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Des
chars canadiens prennent position
pour l'attaque contre Falaise,
entre Hubert-Folie et Tilly-la-Campagne,
8 août 1944 |
| Photo
de Harold G. Aikman, Minsitère
de la défense nationale-
Archives nationales du Canada,
PA-132904 |
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Louvières-en-Auge
322323, 17 août 1944, jeudi
L'unité était prête
à se mettre en mouvement, tel qu'indiqué
sur le croquis joint en Annexe 26, à
0500 heures. Il n'y eut pas de mouvement
avant 0900 heures et l'avance a été
effectivement très lente. À
1100 heures, nous avions atteint Sassy et
nous avons dû nous arrêter là,
le 21e et les LSRs [Lake Superior Regiment]
ayant été retenus à
Damblainville. Ordres reçus de procéder
sur JAPAN (Morteaux-Couliboeuf) ce que nous
avons commencé à faire. Il
y eut un rassemblement pour les ordres à
203433, pour donner le parcours vers l'objectif.
Selon un renseignement provenant d'un officier
du North Shore Regiment, ils étaient
à L'Homme-Couliboeuf (2340) en sorte
que l'on n'attendait pas de résistance.
On trouva un officier de liaison de la 10e
Brigade polonaise de blindés à
L'Homme-Couliboeuf. Il dit qu'il s'attendait
à traverser la Dives à cet
endroit et à continuer sur Mandeville
(2732). Le lieutenant Ekers, l'officier
de liaison de la brigade, arriva avec des
ordres pour nous de continuer sur Mandeville
(2732). Le major Hamilton retourna à
la brigade pour vérifier puisque
ces ordres semblaient contredire les plans
des Polonais. À son retour, nous
avons repris notre mouvement, tel qu'indiqué
sur la carte, vers Louvières-en-Auge.
À 311338 nous avons rencontré
deux véhicules ennemis non-blindés
qui ont été touchés.
Deux prisonniers ont été faits.
Ils appartenaient à la 1e Division
de Panzer SS. Un central de communications
a aussi été saisi. Louvières-en-Auge
fut la première ville que nous ayons
« libérée » .
Nous n'avions pas vu de civils entre notre
départ de Caen et Perrières
(1943), mais à Louvières,
nous étions les premières
troupes alliées à atteindre
la ville. Tandis que notre avant-garde faisait
des prisonniers et tirait les Boches, à
1000 verges de là, sur la même
route, les gens nous serraient la main et
nous offraient du vin. Leur joie était
sincère. Les histoires qu'on nous
avait racontées de francs-tireurs
qui prennent les alliés pour cible
se sont évanouies. Ici nous commencions
vraiment à nous sentir comme des
vainqueurs et c'est ainsi que les gens nous
traitaient.
En nous rendant au port à 322323,
nous avons fait six autres prisonniers et
détruits plusieurs véhicules.
C'étaient des voitures civiles repeintes.
Tout semblait indiquer que nous nous trouvions
dans la zone administrative de la 1e Division
de Panzer SS. À 329331 nous avons
été la cible d'un bombardement
court mais violent par notre aviation; le
sergent Hencher a été tué,
et le sergent Muir blessé. Le sergent
MacDonald A., avait été blessé
plus tôt dans la journée par
un tir de mortier. Dure journée pour
les sergents!
Louvières-en-Auge
329331, 18 août 1944, vendredi
Dès l'aube les escadrons 1 et 3
prirent leurs positions de tir à
330313. Une chose tout à fait incroyable
est que les Allemands à ce moment-là
n'avaient aucune idée de notre présence
dans ce secteur. Nos chars avancèrent
en tirant.
Plusieurs véhicules non-blindés,
un semi-chenille, un canon automoteur et,
étrangement, un char Sherman avec
des couleurs allemandes ont été
capturés. Pendant la journée,
l'escadron no 1 a attaqué des cibles
fortuites dans le pays au sud de Trun et
de nombreux véhicules semblent avoir
été détruits par la
chaleur des tirs, bien qu'il soit difficile
d'évaluer les dommages causés.
