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Le 21 décembre
1943, la compagnie « B »
des Seaforth Highlanders avance
sur un sentier miné le
long de la côte. Ortona
se profile devant eux.
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| Photo
par Frederick G. Whitcombe. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-152749. |
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Le général Montgomery
croyait que les Allemands se replieraient
au nord d'Ortona, où le terrain offrait
de bonnes défenses naturelles; la
ville côtière serait donc facile
à prendre
Ce ne fut pas le
cas. Le 20 décembre, la 2e Brigade
s'approche d'Ortona et, le lendemain, le
Loyal Edmonton Regiment pénètre
jusqu'à la Piazza Vittoria, à
l'entrée de la ville. Devant les
Canadiens, le corso Vittorio Emanule s'ouvre
vers la Piazza Municipale, située
au cur d'Ortona. Les rues latérales
étroites sont jonchées des
barricades et des débris de maisons
que les Allemands y ont laissés :
le corso large et dégagé,
la seule voie praticable par les blindés,
est un piège. L'infanterie canadienne
doit s'engager dans un lent et dangereux
travail de nettoyage des maisons latérales
avant de pouvoir avancer.
Les Canadiens font face à une unité
de la 1re Division de parachutistes, des
combattants frais, bien entraînés
et équipés, imbus du nazisme.
Les combats sont farouches. Dans les maisons
et à travers les débris, les
Allemands laissent des mines, des explosifs
à retardement et d'autres traquenards.
Des nids de mitrailleuses et des canons
antichars sont camouflés derrière
les murs et les décombres. Les Canadiens
utilisent leurs canons antichars de 6 livres,
de faible portée, pour abattre au
besoin les murs ou les toits des maisons
où se cachent les parachutistes;
quand les obus ne peuvent percer les épais
murs de pierre, les artilleurs visent les
fenêtres et les obus font des dégâts
horribles en ricochant sur les murs à
l'intérieur.
Des
soldats canadiens mettent un
canon antichar en position dans
les rues d'Ortona, le 21 décembre
1943.
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| Photo
par Terry F. Rowe. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-107935. |
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Les fantassins canadiens avancent sans
même se montrer dans la rue : à
coup de pics et d'explosifs, ils percent
les murs mitoyens des immeubles et se lancent
à travers la fumée et la poussière
pour atteindre la maison voisine et y déloger
l'ennemi. Ils pénètrent par
les étages supérieurs et fondent
d'en haut sur leurs opposants; les grenades
lancées par les Allemands pour se
défendre retombent à leurs
pieds avant d'exploser. Les chars suivent
la progression des fantassins, transportent
les munitions essentielles et évacuent
les nombreux blessés.
Que se passe-t-il donc à Ortona?
Cette petite ville côtière
n'a plus de valeur stratégique et
pourtant l'ennemi la défend avec
une âpreté démesurée,
qui n'a d'égale que l'acharnement
des Canadiens. La presse mondiale s'est
emparée de l'événement
et le nom jusqu'ici inconnu de cette obscure
ville italienne est maintenant répété
sur toutes les lèvres. «
This is Matthew Halton from the CBC, speaking
from Italy
» Les reportages
du correspondant de guerre de la radio canadienne
diffusent à travers le monde l'écho
des combats sanglants. Aux yeux de l'opinion
publique, la prise d'Ortona devient aussi
importante que celle de Rome
Désormais,
c'est une affaire de prestige.
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Un artilleur
canadien fait feu d'un canon
de six livres à l'extrémité
d'une rue pleine de décombres,
le 21 décembre 1943.
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| Photo
par Terry F. Rowe. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-141671. |
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Les combats continuent pendant des jours.
Le Loyal Edmonton Regiment et le Seaforth
Highlanders Regiment luttent sans relâche
et accusent de lourdes pertes. Noël
vient et, contre toute attente, un vrai
dîner du temps des Fêtes accueille
les fusiliers des Seaforth Highlanders à
l'église Santa Maria di Constandinopoli.
