|
L'expansion de la
tête de pont, 7 juin - 4 juillet 1944
Le lendemain du débarquement, la
9e Brigade d'infanterie ouvre la marche
en direction de Carpiquet où se trouve
un aéroport dont les Canadiens doivent
s'emparer. Le régiment des North
Nova Scotia Highlanders, appuyé des
chars du 27e régiment blindé
(Fusiliers de Sherbrooke), prend le village
de Buron mais, quelques kilomètres
plus au sud, il se heurte à une contre-attaque
allemande. Les Canadiens doivent affronter
des éléments de la 12e Panzerdivision
SS (Hitlerjugend), composée
de jeunes soldats fanatiques âgés
pour la plupart de 18 ans. Les hommes du
North Nova Scotia Highlanders luttent avec
acharnement mais, après de violents
combats, ceux qui le peuvent encore sont
forcés de se replier. Près
du hameau voisin d'Authie, des colonnes
de fumée noire s'élèvent,
marquant les restes fumants des chars des
Fusiliers de Sherbrooke, décimés
par les Panthers
allemands.
« L'ennemi
a répondu à notre feu par
des tirs de 75 mm, de 88 mm, de mortiers
et de tout ce qu'il avait sous la main.
Sous ce feu, l'infanterie ennemie s'est
avancée et a pénétré
dans les tranchées de la compagnie
D. Il était impossible de l'arrêter
»
North
Nova Scotia Highlanders, Journal de campagne,
7 juin 1944
 |
|
Personnel
de l'Artillerie royale canadienne
avec un canon antichar de 17
livres en Normandie, 22 juin
1944.
|
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA- 169273. |
|
Dans les jours qui suivent, les Canadiens
ne peuvent bouger sans se heurter à
la résistance acharnée des
divisions allemandes. La lutte est intense
et coûteuse en vies humaines et en
matériel, pour les Canadiens comme
pour les Allemands :
8 juin : contre-attaque à
Putot-en-Bessin et Norrey. Putot tombe aux
mains des Allemands en après-midi
pour être ensuite repris par des unités
de la 7e Brigade.
8-9 juin : contre-attaque à
Bretteveille-l'Orgueilleuse. Au cours d'une
nuit mouvementée, l'artillerie canadienne
et les PIAT repoussent les Panthers; les
Canadiens conservent Bretteville.
11 juin : attaque canadienne contre
le Mesnil-Patry. Les Canadiens sont repoussés
après un combat acharné; les
Queen's Own Rifles et les 1st Hussars subissent
des pertes élevées.
Le
caporal W.J. Curtis du Corps
médical militaire royal
du Canada soigne la jambe brûlée
d'un jeune garçon français,
sous les regards de son frère
cadet. Entre Colomby-sur-Thaon
et Villons-les-Buissons, Normandie,
19 juin 1944.
|
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-141703. |
|
« J'écris
ceci à la demande de mon chef d'escadron
afin de fournir des renseignements possibles
sur des individus portés disparus
et à des fins d'information tactique
et technique. Je veux aussi souligner
que je ne connaissais rien de la situation
générale, que je n'ai été
témoin que d'une petite partie
du combat et que je me trouvais passablement
épuisé et énervé
quand j'ai quitté mon char
»
-
Témoignage personnel de combat,
dimanche 11 juin 1944, par le soldat A.O.
Dodds, 6e Régiment canadien de
blindés (1st Hussars)
Après l'échec de le Mesnil-Patry,
les troupes canadiennes consolident leur
position et s'arrêtent pour une pause
de quelques semaines. En fait, le 11 juin
marque la fin d'une étape importante
dans les opérations alliées.
Les têtes de pont des armées
britanniques, canadiennes et américaines
sont maintenant reliées entre elles.
Quelque 326 000 hommes, 45 000 véhicules
et plus de 104 000 tonnes d'approvisionnement
ont été amenés sur
le continent et les ports artificiels d'Arromanches
et de Saint-Laurent sont en bonne voie de
parachèvement. L'aviation a établi
des pistes en France, d'où les chasseurs
Spitfire et Typhoon peuvent prendre leur
envol pour canarder tout ennemi surpris
sur les routes ou dans les champs.
