La Campagne d'Italie

Les unités canadiennes en Italie

La Prise d’Ortona

Le Sacrifice du patrimoine historique

Objectifs

Aux yeux des dirigeants et des stratèges américains et britanniques, la campagne d'Italie ne découlait pas d'une progression logique de la Sicile vers le continent. En fait, un profond désaccord séparait le président américain Roosevelt, qui s'opposait à la poursuite des opérations offensives en Méditerranée, et le premier ministre britannique Churchill, qui croyait à l'importance de continuer à déchirer le ventre mou de l'empire nazi. Ce n'est qu'en mai 1943, à l'occasion de la conférence Trident, que les deux hommes arrivent à s'entendre pour des opérations limitées en Italie. Toutefois, l'offensive ne doit interférer d'aucune façon avec les préparatifs de ce qui sera la plus importante opération de toute la guerre : l'invasion massive de l'Europe du Nord-Ouest prévue pour le printemps 1944.

Les détails de l'invasion de l'Italie continentale sont réglés lors de la Conférence de Québec, en août 1943. Les objectifs initiaux sont la prise de Naples, des terrains d'aviation de Foggia et de Rome. En réalité, les Alliées cherchent moins à s'emparer de l'Italie qu'à drainer l'effectif de guerre allemand vers le sud. En divisant les forces nazies sur plusieurs fronts, les Alliés veulent empêcher Hitler d'asséner un coup mortel à l'U.R.S.S. ou de masser une force invincible le long de la côte normande.

Le débarquement allié commence tôt le matin du 3 septembre 1943 et le gouvernement italien annonce la capitulation quelques jours plus tard, le 8 septembre. Berlin avait prévu la reddition de l'Italie et le Führer donne immédiatement les ordres nécessaires pour que l'armée allemande prenne le contrôle du pays. En fait, Hitler craint que les Alliés n'utilisent les aéroports de l'Italie pour bombarder le territoire allemand. Par conséquent, il renforce les divisions de la Wehrmacht présentes dans le sud et il leur ordonne de défendre Rome à tout prix. Une lutte farouche se prépare.

Le Royal 22e débarque sur la plage de Reggio di Calabria le matin du 3 septembre 1943.
Photo par Alexander M. Stirton. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-177114.  

La libération de l'Italie du Sud

Dans les montagnes de la Calabre, l'avance des blindés et des véhicules de transport est souvent interrompue à cause des ponts détruits par les Allemands. Le 4 septembre 1943, la 1re Compagnie de campagne du Génie royal de l'Armée canadienne installe un pont Bailey pour franchir le ravin formé par la rivière Straorini.
Photo par Jack H. Smith. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-177088.

La 1re Division canadienne débarque sur la plage voisine de Reggio di Calabria le 3 septembre 1943. Elle ne rencontre aucune opposition : les garnisons italiennes abandonnent leurs postes pour fuir vers les collines et le seul bataillon allemand de la région, qui fait partie de la 29e Division panzer de grenadiers, s'est replié vers les montagnes deux jours plus tôt. Pendant quelques jours, les Canadiens avancent péniblement vers l'intérieur de la région montagneuse de l'Aspromonte, leur marche étant constamment interrompue par l'écroulement des ponts que les Allemands ont détruits derrière eux.

Les unités canadiennes en Italie

« Arrêtons brièvement à 1h00 du matin et dormons où nous nous sommes laissés tomber. Pas de sommeil la nuit dernière et, de toute évidence, très peu cette nuit. Un repas seulement hier. À 2h00 du matin, il y des hommes tout le long de la route, ils sont affalés sur les côtés, claqués. Je ne me sens plus capable d'aller plus loin. Je n'en peux plus. C'est le noir complet ici, dans ces avenues boisées. Je transpire de faiblesse. À 2h30, nous dépassons les Patricia et nous nous arrêtons pour dormir. Trop hébété pour me souvenir de quoi que ce soit. John Gowan me donne deux biscuits, un morceau de corned-beef (comme du poulet) et une tablette de chocolat. Je dors sur les rochers avec ma seule cape pour me couvrir. Lever à 7h00 du matin, raide de froid et transi de sueur fétide. Un thé béni, et deux morceaux de biscuits avec du fromage. Un mille de notre objectif, qu'il nous dit (Je me demande?) Le soleil se lève à 8h15 et nous réchauffe comme nous reprenons la marche. Nous approchons bientôt du sommet du mont Basilica. Des forêts de pins, de hêtres, de peupliers et de sureaux. Je m'installe à 13h30 dans un grand hôpital de convalescence pour enfants et je dors six heures d'affilée dans un vrai lit. J'ai presque oublié que c'est le repos dominical. Je pense que Dieu comprendra…  »
— Capitaine honoraire Roy Durnford, aumônier du Seaforth Highlanders Regiment, Journal, 4 septembre 1943.

