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Objectifs
Aux yeux des dirigeants et des stratèges
américains et britanniques, la campagne
d'Italie ne découlait pas d'une progression
logique de la Sicile vers le continent.
En fait, un profond désaccord séparait
le président américain Roosevelt,
qui s'opposait à la poursuite des
opérations offensives en Méditerranée,
et le premier ministre britannique Churchill,
qui croyait à l'importance de continuer
à déchirer le ventre mou de
l'empire nazi. Ce n'est qu'en mai 1943,
à l'occasion de la conférence
Trident, que les deux hommes arrivent à
s'entendre pour des opérations limitées
en Italie. Toutefois, l'offensive ne doit
interférer d'aucune façon
avec les préparatifs de ce qui sera
la plus importante opération de toute
la guerre : l'invasion massive de l'Europe
du Nord-Ouest prévue pour le printemps
1944.
Les détails de l'invasion de l'Italie
continentale sont réglés lors
de la Conférence de Québec,
en août 1943. Les objectifs initiaux
sont la prise de Naples, des terrains d'aviation
de Foggia et de Rome. En réalité,
les Alliées cherchent moins à
s'emparer de l'Italie qu'à drainer
l'effectif de guerre allemand vers le sud.
En divisant les forces nazies sur plusieurs
fronts, les Alliés veulent empêcher
Hitler d'asséner un coup mortel à
l'U.R.S.S. ou de masser une force invincible
le long de la côte normande.
Le débarquement allié commence
tôt le matin du 3 septembre 1943 et
le gouvernement italien annonce la capitulation
quelques jours plus tard, le 8 septembre.
Berlin avait prévu la reddition de
l'Italie et le Führer donne immédiatement
les ordres nécessaires pour que l'armée
allemande prenne le contrôle du pays.
En fait, Hitler craint que les Alliés
n'utilisent les aéroports de l'Italie
pour bombarder le territoire allemand. Par
conséquent, il renforce les divisions
de la Wehrmacht présentes dans le
sud et il leur ordonne de défendre
Rome à tout prix. Une lutte farouche
se prépare.
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Le
Royal 22e débarque sur
la plage de Reggio di Calabria
le matin du 3 septembre 1943. |
| Photo
par Alexander M. Stirton. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-177114. |
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La libération
de l'Italie du Sud
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Dans les montagnes
de la Calabre, l'avance des
blindés et des véhicules
de transport est souvent interrompue
à cause des ponts détruits
par les Allemands. Le 4 septembre
1943, la 1re Compagnie de campagne
du Génie royal de l'Armée
canadienne installe un pont
Bailey pour franchir le ravin
formé par la rivière
Straorini.
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| Photo
par Jack H. Smith. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-177088. |
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La 1re Division canadienne débarque
sur la plage voisine de Reggio di Calabria
le 3 septembre 1943. Elle ne rencontre aucune
opposition : les garnisons italiennes abandonnent
leurs postes pour fuir vers les collines
et le seul bataillon allemand de la région,
qui fait partie de la 29e Division panzer
de grenadiers, s'est replié vers
les montagnes deux jours plus tôt.
Pendant quelques jours, les Canadiens avancent
péniblement vers l'intérieur
de la région montagneuse de l'Aspromonte,
leur marche étant constamment interrompue
par l'écroulement des ponts que les
Allemands ont détruits derrière
eux.
Les unités
canadiennes en Italie
« Arrêtons
brièvement à 1h00 du matin
et dormons où nous nous sommes
laissés tomber. Pas de sommeil
la nuit dernière et, de toute évidence,
très peu cette nuit. Un repas seulement
hier. À 2h00 du matin, il y des
hommes tout le long de la route, ils sont
affalés sur les côtés,
claqués. Je ne me sens plus capable
d'aller plus loin. Je n'en peux plus.
C'est le noir complet ici, dans ces avenues
boisées. Je transpire de faiblesse.
À 2h30, nous dépassons les
Patricia et nous nous arrêtons pour
dormir. Trop hébété
pour me souvenir de quoi que ce soit.
John Gowan me donne deux biscuits, un
morceau de corned-beef (comme du poulet)
et une tablette de chocolat. Je dors sur
les rochers avec ma seule cape pour me
couvrir. Lever à 7h00 du matin,
raide de froid et transi de sueur fétide.
Un thé béni, et deux morceaux
de biscuits avec du fromage. Un mille
de notre objectif, qu'il nous dit (Je
me demande?) Le soleil se lève
à 8h15 et nous réchauffe
comme nous reprenons la marche. Nous approchons
bientôt du sommet du mont Basilica.
Des forêts de pins, de hêtres,
de peupliers et de sureaux. Je m'installe
à 13h30 dans un grand hôpital
de convalescence pour enfants et je dors
six heures d'affilée dans un vrai
lit. J'ai presque oublié que c'est
le repos dominical. Je pense que Dieu
comprendra
»
—
Capitaine honoraire Roy Durnford, aumônier
du Seaforth Highlanders Regiment, Journal,
4 septembre 1943.