Dans les deux dernières semaines
de juin, le front anglo-canadien ne bouge
guère, à tel point que l'opinion
publique commence à s'interroger
sur le ralentissement des opérations
et sur la sévérité
des pertes. En réalité, l'apparente
lenteur de l'avance des Britanniques et
des Canadiens fait partie de la stratégie
du général Montgomery,
qui espère retenir les divisions
panzer d'élite sur le front anglo-canadien
de manière à faciliter la
percée que préparent les Américains.
La prise de Caen constitue un élément
important de ce plan stratégique.
En effet, Caen demeure en mains ennemies,
bloquant le 21e Groupe d'armées dans
son avance vers la Seine.
 |
Les
Spitfire du 412e Escadron à
la base de campagne B. 4 près
de Bény-sur-Mer, peu de
temps après le débarquement
de Normandie. |
| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 30268. |
|
|
Ayant subi la dure épreuve du feu,
les troupes canadiennes ne ressemblent plus
aux formations bien alignées qui,
un mois plus tôt, faisaient la fierté
des généraux. Aguerris et
sales, ce sont maintenant des hommes qui
savent se terrer ou se disperser rapidement
quand il le faut. Ils ont appris à
sentir la présence de mines ou de
tireurs d'élites. Sous les pluies
d'obus et de balles, quand il semble qu'il
ne reste plus qu'à prier, ils savent
encore comment éviter le pire. Ils
ont appris à survivre.
 |
|
À Bretteville,
le quartier-général
de bataillon des Regina Rifles
est durement touché par
l'artillerie allemande. 23 juin
1944.
|
| Photo
par Frank L. Dubervill. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-133735. |
|
Caen, 4 - 21 juillet
1944
Le 4 juillet 1944, en vue de l'approche
vers Caen, le major-général
Rod
Keller lance quatre régiments
à l'attaque du village et de l'aéroport
de Carpiquet : le North Shore Regiment,
les Queen's Own Rifles, le Régiment
de la Chaudière et les Royal Winnipeg
Rifles. Ils sont appuyés par les
chars du Fort Garry Horse et par toute l'artillerie
de la 3e Division. Dans les champs de blé
où ils s'avancent, les fantassins
canadiens se heurtent à un violent
barrage d'artillerie et de mortiers; les
hommes tombent, fauchés par la mort.
Du côté des hangars,
protégés derrière
le béton épais des casemates
et des bunkers qui défendent l'aéroport,
les Allemands arrosent les Canadiens d'un
feu d'artillerie continu. Les troupes de
la 3e Division doivent se battre âprement
pour prendre le village et une partie des
hangars; elles doivent encore résister
aux contre-attaques qui ne manquent pas
de suivre. La victoire reste incomplète
cependant, les hangars du côté
sud restant toujours aux mains de l'ennemi.
Les Canadiens doivent tenir leur position
pendant plusieurs jours, sous un feu intermittent
d'obus et de mortiers, avant que les Allemands
n'abandonnent définitivement l'aéroport
de Carpiquet.
 |
|
Les mitrailleuses
lourdes des Cameron Highlanders
of Ottawa font feu à
travers une haie pendant l'attaque
sur Carpiquet, le 4 juillet
1944.
|
| Photo
par Donald I. Grant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-138359. |
|
En prévision de l'assaut contre
Caen, les Alliés ordonnent un formidable
bombardement aérien. Le 7 juillet
à 22h30, des vagues successives de
bombardiers lourds larguent 2 561 tonnes
de bombes sur la ville. Au matin, il ne
reste que des ruines fumantes - une destruction
inutile puisque les unités allemandes
s'étaient déjà retranchées
dans la région voisine.
Après l'attaque aérienne,
l'artillerie anglaise continue de pilonner
Caen ainsi que toutes les batteries ennemies
qui ont pu être repérées.
Au matin du 8 juillet, les divisions britanniques
se mettent en marche. Quelques heures plus
tard, au signal convenu, la 3e Division
canadienne entame son avance en attaquant
Gruchy, puis Buron. Les Canadiens reprennent
les sites familiers d'Authie et de l'Abbaye
d'Ardennes. La résistance est farouche.
Partout sur le champ de bataille, la chair
des hommes est déchiquetée
par l'explosion des mines, déchirée
par les éclats de shrapnel, transpercée
de balles ou brûlée dans les
chars en flammes.