« Pour
le dîner, rien ne manquait : de
longues rangées de tables recouvertes
de nappes blanches, et pour agrémenter
le menu, une bouteille de bière
par homme, des bonbons, des cigarettes,
des noix, des oranges, des pommes et des
tablettes de chocolat. Le commandant,
le lieutenant-colonel S.W. Thomson, avait
décidé que les compagnies
mangeraient à tour de rôle
à mesure qu'une compagnie aurait
fini son dîner, elle irait de l'avant
relever la compagnie suivante
Le
menu
soupe, porc et compote de pomme,
chou-fleur, macédoine, pommes de
terre à la crème, sauce,
pouding de Noël et tarte au mince-meat
De 11h00 à 19h00, alors que le
dernier homme du bataillon quittait à
regret cette table pour retourner aux
tristes réalités du jour,
il régna dans l'église une
atmosphère de gaieté et
de franche camaraderie. Un véritable
esprit de Noël. L'impossible s'était
produit
Durant le dîner, l'officier
préposé aux transmissions...
jouait de l'orgue pendant qu'un chur
de fortune, organisé par le Padre,
chantait les Noëls anciens. »
- Seaforth
Highlanders Regiment, Journal de guerre,
25 décembre 1943
Le
23 décembre 1943, les chars
du Régiment de Trois-Rivières
avancent sur le corso Vittorio
Emanuele, en direction de la Piazza
Municipale. |
| Photo
par Terry F. Rowe. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-114029. |
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Pendant ce temps, les détonations
des obus et des mitrailleuses claquent à
faible distance de l'église. Plongés
dans la poussière et l'odeur âcre
de la cordite, les hommes du Loyal Edmonton
sont engagés dans l'un des combats
les plus violents livrés jusqu'ici;
ils sont libérés par petits
groupes pour aller manger leur dîner
de Noël. Chez les Italiens, car la
ville était encore habitée,
surtout de vieillards et d'enfants, les
célébrations se font dans
l'angoisse et l'inquiétude
« Quel
étrange groupe d'humains! Il y
a là cinq ou six soldats canadiens;
il y a aussi des femmes âgées
et d'innombrables enfants. Un peintre
de génie, - Goya, peut-être,
- pourrait rendre justice à cette
scène. J'estime qu'elle défie
toute description verbale. Dans cette
pièce semi-obscure, le pasta du
déjeuner mijote sur un feu dans
le coin. Des femmes au visage décharné
et prématurément vieillies
sortent, gênées, à
tour de rôle de quelque chambre
intérieure où un vieillard,
le grand-père de ces nombreux enfants,
expire
Un autre vieillard vocifère
des malédictions contre Mussolini.
Puis sa femme sort, au milieu de l'étonnement
général, un jéroboam
de marsala et une demi-douzaine de verres
et, circulant parmi les soldats, emplit
et remplit les verres. Les enfants, accrochés
aux soldats canadiens, se crispent chaque
fois qu'un de nos canons antichars, installés
à quelques pas seulement de la
maison, fait feu sur un des nids de mitrailleuses
allemands. Bientôt chacun de nous
tient dans ses bras un de ces enfants
crispés et terrifiés. Et
la vieille continue à distribuer
son marsala. »
- Christopher
Buckley, Road to Rome, 1945.
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Après
la fin des combats, la population
reprend ses activités
normales dans la ville dévastée.
Une jeune femme met son linge
à sécher sur une
corde tendue à travers
les décombres, le 13
janvier 1944.
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| Photo
par Terry F. Rowe. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-114040. |
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Le 27 décembre, les Princess Patricia
reçoivent l'ordre de se joindre au
combat, avec l'appui d'un escadron du Régiment
de Trois-Rivières. La bataille d'Ortona
tire à sa fin cependant. Les parachutistes
allemands ne peuvent plus continuer sans
relève prochaine et, le 28 décembre
1943, la ville est abandonnée aux
Canadiens. Cette victoire a coûté
très cher. Le Loyal Edmonton Regiment
a perdu 172 hommes, dont 63 tués.
Le Seaforth Highlanders en a perdu 103,
dont 41 tués. Si l'on ajoute les
pertes des unités d'appui, le nombre
total de morts et de blessés monte
à 650 militaires de tous grades.
| Lectures
suggérées: |
|
N.M. Christie, Hard-Won
Victory: The Canadians at Ortona,
1943, 2001.
Mark Zuehlke, Ortona: Canada's
Epic World War II Battle, 1999.
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