Le 9 septembre, une force anglo-américaine placée sous le commandement de la Cinquième Armée américaine débarque à Salerne. Elle rencontre une vive opposition de la part des divisions allemandes qui tentent de la repousser avant que la Huitième Armée ait le temps d'intervenir. De violents combats se poursuivent dans les environs de Salerne jusqu'au 14 septembre.

Plus au sud, la 1re Division canadienne se déplace rapidement le long du littoral jusqu'au golfe de Tarente avant de virer vers le nord pour aller effectuer une jonction avec la Cinquième Armée. Sous les ordres du lieutenant-colonel M.P. Bogert, commandant du West Nova Scotia Regiment, une force spéciale est constituée pour prendre Potenza. C'est une véritable course à obstacles, semée de mines et de ponts dynamités, qui exige un effort constant de la part des sapeurs. Le 20 septembre, la « Boforce  », sobriquet inspiré du nom de son commandant, entre à Potenza, où la résistance s'effondre sur-le-champ. Le 21 septembre, la Cinquième Armée américaine et la Huitième Armée britannique forment une ligne de front continue qui traverse la péninsule italienne de Salerne, à l'ouest, jusqu'à Bari, à l'est.

De sa position élevée, ce char Sherman du 14e Régiment blindé (Calgary Regiment) couvre l'avance du West Nova Scotia Regiment vers Potenza, le 20 septembre 1943.
Photo par Alexander M. Stirton. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-144103.  

Pendant le mois d'octobre, les unités canadiennes harcèlent l'ennemi dans une région qui s'étend du nord de Potenza jusqu'aux rivières Fortore et Biferno, du côté de la mer Adriatique. Campobasso tombe le 14 octobre. L'ennemi subit de lourdes pertes, ce qui lui inspire un profond respect pour les combattants de la 1re Division canadienne.

Les Canadiens ont pu avancer relativement facilement jusqu'à ce point parce que, depuis septembre, les Allemands ne font que mener une campagne de retardement. Leur commandant avait déjà reçu l'ordre de se retrancher solidement derrière la ligne Bernhard, qui traverse la péninsule italienne de part en part à la hauteur de Gaète à l'ouest et d'Ortona à l'est. Cette ligne protège Rome et les ordres sont formels : les Alliés ne doivent la franchir à aucun prix.

Vers Ortona

À la mi-novembre, la Cinquième Armée et la Huitième Armée s'approchent de la ligne Bernhard. Sous les ordres du général Montgomery la colonne britannique s'avance sur la droite, du côté de la mer Adriatique, avec l'intention d'atteindre Pescara avant de bifurquer vers l'ouest en suivant la route Pescara-Rome. Du 28 au 30 novembre, la Huitième Armée prend la crête qui domine la vallée de la rivière Sangro. La 1re Brigade blindée canadienne prête main-forte à la 8e Division indienne, dont la tâche est de maintenir une base solide sur la crête. Deux divisions reçoivent l'ordre d'avancer vers Pescara : l'une, la 2e Division néo-zélandaise, vers l'intérieur et la seconde, la 1re Division canadienne, le long de l'axe côtier. Cette dernière doit d'abord franchir la rivière Moro, derrière laquelle les Allemands attendent.

