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Rapport du Sergent GARIÉPY, 6e Régiment canadien de blindés,
sur la capture d'Allemands au nord de FALAISE |
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Mon char faisait partie de la 2e troupe sous le commandement du lieutenant
THORNTON (actuellement blessé) et nous étions postés
sur le flanc gauche de l'escadron à la ligne de départ pour
l'attaque. Le but de la manuvre était d'atteindre le plus
rapidement possible notre objectif, une hauteur qui dominait FALAISE.
Nous avons commencé l'attaque conformément aux ordres et
avons tenté un départ rapide à 12h00. Notre vitesse
fut telle que nous avons bientôt perdu le contact avec les autres
chars de l'escadron, le terrain où nous avancions étant
une suite de dépressions naturelles, de vergers, de haies et de
taillis. Les éléments de notre troupe demeurèrent
en étroit contact après que nous ayons trouvé un
certain nombre de positions antichars, dont nous nous sommes emparés.
J'en comptai huit immédiatement devant nous, entre la ligne de
départ et ROUVRE. Nous avons atteint une hauteur au nord de ROUVRE
et avons fait une pause pour nous réorganiser. Ne pouvant apercevoir
mon chef de troupe, je l'appelai sur le poste radio « B »,
sans résultats. Je l'appelai ensuite sur le poste «
A », toujours sans succès. Apercevant notre FIREFLY
(un type de char Sherman) à proximité, je lui fis signe
que je l'appelais sur le « A », mais il ne m'a
pas reçu. Je recevais des messages, mais je ne pouvais pas émettre,
ni sur le « A » ni sur le « B ».
Je me suis alors dirigé seul à l'est de ROUVRE dans l'intention
de réparer mon poste radio et de changer mes brownings. Mes deux
.30 s'étaient enrayés à cause de la chaleur due à
l'intensité des tirs, inquisiteurs ou nécessaires, qui avaient
accompagné notre course. Alors que je travaillais dans mon char,
le FIREFLY s'est éloigné et il n'était plus là
quand j'ai regardé. Incapable de réparer mon poste radio
mais avec les browning remis en état, je décidai de rejoindre
la première unité que je rencontrerais. J'ai fini par tomber sur le lieutenant EVRETT de l'escadron «
C » et lui ai fait part de mon efficacité réduite;
j'ai suggéré de rejoindre son unité et de prendre
le numéro de code 5. Avec lui, j'ai traversé la LAIZE sur
un pont »Bailey » puis nous avons continué
notre avance vers les hauteurs au sud de ROUVRE. Arrivés au sommet,
nous avons tourné à gauche (vers l'est) et continué.
On apercevait un nombre important d'ennemis en avant et il y avait beaucoup
de tirs. Mon dernier browning finit par rendre l'âme, complètement
inutilisable. Je continuai à avancer en utilisant les canons anti-blindage
[ « AP » ou « Armour Piercing »]
et les charges explosives [ « HE » ou «
High Explosive »]. Il y avait plusieurs canons ennemis de
fort calibre devant nous, surtout des 75 mm. Mon mécanisme à
solénoïde pour le 75 mm me lâcha à ce moment-là.
Mon mitrailleur, le soldat P. Kaspar, me dit qu'il pouvait peut-être
le réparer, alors j'ai attendu une occasion de nous mettre à
couvert dans une dépression du terrain pour essayer de nous sortir
de cette pitoyable situation. Comme on approchait d'un taillis où j'allais m'immobiliser, j'aperçus
quelques ennemis à l'autre bout du bosquet. Je les ai chargés
et étant très près ils ont pris peur et sont sortis
en faisant « KAMERAD », ce à quoi on était
maintenant habitués. Le premier était un major ou l'équivalent;
je lui ai crié de s'approcher et je suis descendu pour aller le
chercher moi-même, pendant que mon équipage me couvrait avec
le canon de 75. L'officier ennemi s'apprêtait à brûler
des papiers, des cartes, des diagrammes et des dessins avec des notes,
que j'ai remis à l'officier de renseignement de la brigade à
mon retour. Il y avait là 16 hommes quand je suis arrivé;
j'ai demandé s'il y en avait d'autres; ils m'ont répondu
que oui, dans le taillis. Je suis remonté dans le char et pendant
que mon co-pilote surveillait les prisonniers avec sa mitrailleuse Sten,
j'ai dit à l'officier de donner ordre aux autres de sortir, sinon
je tirais dans le bosquet. Il donna un ordre, mais seulement deux hommes
sortirent, et il avait crié très fort. Je ne devais pas
avoir l'air très content car il a recommencé. Cette fois-ci
il a crié « Rendez-vous tous! » en allemand,
et pour faire bonne mesure j'ai tiré une salve de HE avec la gâchette
mécanique. Les autres sont sortis, 24 hommes en tout, dont quatre
lieutenants. J'ai remarqué que la plupart portaient des éperons
et sentaient le cheval, alors j'ai examiné le bosquet de plus près.