Les Allemands donnent l'ordre d'évacuer
Caen le 9 juillet vers 3 heures du matin.
La ville est libérée, mais
en partie seulement : l'ennemi occupe toujours
le secteur sud, de l'autre côté
de la rivière Orne. Au cours de l'opération,
les Canadiens perdent 330 hommes qui sont
tués alors que 864 autres sont blessés
: c'est plus qu'en a coûté
le débarquement du 6 juin. Lueur
d'espoir dans l'horreur d'une telle destruction,
l'église de Saint-Étienne,
de l'Abbaye aux Hommes, est épargnée,
ainsi que les milliers de réfugiés
qui s'y étaient abrités.
 |
Les
troupes de la 3e Division d'infanterie
canadienne entrent à Caen
en Normandie, après d'intenses
bombardements par l'aviation et
l'artillerie alliées, 10
juillet 1944. |
| Photo
par Harold G. Aikman. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-116510. |
|
|
Pendant que les combats se déroulent
dans la région de Caen, le lieutenant-colonel
Guy
Simonds installe à Amblie le
quartier-général du 2e Corps
canadien. Placée sous les ordres
du major-général Charles
Foulkes, la 2e Division d'infanterie
canadienne prend position sur le sol normand
et vient ainsi compléter l'effectif
du corps. C'est donc une force canadienne
considérablement augmentée
qui prépare l'assaut de la région
du sud-est de Caen, vers Bourguébus
et Falaise.
 |
|
Des civils français
sont évacués à
Caen, le 13 juillet 1944.
|
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-162530. |
|
« Pour
la première fois dans l'histoire,
les forces armées canadiennes se
battent sous leurs propres couleurs. »
-
Le drapeau canadien en Normandie
Le 18 juillet 1944 aux petites heures du
matin, un bombardement aérien de
7 700 tonnes de bombes, synchronisé
avec un tir de contre-batterie donné
par 33 régiments d'artillerie, précède
la traversée de l'Orne par les Britanniques
et les Canadiens. Lors de l'opération
appelée Atlantic, Le 2e Corps
canadien enjambe l'Orne dans la région
de Caen et prend d'abord Colombelles, puis
le Faubourg-de-Vaucelles. Il doit ensuite
avancer dans la région industrielle
qui s'étend à l'extérieur
de Caen. Malheureusement, les bombardements
n'ont pas émoussé la force
de feu allemande comme on l'avait espéré.
Les divisions allemandes occupent des positions
fortes, comme la crête de Verrières
près de la route nationale 158, où
des chars et des canons bien retranchés
détruisent les blindés alliés
et déciment les compagnies d'infanterie.
Au prix de pertes élevées,
les Canadiens s'emparent des localités
avoisinantes de Saint-André-sur-Orne,
Ifs et Bourguébus, mais la crête
de Verrières ne peut être prise.
« Jeudi,
18 juillet 1944 : Il fait nuit noire et
nous avons commencé à creuser
dans le dur sol pierreux. Mauvaise nuit
- peu de sommeil - obus et mortiers boches
- je me lève le matin pour découvrir
que j'ai dormi à côté
des latrines. Barrage d'artillerie et
appui aérien massif - Libs, Lancasters,
Forts. Les troupes d'assaut ont reçu
leurs ordres et sont sorties en file le
long de la route. C'est plutôt triste
de les voir aller - plusieurs ne reviendront
pas. Pas de résistance au début
- un barrage glissant - ensuite les blessés
ont commencé à arriver -
surtout des Boches - et beaucoup de prisonniers.
Un mort au CCP. L'officier commandant
s'avance vers le front en véhicule
blindé, mais nous restons derrière.
Les Queen's Own Rifles se sont bien battus
et ont pris 600 prisonniers. Nous avons
enfin avancé en après-midi.
Je venais juste de me creuser une tranchée
et nous sommes repartis. Notre convoi
a traversé un secteur miné.
Le véhicule qui se trouvait devant
le Poste de secours régimentaire
a sauté sur une mine - un homme
salement brûlé - nous n'avons
pas été touchés.