L'attaque commence le 6 décembre. Le terrain est escarpé et les fortes pluies de l'hiver ont non seulement grossi les rivières, mais changé le sol en une boue épaisse où les blindés s'enlisent. L'ennemi est bien retranché et chaque parcelle de terrain doit être prise au coût de combats meurtriers. Les contre-attaques se succèdent, obligeant les Canadiens à se replier. Il faut deux jours, le 8 et le 9 décembre, pour s'emparer de San Leonardo. Malgré les nombreux obstacles, les Seaforth Highlanders s'en approchent montés sur les chars du Calgary Regiment. Sur les chemins étroits, deux chars dégringolent en bas d'un rocher de 10 mètres après avoir manqué un brusque tournant. Puis, un feu intense d'artillerie et de mortiers s'abat sur l'infanterie et les blindés à l'approche de la rivière Moro. Après l'avoir franchie, le char de tête qui monte vers le village de San Leonardo touche une mine et se trouve immobilisé, bloquant la voie. Le reste de la colonne doit se pratiquer un chemin à travers les oliveraies. Il ne reste que cinq chars pour entrer à San Leonardo. Les Seaforth Highlanders engagent le combat, réduisant les mitrailleuses au silence, tuant et capturant de nombreux Allemands. Bientôt, douze chars ennemis pénètrent dans la ville du côté est. Malgré leur infériorité numérique, les Calgary tiennent bon et ils arrivent à les détruire ou à les repousser. Le 9 décembre à 17h40, les Canadiens sont fermement établis à San Leonardo.

Commandant le peloton, le lieutenant I. Macdonald (avec les jumelles) est prêt à donner l'ordre d'attaquer, à San Leonardo di Ortona en Italie, 10 décembre 1943. De gauche à droite : le sergent J.T. Cooney, les soldats A.R. Downie, O.E. Bernier, G.R. Young (agenouillé avec un fusil Lee-Enfield), le caporal T. Fereday et le soldat S.L. Hart (couché, avec une mitrailleuse Bren), tous du 48th Highlanders.
Photo par Frederick G. Whitcombe. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-163411.

À peu de distance sur la droite, le Hastings and Prince Edward Regiment avait aussi réussi à franchir la rivière pour y établir une tête de pont sur la route qui longe la côte. Il subit une sévère contre-attaque mais celle-ci s'avère aussi coûteuse qu'infructueuse et les Hastings conservent leur position.

« La compagnie « A », placée sur le flanc gauche, retient son feu jusqu'à ce que les Allemands parviennent à un vignoble, à quelque deux cents verges du front, puis elle demande un tir observé de mortiers; elle ouvre en même temps le feu de ses armes portatives; elle surprend au moins une compagnie et l'isole complètement. Sur le front de la compagnie « B », une autre compagnie s'engage dans un ravin en enfilade et se fait décimer par un feu croisé de mitrailleuses. »
- Hastings and Prince Edward Regiment, Journal de campagne, 9 décembre 1943.

Après San Leonardo, la division canadienne fait face à ce qui semble être une impasse. C'est le « Ravin », profond et étroit, impraticable pour les chars. La 90e Division panzer l'a choisi pour s'y embusquer. Des trous de tirailleurs sont aménagés dans les flancs abrupts, à l'abri des obus. Plusieurs tentatives de traverser le Ravin tournent mal pour les Canadiens, qui doivent se replier devant un feu intense de mitrailleuses et de mortiers.

Au matin du 13 décembre, le Royal 22e Régiment et les chars de l'Ontario Regiment attaquent sur le flanc de l'ennemi, en direction de la Casa Berardi. L'opposition est formidable et la compagnie d'infanterie est prise dans un barrage d'artillerie qui la réduit à seulement 50 hommes. Il ne reste qu'un officier, le capitaine Paul Triquet. « L'ennemi est devant nous, dit-il à ses hommes, derrière nous et sur nos flancs. Il n'y a qu'un endroit sûr : l'objectif. » Triquet prend Casa Berardi à la fin de l'après-midi, mais la situation s'avère désespérée. Il ne reste de sa compagnie du Royal 22e que 15 hommes et l'escadron « C » de l'Ontario Regiment n'a plus que quatre chars. Et Triquet de dire à ses hommes : « Ils ne passeront pas! » À la nuit tombante, la compagnie « » du Royal 22e vient à leur aide et les Canadiens tiennent leur position. Paul Triquet sera décoré de la Croix de Victoria.