Quand notre convoi en provenance du LSR
arriva finalement vers midi - on l'attendait
à trois heures du matin -, nous avons
planifié notre attaque de Trun. Elle
devait être exécutée
par le convoi du LSR sous les ordres du
major Murray et sept chars du 3e escadron
sous les ordres du major Smith. Le plan
était de couper la route qui quitte
Trun par le nord est vers 320290, l'infanterie
devant ensuite y pénétrer
sous la protection des chars. En fait, nous
avons été trop au sud et nous
sommes tombés sur des armes antichars
(celles qui tirent par salves de six coups).
On leur a réglé leur compte,
puis les chars se sont dirigés au
nord de Trun en terrain élevé.
Plusieurs véhicules non-blindés
ont été détruits en
chemin. En atteignant la position surélevée,
un représentant du convoi du major
Farmer de la A&SH [Argyll & Sutherland
Highlanders] vint nous dire qu'ils occupaient
déjà Trun et qu'il ne fallait
donc pas tirer. On a cependant attaqué
des cibles de l'autre côté
de Trun à une distance de 5500 et
un incendie semble s'être déclaré
dans un bois contre lequel nous tirions.
L'ennemi répliqua avec des tirs de
mortiers depuis cette position; nous avons
décidés de retourner vers
le port. Ce fut une très bonne journée
sans pertes, bien que certains des chars
ont été transpercés;
ils ont été facilement réparés.
Les escadrons nos 1 et 2 ont fait plus
de 40 prisonniers et se sont bien amusés
à fouiller les véhicules capturés.
Le capitaine Greenleaf a trouvé un
coupé et une moto en état
de marche qui ont été ajoutés
au parc automobile de l'unité. Tout
le monde s'est trouvé un trophée
: un grand drapeau rouge avec la croix gammée
noire dans un cercle blanc a été
pris pour être accroché à
la caserne à Montréal. Nous
avons reçu ordre de nous mettre en
mouvement après la tombée
de la nuit jusqu'à la cote 259 dans
le carré 3334. Le déplacement,
selon un tracé déterminé
par le capitaine Grieve et ses troupes de
reconnaissance, a été complété
à 0230 heures. Un message concernant
le major Smith est joint sous le numéro
d'annexe 21.
329343 Cote 259,
19 août 1944, samedi
Météo: matinée ensoleillée.
Après-midi nuageux avec averses.
Aujourd'hui nous sommes dans un secteur
occupé par les Polonais et nous n'avons
donc pas de responsabilités, notre
seule tâche étant l'entretien
de nos chars. C'est vraiment merveilleux
de pouvoir s'arrêter un peu, de se
reposer, de manger et de dormir. À
midi, le brigadier Moncel, qui a pris le
commandement de la 4e Brigade la nuit d'avant,
a inspecté l'unité avec le
colonel Halpenny et a rencontré les
majors Hamilton, Smith, Amy, Cassils, les
capitaines Hale, MacDonald (le nouvel officier
médical), Grieve, les lieutenants
Wright, Muir et Tomlinson. Il nous a quittés
en disant qu'il lui fallait «
nous cuisiner quelque chose » .
À 1000 heures, on a tenu un rassemblement
pour les ordres au QG de la brigade.
Un mouvement au nord-est de Vermontières
était prévu pour le lendemain
matin. Le lieutenant-colonel Halpenny a
pris à nouveau le commandement du
régiment, le major Hamilton retournant
aux laissés hors combat de la brigade
demain.
329343 cote 259,
20 août 1944, dimanche
Météo : pluie en après-midi
et pendant la nuit. Mauvaise visibilité.
Le mouvement sur Vermontières a été
annulé dans l'attente d'un regroupement
des divisions qui contiennent l'ennemi dans
la poche de Falaise. L'unité a reçu
l'ordre de se mettre au repos jusqu'au lendemain
matin suivant; nous procéderons alors
comme prévu. Notre repos fut cependant
interrompu à 1115 heures quand nous
avons reçu ordre de nous rendre à
la cote 240 (420592). Selon toutes apparences,
la division polonaise s'était retrouvée
isolée en tentant l'ouverture de
la poche de Falaise et notre division devait
aller rouvrir leurs lignes de communication.