Je me suis jeté dans un gros cratère
d'obus pour me protéger des munitions
qui explosaient et passaient en sifflant
par-dessus nos têtes. Les blessés
ont été amenés en
jeep. Le reste du convoi n'a pas bougé
jusqu'à l'avant-midi - trop peur
d'avancer! J'ai dormi dans un cratère
de bombe. »
- Douglas Oatway,
22nd Canadian Field Ambulance,
extrait de Canadians, A Battalion at
War, p. 92
La poche de Falaise,
24 juillet - 21 août 1944
Le général H.D.G.
Crerar, commandant de la Première
Armée canadienne, était en
Normandie depuis le 18 juin, mais ce n'est
que le 23 juillet que la Première
Armée canadienne s'engage enfin dans
la bataille. Elle remplace alors la Deuxième
Armée britannique dans le secteur
qui s'étend de Caen jusqu'à
la côte de la Manche; le 1er Corps
britannique passe sous le commandement de
Crerar.
Les unités
canadiennes en Normandie à compter
de juillet 1944

Une
compagnie des Royal Winnipeg
Rifles marche près d'Ifs
au cours de l'opération
Spring, le 25 juillet
1944.
|
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-116528. |
|
Afin d'effectuer une percée en dehors
de la tête de pont, le général
Montgomery prépare d'importantes
opérations sur l'ensemble du front.
À l'est, la Première Armée
canadienne et la Deuxième Armée
britannique doivent avancer vers Falaise
de manière à donner l'impression
à l'ennemi qu'une importante poussée
se prépare. Pendant ce temps, sur
le front ouest, les Première et Troisième
Armées américaines doivent
dégager la péninsule de Bretagne
et amorcer un mouvement d'éventail
vers Laval-Mayenne et vers Le Mans-Alençon.
L'avance canadienne vers Falaise s'effectue
en poussées distinctes, ce sont les
opérations Spring, Totalize et Tractable.
Le 25 juillet, lors de la première
de ces opérations, le 2e Corps canadien
se mesure de nouveau à la 1re Division
panzer SS et à la 272e Division d'infanterie
allemande. Le lieutenant-général
Guy
Simonds, croyant inutile de répéter
l'assaut de jour qui s'est avéré
si pitoyable le 19 juillet, décide
de tenter une attaque de nuit, sous éclairage
artificiel. Malheureusement, cette mesure
ne suffit pas à assurer le succès
de ses troupes qui rencontrent partout une
résistance opiniâtre. Les pertes
sont énormes et l'évidence
s'impose : les Canadiens ne passeront pas.
Simonds doit suspendre l'opération
Spring avant que les unités
canadiennes n'atteignent leurs objectifs.
Le 25 juillet 1944 demeure l'une des journées
les plus sanglantes de la guerre : 362 hommes
sont tombés ce jour-là, tués
ou mortellement blessés, et plus
de 840 ont été blessés.
Le régiment du Canadian Black Watch
a été le plus éprouvé
de tous, avec des pertes qui s'élèvent
à 307 hommes et officiers, dont 118
morts. Dans la mêlée, un régiment
s'est distingué : le Royal Hamilton
Light Infantry qui, grâce à
la témérité du lieutenant-colonel
J.L. Rockingham, a réussi à
prendre le hameau de Verrières et
à le tenir pendant trois jours contre
des attaques répétées.
 |
À
bord de Kangaroo, des membres
de la 4e Brigade d'infanterie
attendent le départ de
l'opération Totalize, le
7 août 1944. |
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-129172. |
|
|
Plus à l'ouest, les combats font
rage sur le front américain. Adolf
Hitler donne alors à ses armées
l'ordre de monter une attaque de grande
envergure à Mortain et à Avranches.
C'est de la folie. Avertis par le service
de renseignements britanniques, le général
américain Omar Bradley et le général
britannique Bernard Montgomery voient immédiatement
la chance que leur offre le Führer
: laisser les divisions allemandes s'enfoncer
dans un couloir étroit, une poche
dont la coalition alliée pourra refermer
l'entrée sur l'ennemi. Or, pour que
ce plan puisse fonctionner, il faut que
les Canadiens enfoncent les défenses
ennemies qui leur barrent la route au sud-est
de Caen : c'est l'objectif de l'opération
Totalize.