Le 9 septembre, une force anglo-américaine
placée sous le commandement de la
Cinquième Armée américaine
débarque à Salerne. Elle rencontre
une vive opposition de la part des divisions
allemandes qui tentent de la repousser avant
que la Huitième Armée ait
le temps d'intervenir. De violents combats
se poursuivent dans les environs de Salerne
jusqu'au 14 septembre.
Plus au sud, la 1re Division canadienne
se déplace rapidement le long du
littoral jusqu'au golfe de Tarente avant
de virer vers le nord pour aller effectuer
une jonction avec la Cinquième Armée.
Sous les ordres du lieutenant-colonel M.P.
Bogert, commandant du West Nova Scotia Regiment,
une force spéciale est constituée
pour prendre Potenza. C'est une véritable
course à obstacles, semée
de mines et de ponts dynamités, qui
exige un effort constant de la part des
sapeurs. Le 20 septembre, la « Boforce
», sobriquet inspiré
du nom de son commandant, entre à
Potenza, où la résistance
s'effondre sur-le-champ. Le 21 septembre,
la Cinquième Armée américaine
et la Huitième Armée britannique
forment une ligne de front continue qui
traverse la péninsule italienne de
Salerne, à l'ouest, jusqu'à
Bari, à l'est.
 |
De
sa position élevée,
ce char Sherman du 14e Régiment
blindé (Calgary Regiment)
couvre l'avance du West Nova Scotia
Regiment vers Potenza, le 20 septembre
1943. |
| Photo
par Alexander M. Stirton. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-144103. |
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Pendant le mois d'octobre, les unités
canadiennes harcèlent l'ennemi dans
une région qui s'étend du
nord de Potenza jusqu'aux rivières
Fortore et Biferno, du côté
de la mer Adriatique. Campobasso tombe le
14 octobre. L'ennemi subit de lourdes pertes,
ce qui lui inspire un profond respect pour
les combattants de la 1re Division canadienne.
Les Canadiens ont pu avancer relativement
facilement jusqu'à ce point parce
que, depuis septembre, les Allemands ne
font que mener une campagne de retardement.
Leur commandant avait déjà
reçu l'ordre de se retrancher solidement
derrière la ligne Bernhard, qui traverse
la péninsule italienne de part en
part à la hauteur de Gaète
à l'ouest et d'Ortona à l'est.
Cette ligne protège Rome et les ordres
sont formels : les Alliés ne doivent
la franchir à aucun prix.
Vers Ortona
À la mi-novembre, la Cinquième
Armée et la Huitième Armée
s'approchent de la ligne Bernhard. Sous
les ordres du général Montgomery
la colonne britannique s'avance sur la droite,
du côté de la mer Adriatique,
avec l'intention d'atteindre Pescara avant
de bifurquer vers l'ouest en suivant la
route Pescara-Rome. Du 28 au 30 novembre,
la Huitième Armée prend la
crête qui domine la vallée
de la rivière Sangro. La 1re Brigade
blindée canadienne prête main-forte
à la 8e Division indienne, dont la
tâche est de maintenir une base solide
sur la crête. Deux divisions reçoivent
l'ordre d'avancer vers Pescara : l'une,
la 2e Division néo-zélandaise,
vers l'intérieur et la seconde, la
1re Division canadienne, le long de l'axe
côtier. Cette dernière doit
d'abord franchir la rivière Moro,
derrière laquelle les Allemands attendent.
L'attaque commence le 6 décembre.
Le terrain est escarpé et les fortes
pluies de l'hiver ont non seulement grossi
les rivières, mais changé
le sol en une boue épaisse où
les blindés s'enlisent. L'ennemi
est bien retranché et chaque parcelle
de terrain doit être prise au coût
de combats meurtriers. Les contre-attaques
se succèdent, obligeant les Canadiens
à se replier. Il faut deux jours,
le 8 et le 9 décembre, pour s'emparer
de San Leonardo. Malgré les nombreux
obstacles, les Seaforth Highlanders s'en
approchent montés sur les chars du
Calgary Regiment. Sur les chemins étroits,
deux chars dégringolent en bas d'un
rocher de 10 mètres après
avoir manqué un brusque tournant.
Puis, un feu intense d'artillerie et de
mortiers s'abat sur l'infanterie et les
blindés à l'approche de la
rivière Moro. Après l'avoir
franchie, le char de tête qui monte
vers le village de San Leonardo touche une
mine et se trouve immobilisé, bloquant
la voie. Le reste de la colonne doit se
pratiquer un chemin à travers les
oliveraies. Il ne reste que cinq chars pour
entrer à San Leonardo. Les Seaforth
Highlanders engagent le combat, réduisant
les mitrailleuses au silence, tuant et capturant
de nombreux Allemands. Bientôt, douze
chars ennemis pénètrent dans
la ville du côté est. Malgré
leur infériorité numérique,
les Calgary tiennent bon et ils arrivent
à les détruire ou à
les repousser. Le 9 décembre à
17h40, les Canadiens sont fermement établis
à San Leonardo.
 |
Commandant le peloton, le lieutenant
I. Macdonald (avec les jumelles) est
prêt à donner l'ordre d'attaquer,
à San Leonardo di Ortona en Italie,
10 décembre 1943. De gauche à
droite : le sergent J.T. Cooney, les
soldats A.R. Downie, O.E. Bernier, G.R.