Les civils italiens souffrent de blessures infligées par les mines, les obus et les balles perdues; nombreux sont ceux qui voient leur maison détruite ou leur récolte perdue. Ici, les artilleurs Chink Gades et Johnny Scott, du 11e Régiment de campagne, servent du corned-beef à des enfants à Acireale, le 13 décembre 1943.
Photo par Alexander M. Stirton. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-177161..

C'était, enfin, la brèche dont les Canadiens avaient besoin, mais des combats furieux et coûteux continuent pendant plusieurs jours avant de réduire au silence les postes de défense qui interdisent le carrefour stratégique de la route d'Orsogna à Ortona. Les Canadiens s'en portent enfin maîtres, le 19 décembre, après deux semaines d'âpres combats. Le 20 décembre, les combattants approchent d'Ortona. Pendant huit jours de violents combats, les Canadiens devront disputer chaque rue et chaque maison à des troupes allemandes déterminées à conserver leur position.

Que se passe-t-il donc à Ortona? Cette petite ville côtière n'a plus de valeur stratégique et pourtant l'ennemi la défend avec une âpreté démesurée, qui n'a d'égale que l'acharnement des Canadiens. La presse mondiale s'est emparée de l'événement…
La Prise d'Ortona

Pendant que le vacarme des armes automatiques et des explosions résonne dans les rues d'Ortona, la 2e Brigade canadienne contourne la ville vers l'ouest et avance en direction de la rivière Riccio et des villages de Villa Grande et San Tommaso.

Au début de l'année 1944, de nouvelles unités canadiennes se joignent à l'ordre de bataille de la Huitième Armée britannique. Le Canada assigne au théâtre méditerranéen une division additionnelle, la 5e Division blindée commandée d'abord par le major-général Guy Simonds et, à compter du 29 janvier 1944, par le major-général E.L.M Burns. La 1re Division d'infanterie, la 5e Division blindée et la 1re Brigade blindée relèvent dès lors du 1er Corps canadien, constitué avec les unités afférentes et placé sous les ordres du lieutenant-général H.D.G. Crerar.

La 11e Brigade d'infanterie est mise à l'épreuve le 17 janvier. Elle se rend sur les lignes avancées au nord d'Ortona et reprend la progression alliée le long de la côte de l'Adriatique, vers la rivière Arielli. Les Canadiens livrent leurs dernières attaques de l'hiver et, en mars et en avril, les diverses unités du 1er Corps sont relevées. Ils quittent alors le front de l'Adriatique pour se rendre dans des aires de repos et d'entraînement.

Le 17 janvier 1943, du côté ouest de la péninsule italienne, la Cinquième Armée attaque les forces allemandes qui interdisent toujours l'accès vers Rome. Le 22 janvier, un important contingent anglo-américain, sous le commandement du 6e Corps d'armée américain, débarque à Anzio, à 56 km au sud de Rome, mais il y rencontre une opposition d'une fermeté inattendue.

La bataille de Rome

Au printemps 1944, deux armées allemandes défendent l'approche de la capitale italienne. Elles tiennent la ligne Gustav, qui débute au sud de Gaète pour traverser le pays d'est en ouest jusqu'à une position située au nord d'Ortona et de la rivière Arielli. La ligne Gustav ferme la vallée creusée par la rivière Liri qui, à cet endroit, coule du nord vers le sud, parallèlement à la route de Rome. Plus au nord, entre la ligne Gustav et Rome, le 6e Corps d'armée américain maintient une tête de pont à Anzio.

Si les généraux croient qu'il faille bombarder les centres historiques et religieux de l'Europe, serez-vous pour ou contre?
Le sacrifice du patrimoine historique

L'assaut de la Cinquième Armée et de la Huitième Armée débute à 23h00 le 11 mai 1944 par le bombardement d'artillerie le plus intense jamais mis en œuvre par les Alliés. Sur le front de la Huitième Armée, 1060 canons crachent des obus de tous calibres et il y en a encore 600 autres sur le front de la Cinquième Armée. Des régiments de l'Artillerie royale canadienne et des escadrons de la 1re Brigade blindée canadienne participent à l'attaque qui dure 45 minutes. Dans l'assaut d'infanterie qui suit, les chars de la 1re Brigade blindée canadienne appuient la 8e Division indienne. En quelques jours, des ponts sont établis pour traverser la rivière Gari et la ligne Gustav est rompue en plusieurs points.