Pour mener à bien l'opération
Totalize, le lieutenant-général
Simonds reçoit un supplément
de troupes : la 51st Division Highland,
une brigade d'infanterie britannique et
la 1re Division blindée polonaise
sont placées sous le commandement
du 2e Corps canadien. Le terrain que doit
traverser le 2e Corps, de part et d'autre
de la Nationale 158, présente de
grands avantages pour l'ennemi : il est
ouvert, sans abris pour l'infanterie, et
les Allemands y ont dissimulé des
canons et des mortiers antichars à
longue portée qui leur assurent une
forte défense en profondeur. Simonds
décide de pénétrer
l'écran antichar sous le couvert
de la nuit, après avoir arrosé
l'ennemi d'un puissant bombardement aérien.
Pour protéger l'infanterie, le général
canadien a un éclair de génie.
Puisque les régiments d'artillerie
n'ont plus un besoin immédiat des
canons
automoteurs, ceux-ci sont transformés
en véhicules de transport de troupes
en les débarrassant de leur pièce
d'artillerie; ces nouveaux véhicules
sont appelés Kangaroo. Les régiments
d'artillerie sont équipés
de pièces de 25 livres.
Le 7 août, les véhicules blindés
et les chars se mettent en place près
de la crête de Verrières en
fonction de l'opération Totalize.
À 23h00, les bombardiers lourds pilonnent
les défenses allemandes; l'enthousiasme
des Canadiens monte avec le rugissement
des moteurs et des explosions. À
23h30, les colonnes du 2e Corps se mettent
en route de part et d'autre de la route
Caen-Falaise. Dans la nuit noire et sous
les nuages de poussière, la progression
devient de plus en plus difficile et plusieurs
unités perdent leur route. Malgré
l'intensité du bombardement, l'artillerie
et les chars allemands offrent toujours
une résistance acharnée. Malgré
la confusion, le 2e Corps atteint ses premiers
objectifs et peut entreprendre la seconde
phase du plan.
Dans la journée du 8 août,
Simonds appelle la U.S. Air Force pour un
bombardement aérien. Vers 13h00,
678 avions s'approchent des positions allemandes.
La DCA allemande riposte d'un tir précis
et plusieurs avions sont touchés.
L'appareil de tête d'une formation
de douze bombardiers est gravement avarié
et jette ses bombes avant d'atteindre sa
cible; le reste de sa formation emboîte
le pas machinalement. La région atteinte
se trouve loin derrière les lignes
de combat mais elle fourmille de troupes
alliées qui attendent leur tour de
monter au front. Quelque 65 hommes sont
tués et 250 sont blessés parmi
la 3e Division d'infanterie canadienne et
la 1re Division blindée polonaise,
sans compter les pertes de matériel.
Le major-général Rod
Keller, commandant de la 3e Division,
se trouve parmi les blessés.
« Cette
mission a vraiment été notre
cadeau de Noël! On avait rapporté
que l'ennemi s'était retranché
à Jean Blanc, et avait établi
ce qui promettait d'être une position
fortifiée avancée des plus
difficiles. Notre escadron, commandé
par le capitaine Scharff, a décollé
à 19 h 15 emportant des bombes
de 500 livres pour écraser et soumettre
cette position avancée. »
-
Journal des opérations du 439e
Escadron, 9 août 1944
 |
|
Rassemblement
de chars d'assaut du Régiment
de blindés de Fort Garry
prêts à quitter
Bretteville-le-Rabet en Normandie
pour une attaque à midi
lors de l'Opération Tractable,
14 août 1944.
|
| Photo
par Donald I. Grant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-113658. |
|
L'opération se poursuit jusqu'au
matin du 11 août, sans parvenir à
briser la résistance de l'ennemi.
Le 2e Corps s'arrête, encore loin
de Falaise. Pendant ce temps, la grande
offensive allemande prévue pour le
7 août avorte et les divisions dirigées
par le général Günther
von Kluge risquent de se trouver prises
dans un étau formé d'un côté
par les armées britanniques et canadiennes
et, de l'autre, par les armées américaines.
C'est exactement ce que Montgomery espérait
mais, pour que son plan d'encerclement réussisse,
la Première Armée canadienne
doit passer Falaise et se préparer
à effectuer une jonction avec l'Armée
américaine dans la région
de Chambois. Le succès de ce plan
pourrait, espère-t-on, précipiter
la chute de Hitler. Le 2e Corps canadien
doit avancer coûte que coûte
vers Falaise.
