Centre Juno Beach | Le Canada et la Deuxième Guerre mondiale


 Événements | Les Chemins de la Victoire | La campagne de Normandie : Témoignage personnel de combat, dimanche 11 juin 1944, par le soldat A.O. Dodds, 6e Régiment canadien de blindés (1st Hussars) Le drapeau canadien en Normandie Les unités canadiennes en Normandie à compter de juillet 1944 Rapport du Sergent GARIÉPY, 6e Régiment canadien de blindés, sur la capture d'Allemands au nord de FALAISE 22e Régiment blindé canadien (Canadian Grenadier Guards), Journal de campagne, 17-21 août 1944
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22e Régiment blindé canadien (Canadian Grenadier Guards), Journal de campagne, 17-21 août 1944
Des chars canadiens prennent position pour l'attaque contre Falaise, entre Hubert-Folie et Tilly-la-Campagne, 8 août 1944
Photo de Harold G. Aikman, Minsitère de la défense nationale- Archives nationales du Canada, PA-132904  

Louvières-en-Auge 322323, 17 août 1944, jeudi

L'unité était prête à se mettre en mouvement, tel qu'indiqué sur le croquis joint en Annexe 26, à 0500 heures. Il n'y eut pas de mouvement avant 0900 heures et l'avance a été effectivement très lente. À 1100 heures, nous avions atteint Sassy et nous avons dû nous arrêter là, le 21e et les LSRs [Lake Superior Regiment] ayant été retenus à Damblainville. Ordres reçus de procéder sur JAPAN (Morteaux-Couliboeuf) ce que nous avons commencé à faire. Il y eut un rassemblement pour les ordres à 203433, pour donner le parcours vers l'objectif. Selon un renseignement provenant d'un officier du North Shore Regiment, ils étaient à L'Homme-Couliboeuf (2340) en sorte que l'on n'attendait pas de résistance. On trouva un officier de liaison de la 10e Brigade polonaise de blindés à L'Homme-Couliboeuf. Il dit qu'il s'attendait à traverser la Dives à cet endroit et à continuer sur Mandeville (2732). Le lieutenant Ekers, l'officier de liaison de la brigade, arriva avec des ordres pour nous de continuer sur Mandeville (2732). Le major Hamilton retourna à la brigade pour vérifier puisque ces ordres semblaient contredire les plans des Polonais. À son retour, nous avons repris notre mouvement, tel qu'indiqué sur la carte, vers Louvières-en-Auge.

À 311338 nous avons rencontré deux véhicules ennemis non-blindés qui ont été touchés. Deux prisonniers ont été faits. Ils appartenaient à la 1e Division de Panzer SS. Un central de communications a aussi été saisi. Louvières-en-Auge fut la première ville que nous ayons «  libérée » . Nous n'avions pas vu de civils entre notre départ de Caen et Perrières (1943), mais à Louvières, nous étions les premières troupes alliées à atteindre la ville. Tandis que notre avant-garde faisait des prisonniers et tirait les Boches, à 1000 verges de là, sur la même route, les gens nous serraient la main et nous offraient du vin. Leur joie était sincère. Les histoires qu'on nous avait racontées de francs-tireurs qui prennent les alliés pour cible se sont évanouies. Ici nous commencions vraiment à nous sentir comme des vainqueurs et c'est ainsi que les gens nous traitaient.

En nous rendant au port à 322323, nous avons fait six autres prisonniers et détruits plusieurs véhicules. C'étaient des voitures civiles repeintes. Tout semblait indiquer que nous nous trouvions dans la zone administrative de la 1e Division de Panzer SS. À 329331 nous avons été la cible d'un bombardement court mais violent par notre aviation; le sergent Hencher a été tué, et le sergent Muir blessé. Le sergent MacDonald A., avait été blessé plus tôt dans la journée par un tir de mortier. Dure journée pour les sergents!

Louvières-en-Auge 329331, 18 août 1944, vendredi

Dès l'aube les escadrons 1 et 3 prirent leurs positions de tir à 330313. Une chose tout à fait incroyable est que les Allemands à ce moment-là n'avaient aucune idée de notre présence dans ce secteur. Nos chars avancèrent en tirant.