Dans la nuit du 15 au 16 mai, le 1er Corps canadien se porte au front pour y remplacer la 8e Division indienne, alors en position dans la vallée de la rivière Liri. Le 17 mai, après une journée d'engagements brutaux et de combats confus, la 1re Brigade canadienne n'est plus qu'à 5 ou 6 kilomètres de la ligne Adolf Hitler. Le lendemain, sur le flanc droit des Canadiens, la 4e Division britannique occupe la ville voisine de Cassino et le drapeau polonais flotte au sommet de la colline du monastère. Sur le flanc gauche des Canadiens, le général Juin dirige l'avance de la 1re Division motorisée française le long de la route de Pontecorvo.

Des hommes se mettent à l'abri des obus d'artillerie, dans la vallée de la rivière Gari, le 22 mai 1944.
Photo par Alexander M. Stirton. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-136205.  

L'assaut contre la ligne Adolf Hitler est déclenché au matin du 23 mai. Un puissant barrage d'artillerie s'abat sur les défenses allemandes, alors qu'une épaisse brume couvre encore la vallée de la Liri. Sur le front du 1er Corps canadien, la 2e Brigade fait face à une opposition obstinée qui ne présente aucun signe de fléchissement. Les blindés sont retenus par des mines et des canons antichars alors que l'infanterie est exposée à un feu incessant de mortier, les terribles « Moaning Minnies » . Sur la gauche, la 3e Brigade connaît de meilleurs gains. Le major-général Christopher Vokes regroupe ses forces et ajoute à la 3e Brigade des unités de réserve divisionnaire et un renfort de blindés. Le Royal 22e et le West Nova Scotia Regiment reprennent l'offensive peu après 17h00 pour élargir la brèche déjà percée dans la ligne Hitler. Malgré une opposition forte, ils recueillent beaucoup de prisonniers et de matériel ennemi. La nuit venue, la 3e Brigade est solidement établie à l'ouest de la ligne Hitler. Ses pertes sont raisonnables : 45 tués et 120 blessés pour trois bataillons. Il n'en va pas de même pour la 2e Brigade qui, au cours de cette journée terrible, a perdu 543 hommes (162 tués, 306 blessés et 75 prisonniers).

Mercredi matin. Il est 8h30 au moment où j'écris ces lignes et le barrage d'artillerie gronde depuis presque quatre heures. Danny et moi allons à la ligne et nous y restons. Le poste de soins régimentaire, une vieille grange attachée à une maison, commence à s'emplir de blessés. Des souffrances indicibles et un courage incroyable. Cliff Peerce et l'officier médical du North Irish Horse travaillent sans relâche avec un merveilleux personnel d'aides qui ne se plaignent jamais. Le champ de bataille est très proche. La maison sert à la fois de quartier-général de bataillon et d'hôpital, et c'est une ruche d'activité : du personnel de renseignements, des signaleurs, des officiers inquiets et des hommes épuisés s'entremêlent partout. Les obus qui tombent tout autour de la zone blessent souvent les prisonniers allemands assemblés près du poste de soins régimentaire. Ces Allemands sont en état de choc ou encore nerveux ou excitables; pâles, sales et totalement épuisés, ils titubent en suivant la ligne. Je fais du thé sans arrêt, et de la soupe. Les gars continuent d'arriver - certains rendus insouciants par les bombes, d'autres terriblement brisés et commotionnés; parmi eux, il y en a qui ont des membres arrachés, d'autres jubilent presque de n'avoir que de légères blessures… Johnny McLean a été blessé. Le lieutenant Whiting s'est avancé jusqu'aux barbelés. On m'a dit qu'il aurait été tué, avec d'autres. Les hommes du North Irish Horse qui sont avec nous ont été formidables. Leurs pertes sont élevées. Les nôtres sont extrêmement sévères. Syd Thomson se ressent de la tension mais il a été formidable toute la journée. Qui ne l'est pas? « Comment ça va, Syd? », je lui demande. « Je ne sais pas, Padre, dit-il, mais je pense qu'il ne me reste qu'une centaine d'hommes dans toutes les compagnies de fusiliers, et trois officiers.»  Je suis incapable de lui dire ce que j'ai vu, mais cela a été notre meilleur jour de gloire et notre pire jour de misère.
Capitaine honoraire Roy Durnford, aumônier du Seaforth Highlanders Regiment, Journal, 4 septembre 1943.