Le lieutenant-général Simonds
organise alors l'opération la plus
téméraire de sa carrière
: Tractable. Il réunit ses
blindés en deux colonnes compactes
qui doivent charger à travers la
campagne normande. D'un côté,
la 4e Division blindée; de l'autre,
la 3e Division d'infanterie et la 2e Brigade
blindée. Les flancs des colonnes
seront protégés par des écrans
de fumée et des bombardements. Toute
l'entreprise repose sur deux facteurs essentiels
: la vitesse et la surprise.
Le 14 août à 11h42, le signal
du départ de l'opération Tractable
est donné et les deux colonnes s'ébranlent.
Dans l'après-midi, les bombardiers
de la RAF approchent de leurs objectifs
et y déversent 3 723 tonnes d'explosifs.
Le malheur se répète. Parce
qu'ils croient que les signaux jaunes identifient
les cibles et non les positions amies, plusieurs
équipages déchargent leurs
bombes sur les Canadiens et les Polonais
qui se trouvent en position arrière.
Quelque 165 vies sont ainsi perdues sous
le feu ami. Cela n'arrête pas les
deux colonnes qui continuent de foncer sous
des nuages de poussière et de fumée.
Les véhicules blindés de transport
de troupes s'avèrent encore efficaces
: les Kangaroo filent rapidement
vers leurs objectifs et y débarquent
les hommes qui prennent alors l'ennemi en
chasse. La résistance commence à
fléchir.
 |
Les
véhicules de la 3e Division
d'infanterie avancent à
travers champs lors de l'opération
Tractable, le 14 août 1944.
Au premier plan, des artilleurs
remorquent les canons antichars
de 6 livres. |
| Photo
par Donald I. Grant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-116536. |
|
|
Le 15 août, le lieutenant-général
Simonds reçoit l'ordre urgent de
prendre Falaise le plus rapidement possible
et de pousser plus à l'est vers Trun
pour bloquer la fuite de la 7e Armée
allemande et de la 5e Division panzer. La
tâche d'occuper Falaise incombe à
la 2e Division canadienne, qui entre dans
la ville dans l'après-midi du 16
août pour la nettoyer des derniers
nids de résistance, une tâche
qui s'avère ardue à cause
d'une soixantaine de Jeunesses hitlériennes
retranchées dans l'École supérieure,
au centre de la ville.

La
section « A »,
12e batterie, 7e Régiment
d'artillerie moyenne, fait feu
contre les troupes allemandes
au moyen de canons de 5,5 pouces,
Bretteville-Le-Rabet, Normandie,
16 août 1944. |
| Photo
par Donald I. Grant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-169331. |
|
Pendant ce temps, la 4e Division blindée
qui doit avancer vers Trun éprouve
des difficultés à proximité
de Damblainville, à cause d'une éminence
d'où l'ennemi, par un feu nourri
de mortiers et de mitrailleuses, l'empêche
de traverser la rivière Ante. Dans
l'après-midi du 17, la division arrive
enfin à franchir le cours d'eau et
à reprendre sa progression vers Trun.
À quelque distance de là,
les troupes de tête de la 1re Division
blindée polonaise, sous les ordres
du major-général Stanislaw
Maczek poussent vers Chambois et entrent
dans Neauphe-sur-Dives, directement à
l'est de Trun.
Le 18 août, le 2e Corps canadien
doit opérer la jonction avec les
forces américaines et barrer la route
à la retraite désespérée
des Allemands en déroute. Mais cette
tâche n'a rien de simple. Malgré
les dégâts considérables
que leur cause l'aviation, les forces allemandes
forment de longs convois qui tentent de
s'échapper par tous les moyens. Des
carcasses de véhicules en flammes,
des cadavres de soldats et de chevaux jonchent
les chemins qu'ils empruntent. Malgré
le désordre, leur résistance
demeure acharnée et ce n'est que
le 19 août en soirée que la
jonction entre les armées alliées
s'effectue, quand les Polonais et les Américains
entrent enfin en contact à Chambois.