L'escadron no 3 a reçu l'ordre de
se mettre en marche immédiatement,
alors que les nos 1 et 2 étaient
mis en état d'alerte, prêts
à partir. La cote 240 fut occupée
sans incident et l'escadron no 2 s'avança
pour les rejoindre. Le reste du régiment
les rattrapa plus tard dans l'après-midi.
Le no 2 passa par la cote 147 du carré
4247. La cote 147 est nettement en territoire
allemand; tous les buissons et toutes les
haies semblent remplis de Boches. Nous avons
balayé tout ça avec nos Brownings
et les dommages semblent considérables.
Après les tirs, nous avons capturé
quelque 70 prisonniers. La nuit fut sombre
et pluvieuse et l'escadron n'a pas beaucoup
dormi : huit chars et 70 prisonniers, ce
n'est pas une situation confortable ni enviable.
Mais le moral est resté bon jusqu'à
la cote 240 au lever du jour, avec les prisonniers
les SNEIZERS et les lugers. Deux chars étaient
tombés en panne mais ils étaient
récupérables.
438560 Cote 262, 21
Août 1944, lundi
Météo : pluie. Visibilité
mauvaise. Le régiment s'est déplacé
vers la côte 262, l'intention étant
de rétablir la communication avec
les Polonais. Le déplacement devait
être complété en deux
étapes, la cote 239 (occupée
par les GGFG [Governor General's Foot Guards])
étant la première. L'escadron
no 1 a pris le départ à 0800
sous la pluie battante. La route, comme
toutes celles de la région, était
couverte de toutes sortes de véhicules
allemands démolis qui, à certains
endroits, bloquaient presque entièrement
la circulation. Des chevaux et des hommes
en état de décomposition gisaient
à travers les champs et l'air était
empesté par l'odeur fétide
de la putréfaction. Cette destruction
était surtout l'uvre de l'aviation
mais les Polonais avaient fait leur part.
Dans sa marche sur la cote 239, l'escadron
no 1 a perdu trois chars. En route vers
262, il en a perdu un autre. C'étaient
ceux du lieutenant Hobday, qui a été
tué, du sergent Walker et du caporal
Leney, qui a aussi été tué.
Cependant, les pertes ennemies furent beaucoup
plus lourdes: 2 Panthers et une autre probable,
1 Pz Kw IV, 2 canons automoteurs et probablement
de 80 à 100 fantassins tués.
Le capitaine B.E. Ghewy a eu un des Panthers,
les deux canons automoteurs et le Mk IV,
une excellente performance.
Depuis le départ de 239 jusqu'à
l'arrivée à 262, les mitrailleuses
co-axiales de l'escadron no 1 ont tiré
presque sans interruption : les résultats
ont été désastreux
pour l'ennemi. Tous les Allemands qui se
trouvaient dans la région ont été
tués ou se sont enfuis et la jonction
a été faite. À la colline
262, le spectacle était le plus affreux
que le régiment ait encore vu. Les
Polonais, sans approvisionnement depuis
trois jours, avaient plusieurs centaines
de blessés qui n'avaient pas été
évacués et environ 700 prisonniers
de guerre à peine surveillés
dans un champ. Des véhicules incendiés,
tant les nôtres que ceux de l'ennemi,
bloquaient la route. Des cadavres et des
membres épars jonchaient partout
le sol. Avant que le dernier escadron arrive,
le capitaine Sherwood était sur les
lieux avec son équipe, apportant
du ravitaillement pour les Polonais et évacuant
les blessés. Il utilisait des «
Priests » pour ce travail et le capitaine
MacDonald, l'officier médical, a
mis toutes ses ressources à l'uvre
pour aider à l'évacuation
des blessés. Les Polonais pleuraient
de joie à notre arrivée. Après
ce qu'ils nous ont dit, je doute qu'ils
perdent jamais le souvenir de cette journée
et de l'aide que nous leur avons apportée.
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