Des hommes du Cape Breton Highlanders avancent sur une route à proximité de la rivière Melfa, le 24 mai 1944. Un cadavre de soldat allemand gît au bord du chemin.

Photo par Strathy Smith. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-135904

La ligne Adolph Hitler entamée, les Alliées progressent vers Rome. Le 1er Corps canadien avance sur une ligne parallèle à la rivière Liri. Il atteint Ceprano le 28 mai et continue à progresser, malgré les mines et les destructions allemandes, vers Frosinone, prise le 31 mai. Les Canadiens reçoivent l'ordre de s'arrêter à Agnani, de manière à céder le passage au Corps expéditionnaire français, sur le flanc droit de la Cinquième Armée.

Le 3 juin, la Cinquième Armée américaine donne l'assaut contre la Quatorzième Armée allemande qui tente désespérément de lui interdire la ville de Rome. Pour éviter de se trouver encerclée, l'armée allemande évacue la capitale romaine pour se replier vers le nord. Le 4 juin, les Alliés entrent à Rome.

Les Canadiens ne participent pas à l'entrée triomphale à Rome parce que le 1er Corps a été mis en réserve quelques jours plus tôt. Cependant, ils partagent la liesse de la population des petites villes qu'ils viennent de libérer. Une bonne nouvelle en entraînant une autre, ils apprennent avec joie, sur les ondes de la BBC, que le débarquement de Normandie vient de commencer. Ils sont ensuite dirigés jusqu'à des zones d'exercices et de repos situées dans la vallée de la Volturno, près de Piedimonte d'Alife.

La rupture de la ligne Gothique

En juin et en juillet, les troupes canadiennes se reposent et se réorganisent en fonction de l'expérience acquise et des opérations à venir. La 12e Brigade d'infanterie est alors créée, en changeant l'affectation de quelques-unes des unités déjà en place.

Pendant ce temps, la Cinquième Armée américaine et la Huitième Armée britannique continuent à avancer, la première le long de la côte ouest, en direction de Pise, et la seconde le long de l'Adriatique, en direction de Florence. La 1re Division d'infanterie canadienne est appelée à reprendre le combat au début du mois d'août. Pendant quelques jours, à compter du 6 août, elle relève des formations alliées fatiguées et participe ainsi à l'attaque contre la ville de Florence. Les chars de l'Ontario Regiment, pour leur part, passent sous les ordres de la 8e Division indienne. Le 17 août, après plusieurs jours de combats, ils franchissent enfin l'Arno et pénètrent dans la ville de Florence; il leur est interdit d'utiliser leur canon de 75 mm à l'intérieur de la ville historique.

Repoussés par l'avance alliée, les Allemands se sont retranchés derrière une nouvelle ligne de défense, la ligne Gothique, qui barre la péninsule italienne à partir de Pesaro, sur la côte est, jusqu'à la Spezia à l'ouest, en passant par les monts Apennins. Cette ligne de défense interdit le passage vers les riches plaines industrielles du Nord de l'Italie. Pour enfoncer cette ligne, la Huitième Armée doit attaquer le long de la côte de l'Adriatique le 24 août et, le jour suivant, la Cinquième Armée lancera l'assaut au centre du pays, dans l'axe Florence-Bologne. Le 1er Corps canadien sera de la bataille parmi les formations qui composent la Huitième Armée. Il est flanqué sur la droite par le 2e Corps polonais et sur la gauche par le 5e Corps britannique.

Des artilleurs canadiens font feu pendant l'assaut contre la ligne Gothique, vers le 24 août 1944.

Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-185004.