« Mon
char faisait partie de la 2e troupe sous
le commandement du lieutenant Thornton
(actuellement blessé) et nous étions
postés sur le flanc gauche de l'escadron
à la ligne de départ pour
l'attaque. Le but de la manuvre
était d'atteindre le plus rapidement
possible notre objectif, une hauteur qui
dominait Falaise. »
-
Rapport du Sergent Gariépy, 6e
Régiment canadien de blindés,
sur la capture d'Allemands au nord de
Falaise
La poche de Falaise est fermée,
mais des combats féroces et désordonnés
se poursuivent durant toute la journée
du 20 août, alors que les troupes
allemandes encerclées tentent par
tous les moyens de passer à travers
les lignes alliées. En même
temps, les unités ennemies qui se
trouvent à l'extérieur de
la poche cherchent à écraser
les Canadiens et les Polonais qui barrent
les voies de sortie. Une partie des Polonais,
qui formaient l'avant-garde du 2e Corps
canadien, se sont trouvés isolés
sur la colline 262, une position appelée
« Maczuga »
(massue), près de Chambois. Les hommes
y combattent sans arrêt depuis trois
jours, sans avoir reçu d'approvisionnements,
quand les Canadian Grenadiers Guards arrivent
enfin à les joindre.
« Depuis
le départ de 239 jusqu'à
l'arrivée à 262, les mitrailleuses
coaxiales de l'escadron no 1 ont tiré
presque sans interruption. Tous les Allemands
qui se trouvaient dans la région
ont été tués ou se
sont enfuis... À la colline 262,
le spectacle était le plus affreux
que le régiment ait encore vu...
»
- 22e Régiment blindé canadien
(Canadian Grenadier Guards), Journal de
campagne, 17-21 août 1944
Avec la fermeture de la poche de Falaise,
la campagne de Normandie prend fin. On estime
à environ 100 000 le nombre d'Allemands
des 5e et 7e Armées pris au piège
de Falaise. Moins de la moitié a
pu s'échapper : 40 000 hommes ont
été faits prisonniers, 10
000 autres ont été tués.
Les Canadiens ont fait preuve d'un courage
et d'une ténacité hors du
commun, mais la victoire leur a coûté
très cher : du 8 au 21 août,
5 500 hommes sont tombés au champ
de bataille, parmi lesquels 1 470 on été
tués.
Loin de s'effondrer après la terrible
défaite de Falaise, l'armée
allemande fait preuve d'une puissance de
redressement extraordinaire. En se retirant
de la France, elle stabilise rapidement
ses positions en Hollande et sur la frontière
occidentale de l'Allemagne. Malgré
le coup très dur qui vient d'être
porté au moral de ses soldats et
de ses officiers, les forces nazies continuent
de se battre avec détermination.
Pour les Canadiens et leurs alliés,
la lutte doit continuer.
| Lectures
suggérées : |
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George
G. Blackburn, The Guns of Normandy:
A Soldier's Eye View, France 1944,
1995
Terry Copp, Fields of Fire:
the Canadians in Normandy, 2003
Terry Copp and Mike Bechthold, The
Canadian Battlefields in Normandy:
A Visitor's Guide, 2004
Terry Copp et Robert Vogel,
Maple Leaf Route : Caen, 1983
J.L. Granatstein, Normandie
1944, 1999
J.L. Granatstein et Desmond
Morton, Bloody Victory: Canadians
and the D-Day Campaign 1944,
1994
Dan Hartigan, A Rising of
Courage: Canada's Paratroopers
in the Liberation of Normandy,
2000
Howard Margolian, Conduct
Unbecoming: The Story of the Murder
of Canadian Prisoners, 1998
Bill McAndrew, Donald E. Graves,
Michael Whitby, Normandie 1944,
1994
Reginald H. Roy, 1944: the
Canadians in Normandy, 1984
C.P. Stacey, La Campagne
de la Victoire, volume III de
l'Histoire officielle de la participation
de l'armée canadienne à
la Seconde Guerre mondiale, 1960
Ken Tout, the Bloody Battle
for Tilly: Normandy, 1944, 2000
Denis Whitaker, Shelagh Whitaker
et Terry Copp, Victory at Falaise:
The Soldiers' Story, 2000
Mark
Zuehlke, Juno Beach: Canada's D-Day Victory, June 6 1944, 2004
Mark
Zuehlke, Holding Juno: Canada's Heroic Defence of the D-Day Beaches: June
7-12,
1944,
2005
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