J'ai trouvé huit canons, des 75 et des 88 mm avec leurs affûts,
prêts à être tirés en position pour faire face
à notre avancée. Au fur et à mesure qu'on nettoyait
le bosquet, le nombre de prisonniers augmentait toujours; il en sortait
de partout. En un rien de temps, j'en avais 110 autour de mon char. J'ai
fait venir l'officier responsable à mes côtés et lui
ordonnai de les faire se ranger par quatre immédiatement devant
le char, ce qu'ils ont fait rapidement. Je lui demandai de leur donner
ordre de se débarrasser du reste de leur équipement, ce
qu'ils ont fait également. Je lui expliquai qu'ils marcheraient
devant le char en quatre colonnes, et que si quelqu'un faisait un geste
suspect, mes hommes tireraient dans le tas. Je leur ordonnai de se mettre
en marche et nous nous sommes dirigés vers MÉZIÈRE,
que je savais occupée par notre infanterie. Pendant la marche,
je suis resté le plus possible à découvert pour éviter
d'être pris pour cible par nos propres troupes. En cours de route,
d'autres petits groupes de prisonniers se sont joints à nous. En
arrivant à MÉZIÈRE, nous étions plus de 200. Juste avant d'arriver au village, nous avons essuyé le feu de
mitrailleuses ennemies. J'ai donné ordre aux prisonniers de guerre
de s'asseoir tout de suite par terre, puis je suis allé avec mon
officier voir d'où venaient les coups de feu. L'officier me dit
que dans un petit taillis à notre gauche, il y avait quatre SS
qui tiraient sur les prisonniers. J'ai démonté une mitrailleuse
et son trépied, je l'ai remontée à un endroit approprié
et j'ai demandé à mon co-pilote, le soldat MILLER et à
l'opérateur, le soldat SERWACK de se mettre au browning. Il était
hors d'usage, mais les prisonniers ne le savaient pas. Je donnai l'ordre
que si un seul se levait ou faisait mine de se lever, mes hommes tirent
dans le tas. Je suis remonté dans le char bien équipé
en HE, j'ai avancé de 400 verges environ jusqu'à l'endroit
désigné et j'ai tiré deux salves sur la cible. J'ai
avancé encore un peu et j'ai vu ce qui restait des quatre SS et
de leur mitrailleuse de 25 mm. J'ai rejoint les prisonniers et nous sommes entrés à MÉZIÈRE
sans autres difficultés. Au village, l'infanterie m'a donné
quelque 25 prisonniers de plus et m'a indiqué la direction de la
« cage ». J'ai informé les fantassins
aux abords du village de l'emplacement des pièces d'artillerie
dans les bosquets et j'ai vu six hommes aller les garder. De MÉZIÈRES,
ma colonne s'est dirigée ensuite vers ROUVRE et je recueillis encore
d'autres prisonniers en chemin. En arrivant à ROUVRE, j'avais 352
hommes. Un capitaine du régiment Algonquin me dit qu'il n'y avait
pas de lieu de détention pour les prisonniers de guerre dans le
voisinage. Il se mit en contact avec sa brigade et j'appris que la cage
la plus proche était à CAUVICOURT, à une bonne distance.
Je fis avancer ma colonne, toujours couverte par le char derrière,
moi marchant devant avec l'officier responsable à mes côtés.
Nous avons atteint CAUVICOURT après la tombée de la nuit
à mon grand soulagement. J'ai pu remettre mes prisonniers à
un officier pour interrogation. Il me demanda de rester à proximité
car il avait besoin de moi pour les conduire encore plus loin, à
IFS. Je lui ai expliqué que ce n'était pas possible car
il est très difficile d'escorter des prisonniers avec seulement
un char. Il me dit qu'il comprenait mais qu'il n'y avait pas le choix. Après avoir consulté mes hommes, je pris la décision
de refuser. Nous n'avions rien mangé depuis le matin, nous avions
combattu en infériorité numérique de 12h00 à
16h00, nous avions recueilli plusieurs centaines de prisonniers et marché
6 milles. Il faisait nuit (il était à peu près 22h00),
mes hommes étaient fatigués; aussi, je donnai l'ordre de
garer le char dans une cour sous un abri, de prendre congé rapidement
de l'officier d'interrogatoire et de laisser l'équipage prendre
un repos bien mérité. Le lendemain matin, à l'aube, j'ai rejoint l'Échelon B
et me suis rapporté au lieutenant-colonel COLWELL qui était
le brigadier par intérim. Voilà les détails des circonstances entourant la capture de 352 prisonniers allemands et de huit pièces d'artillerie. Je demande que cela soit porté au crédit de l'escadron « C » de notre régiment. P-1109 Sgt L. R. GARIÉPY |
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| À suivre:
22e Régiment blindé canadien (Canadian Grenadier Guards),
Journal de campagne, 17-21 août 1944 |