Le premier assaut débute à 23h00, dans la nuit étoilée du 24 août. Les bataillons de tête franchissent la rivière Metauro et atteignent leurs objectifs sans difficulté. Après deux jours de progression, les brigades canadiennes approchent enfin de la ligne Gothique. Le 30 août, les positions ennemies sont bombardées par l'aviation. Appuyée par les chars, l'infanterie se porte à l'assaut en fin d'après-midi. Les Allemands sont déterminés à tenir leur position et ils reçoivent les Canadiens avec un feu nourri d'armes automatiques, de mortiers et d'artillerie. L'ennemi a soigneusement préparé le terrain et, à tout moment, les Canadiens se trouvent entraînés dans des champs de mines. Malgré ces difficultés et les pertes qu'elles entraînent, l'infanterie continue d'avancer et prend ses objectifs. La ligne Gothique est rompue.

Réjouis par le bleu resplendissant de la mer qu'ils aperçoivent tout près, les combattants du 1er Corps canadien avancent encore, remplis de confiance. Mais, au cours de la progression vers Rimini, les engagements se succèdent et l'ennemi ne semble jamais devoir fléchir. Le 21 septembre, le 1er Corps franchit le fleuve Marecchia avant d'être relevé par d'autres formations alliées.

Une fois de plus, cette victoire ne sera pas décisive. L'armée allemande se replie, mais elle reçoit des renforts de manière à rester toujours aussi redoutable. Par contre, ni la Huitième Armée ni la Cinquième Armée, maintenant affaiblies par des mois de combats, ne reçoivent les suppléments de troupes qui leur permettraient de porter un coup final, car les renforts vont prioritairement en Europe du Nord-Ouest. Le manque d'effectif devient inquiétant.

Les combats s'étirent avec l'hiver qui approche. La 1re Division canadienne revient au front en décembre, dans la région des rivières Lamone et Senio. À la fin du mois, le Corps canadien, comme le reste de la Huitième Armée, se place en position défensive pour le reste de l'hiver. Il ne participera pas à l'offensive prévue pour le printemps. En avril 1945, le 1er Corps canadien est déplacé vers l'Europe du Nord-Ouest pour rejoindre la Première Armée canadienne.

En janvier 1945, l'Ontario Regiment est retranché dans ses quartiers d'hiver à San Clemento. Ici, le signaleur Doug Lindsay et le caporal Walter Bloom dans la cuisine extérieure du régiment.
Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-173618.

La campagne d'Italie aura été plus longue et plus difficile que prévue. En 18 mois de campagne, quelque 92 757 soldats canadiens ont servi en sol italien. Parmi eux, 408 officiers et 4 991 soldats de tous rangs ont été tués sur les champs de batailles. Parmi ceux qui sont revenus, 1 218 officiers et 18 268 hommes étaient blessés. Plus de mille hommes ont été faits prisonniers. En Italie, les Canadiens se sont illustrés comme des combattants de premier plan. L'expérience de combat que les officiers et les troupes ont acquise au cours de cette longue campagne s'est avérée précieuse pour la suite de la guerre contre le IIIe Reich.

 

 

 

 

Lectures suggérées :

• Daniel G. Dancocks, The D-Day Dodgers: The Canadians in Italy, 1943-1945, 1991.
• Dominick Graham et Shelford Bidwell, Tug of War: The Battle for Italy, 1985.
• Charles Fraser Comfort, Artist at War, 1995.
• C. Sydney Frost, Once a Patricia: Memoirs of a Junior Infantry Officer in World War II, 1988.
• Bill McAndrew, Canadians and the Italian Campaign, 1943-1945, 1996.
• Robert L. McDougall, A Narrative of War: From the Beaches of Sicily to the Hitler Line with the Seaforth Highlanders of Canada, 1943-1944, 1996.
• Farley Mowat, And No Birds Sang, 1979.
• Farley Mowat, The Regiment, 1955 [1973].
• G.W.L. Nicholson, The Canadians in Italy, 1943-1945, Volume 2 of the Official History of The Canadian Army in the Second World War, 1956.
• Mark Zuehlke, The Liri Valley: Canada's World War II Breakthrough to Rome, 2001.
• Mark Zuehlke, The Gothic Line: Canada’s Month of Hell in World War II Italy, 2003
• Mark Zuehlke, Ortona: Canada’s Epic World War II Battle, 1999.

À suivre: Les unités canadiennes en Italie