Plusieurs véhicules non-blindés, un semi-chenille, un canon automoteur et, étrangement, un char Sherman avec des couleurs allemandes ont été capturés. Pendant la journée, l'escadron no 1 a attaqué des cibles fortuites dans le pays au sud de Trun et de nombreux véhicules semblent avoir été détruits par la chaleur des tirs, bien qu'il soit difficile d'évaluer les dommages causés. Quand notre convoi en provenance du LSR arriva finalement vers midi - on l'attendait à trois heures du matin -, nous avons planifié notre attaque de Trun. Elle devait être exécutée par le convoi du LSR sous les ordres du major Murray et sept chars du 3e escadron sous les ordres du major Smith. Le plan était de couper la route qui quitte Trun par le nord est vers 320290, l'infanterie devant ensuite y pénétrer sous la protection des chars. En fait, nous avons été trop au sud et nous sommes tombés sur des armes antichars (celles qui tirent par salves de six coups). On leur a réglé leur compte, puis les chars se sont dirigés au nord de Trun en terrain élevé. Plusieurs véhicules non-blindés ont été détruits en chemin. En atteignant la position surélevée, un représentant du convoi du major Farmer de la A&SH [Argyll & Sutherland Highlanders] vint nous dire qu'ils occupaient déjà Trun et qu'il ne fallait donc pas tirer. On a cependant attaqué des cibles de l'autre côté de Trun à une distance de 5500 et un incendie semble s'être déclaré dans un bois contre lequel nous tirions. L'ennemi répliqua avec des tirs de mortiers depuis cette position; nous avons décidés de retourner vers le port. Ce fut une très bonne journée sans pertes, bien que certains des chars ont été transpercés; ils ont été facilement réparés.

Les escadrons nos 1 et 2 ont fait plus de 40 prisonniers et se sont bien amusés à fouiller les véhicules capturés. Le capitaine Greenleaf a trouvé un coupé et une moto en état de marche qui ont été ajoutés au parc automobile de l'unité. Tout le monde s'est trouvé un trophée : un grand drapeau rouge avec la croix gammée noire dans un cercle blanc a été pris pour être accroché à la caserne à Montréal. Nous avons reçu ordre de nous mettre en mouvement après la tombée de la nuit jusqu'à la cote 259 dans le carré 3334. Le déplacement, selon un tracé déterminé par le capitaine Grieve et ses troupes de reconnaissance, a été complété à 0230 heures. Un message concernant le major Smith est joint sous le numéro d'annexe 21.

329343 Cote 259, 19 août 1944, samedi

Météo: matinée ensoleillée. Après-midi nuageux avec averses. Aujourd'hui nous sommes dans un secteur occupé par les Polonais et nous n'avons donc pas de responsabilités, notre seule tâche étant l'entretien de nos chars. C'est vraiment merveilleux de pouvoir s'arrêter un peu, de se reposer, de manger et de dormir. À midi, le brigadier Moncel, qui a pris le commandement de la 4e Brigade la nuit d'avant, a inspecté l'unité avec le colonel Halpenny et a rencontré les majors Hamilton, Smith, Amy, Cassils, les capitaines Hale, MacDonald (le nouvel officier médical), Grieve, les lieutenants Wright, Muir et Tomlinson. Il nous a quittés en disant qu'il lui fallait «  nous cuisiner quelque chose » . À 1000 heures, on a tenu un rassemblement pour les ordres au QG de la brigade.

Un mouvement au nord-est de Vermontières était prévu pour le lendemain matin. Le lieutenant-colonel Halpenny a pris à nouveau le commandement du régiment, le major Hamilton retournant aux laissés hors combat de la brigade demain.

