes de vivres sont ainsi distribués à compter du 3 mai 1945. L'avance sur le front nord, 23 mars - 25 avril 1945 Par ailleurs, le 2e Corps canadien réalise des progrès
rapides vers le nord, la résistance allemande s'étant nettement
affaiblie. Il reste cependant de nombreux points où l'ennemi offre
encore une opposition entêtée. À Zutphen et le long
du canal Twente, la 3e Division d'infanterie canadienne se heurte ainsi
à l'acharnement de la 361e Division d'infanterie à laquelle
est rattachée un bataillon d'instruction parachutiste formé
principalement d'adolescents. Le 8 avril, ceux-ci cèdent enfin
et Zutphen est prise. Aux environs de Zutphen, les troupes canadiennes
découvrent un spectacle affligeant : Stalag VI C, un camp de prisonniers
capturés sur le front russe. La 3e Division rencontre encore une forte résistance à Deventer, situé sur la rive du fleuve Ijssel. Deventer est prise en une journée, le 10 avril, et la ville est rapidement nettoyée avec l'aide d'un groupe de résistants hollandais. La 3e Division reprend ensuite sa progression vers le nord et ne rencontre qu'une opposition désorganisée, facile à vaincre. Le 15 avril, elle atteint Leeuwarden, située à une quinzaine de kilomètres du littoral de la mer du Nord.
Pendant ce temps, la 2e Division d'infanterie avance rapidement sur le flanc droit de la 3e Division. Avec l'aide de détachements aéroportés, elle atteint Groningue le 13 avril. Là, il faut déloger les tirailleurs qui se cachent dans les maisons et les mitrailleuses installées dans les sous-sols. Des troupes SS portent des vêtements civils et tirent sur les Canadiens; ces derniers reçoivent l'ordre de les abattre à vue. La résistance s'écroule enfin le 16 avril.
La 1re Division blindée polonaise, commandée par le major-général Maczek, revient sous le commandement du 2e Corps canadien le 8 avril. Elle progresse rapidement le long de la frontière qui sépare les Pays-Bas de l'Allemagne. La 4e Division blindée canadienne, quant à elle, avance un peu plus au sud, traversant Meppen (Allemagne) le 6 avril pour atteindre le canal Küsten, qu'elle franchit le 14 avril. Dans les semaines qui suivent, le nettoyage va bon train sur tout le
secteur occupé par le 2e Corps canadien et les troupes progressent
rapidement, libérant le reste du territoire néerlandais,
occupant les plaines du nord de l'Allemagne jusqu'à la Weser. La
résistance de la Wehrmacht est bel et bien brisée.
Bientôt, l'étau des forces alliées se resserre sur
Berlin et Hitler s'enlève la vie. Dans les campagnes des Pays-Bas, les acclamations joyeuses et les baisers
de la population enfin libérée remplacent le crépitement
des mitrailleuses. Le soir du 4 mai, les troupes entendent sur les ondes
de la BBC la nouvelle tant attendue : l'Allemagne a capitulé. L'ordre
arrive du quartier-général quelques heures plus tard : toutes
les hostilités doivent prendre fin le 5 mai 1945 à 8h00. La guerre est finie en Europe.
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