329343 cote 259, 20 août 1944, dimanche

Météo : pluie en après-midi et pendant la nuit. Mauvaise visibilité. Le mouvement sur Vermontières a été annulé dans l'attente d'un regroupement des divisions qui contiennent l'ennemi dans la poche de Falaise. L'unité a reçu l'ordre de se mettre au repos jusqu'au lendemain matin suivant; nous procéderons alors comme prévu. Notre repos fut cependant interrompu à 1115 heures quand nous avons reçu ordre de nous rendre à la cote 240 (420592). Selon toutes apparences, la division polonaise s'était retrouvée isolée en tentant l'ouverture de la poche de Falaise et notre division devait aller rouvrir leurs lignes de communication. L'escadron no 3 a reçu l'ordre de se mettre en marche immédiatement, alors que les nos 1 et 2 étaient mis en état d'alerte, prêts à partir. La cote 240 fut occupée sans incident et l'escadron no 2 s'avança pour les rejoindre. Le reste du régiment les rattrapa plus tard dans l'après-midi. Le no 2 passa par la cote 147 du carré 4247. La cote 147 est nettement en territoire allemand; tous les buissons et toutes les haies semblent remplis de Boches. Nous avons balayé tout ça avec nos Brownings et les dommages semblent considérables. Après les tirs, nous avons capturé quelque 70 prisonniers. La nuit fut sombre et pluvieuse et l'escadron n'a pas beaucoup dormi : huit chars et 70 prisonniers, ce n'est pas une situation confortable ni enviable. Mais le moral est resté bon jusqu'à la cote 240 au lever du jour, avec les prisonniers les SNEIZERS et les lugers. Deux chars étaient tombés en panne mais ils étaient récupérables.

438560 Cote 262, 21 Août 1944, lundi

Météo : pluie. Visibilité mauvaise. Le régiment s'est déplacé vers la côte 262, l'intention étant de rétablir la communication avec les Polonais. Le déplacement devait être complété en deux étapes, la cote 239 (occupée par les GGFG [Governor General's Foot Guards]) étant la première. L'escadron no 1 a pris le départ à 0800 sous la pluie battante. La route, comme toutes celles de la région, était couverte de toutes sortes de véhicules allemands démolis qui, à certains endroits, bloquaient presque entièrement la circulation. Des chevaux et des hommes en état de décomposition gisaient à travers les champs et l'air était empesté par l'odeur fétide de la putréfaction. Cette destruction était surtout l'œuvre de l'aviation mais les Polonais avaient fait leur part. Dans sa marche sur la cote 239, l'escadron no 1 a perdu trois chars. En route vers 262, il en a perdu un autre. C'étaient ceux du lieutenant Hobday, qui a été tué, du sergent Walker et du caporal Leney, qui a aussi été tué. Cependant, les pertes ennemies furent beaucoup plus lourdes: 2 Panthers et une autre probable, 1 Pz Kw IV, 2 canons automoteurs et probablement de 80 à 100 fantassins tués. Le capitaine B.E. Ghewy a eu un des Panthers, les deux canons automoteurs et le Mk IV, une excellente performance.

Depuis le départ de 239 jusqu'à l'arrivée à 262, les mitrailleuses co-axiales de l'escadron no 1 ont tiré presque sans interruption : les résultats ont été désastreux pour l'ennemi. Tous les Allemands qui se trouvaient dans la région ont été tués ou se sont enfuis et la jonction a été faite. À la colline 262, le spectacle était le plus affreux que le régiment ait encore vu. Les Polonais, sans approvisionnement depuis trois jours, avaient plusieurs centaines de blessés qui n'avaient pas été évacués et environ 700 prisonniers de guerre à peine surveillés dans un champ. Des véhicules incendiés, tant les nôtres que ceux de l'ennemi, bloquaient la route. Des cadavres et des membres épars jonchaient partout le sol. Avant que le dernier escadron arrive, le capitaine Sherwood était sur les lieux avec son équipe, apportant du ravitaillement pour les Polonais et évacuant les blessés. Il utilisait des «  Priests » pour ce travail et le capitaine MacDonald, l'officier médical, a mis toutes ses ressources à l'œuvre pour aider à l'évacuation des blessés. Les Polonais pleuraient de joie à notre arrivée. Après ce qu'ils nous ont dit, je doute qu'ils perdent jamais le souvenir de cette journée et de l'aide que nous leur avons apportée.