Young (agenouillé avec un fusil
Lee-Enfield), le caporal T. Fereday
et le soldat S.L. Hart (couché,
avec une mitrailleuse Bren), tous du
48th Highlanders. |
| Photo
par Frederick G. Whitcombe. Ministère
de la Défense nationale / Archives
nationales du Canada, PA-163411. |
À peu de distance sur la droite,
le Hastings and Prince Edward Regiment avait
aussi réussi à franchir la
rivière pour y établir une
tête de pont sur la route qui longe
la côte. Il subit une sévère
contre-attaque mais celle-ci s'avère
aussi coûteuse qu'infructueuse et
les Hastings conservent leur position.
« La
compagnie « A », placée
sur le flanc gauche, retient son feu jusqu'à
ce que les Allemands parviennent à
un vignoble, à quelque deux cents
verges du front, puis elle demande un
tir observé de mortiers; elle ouvre
en même temps le feu de ses armes
portatives; elle surprend au moins une
compagnie et l'isole complètement.
Sur le front de la compagnie « B
», une autre compagnie s'engage
dans un ravin en enfilade et se fait décimer
par un feu croisé de mitrailleuses. »
- Hastings and
Prince Edward Regiment, Journal de
campagne, 9 décembre 1943.
Après San Leonardo, la division
canadienne fait face à ce qui semble
être une impasse. C'est le
« Ravin
», profond et étroit,
impraticable pour les chars. La 90e Division
panzer l'a choisi pour s'y embusquer. Des
trous de tirailleurs sont aménagés
dans les flancs abrupts, à l'abri
des obus. Plusieurs tentatives de traverser
le Ravin tournent mal pour les Canadiens,
qui doivent se replier devant un feu intense
de mitrailleuses et de mortiers.
Au matin du 13 décembre, le Royal
22e Régiment et les chars de l'Ontario
Regiment attaquent sur le flanc de l'ennemi,
en direction de la Casa Berardi. L'opposition
est formidable et la compagnie d'infanterie
est prise dans un barrage d'artillerie qui
la réduit à seulement 50 hommes.
Il ne reste qu'un officier, le capitaine
Paul Triquet. « L'ennemi
est devant nous, dit-il à ses hommes,
derrière nous et sur nos flancs.
Il n'y a qu'un endroit sûr : l'objectif.
» Triquet prend Casa Berardi
à la fin de l'après-midi,
mais la situation s'avère désespérée.
Il ne reste de sa compagnie du Royal 22e
que 15 hommes et l'escadron «
C » de
l'Ontario Regiment n'a plus que quatre chars.
Et Triquet de dire à ses hommes :
« Ils ne
passeront pas! » À la
nuit tombante, la compagnie
« B »
du Royal 22e vient à leur aide et
les Canadiens tiennent leur position. Paul
Triquet sera décoré de la
Croix de Victoria.
 |
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Les civils italiens
souffrent de blessures infligées
par les mines, les obus et les
balles perdues; nombreux sont
ceux qui voient leur maison
détruite ou leur récolte
perdue. Ici, les artilleurs
Chink Gades et Johnny Scott,
du 11e Régiment de campagne,
servent du corned-beef à
des enfants à Acireale,
le 13 décembre 1943.
|
| Photo
par Alexander M. Stirton. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-177161.. |
|
C'était, enfin, la brèche
dont les Canadiens avaient besoin, mais
des combats furieux et coûteux continuent
pendant plusieurs jours avant de réduire
au silence les postes de défense
qui interdisent le carrefour stratégique
de la route d'Orsogna à Ortona. Les
Canadiens s'en portent enfin maîtres,
le 19 décembre, après deux
semaines d'âpres combats. Le 20 décembre,
les combattants approchent d'Ortona. Pendant
huit jours de violents combats, les Canadiens
devront disputer chaque rue et chaque maison
à des troupes allemandes déterminées
à conserver leur position.
Que se passe-t-il
donc à Ortona? Cette petite ville
côtière n'a plus de valeur
stratégique et pourtant l'ennemi
la défend avec une âpreté
démesurée, qui n'a d'égale
que l'acharnement des Canadiens. La presse
mondiale s'est emparée de l'événement
La
Prise d'Ortona
Pendant que le vacarme des armes automatiques
et des explosions résonne dans les
rues d'Ortona, la 2e Brigade canadienne
contourne la ville vers l'ouest et avance
en direction de la rivière Riccio
et des villages de Villa Grande et San Tommaso.
Au début de l'année 1944,
de nouvelles unités canadiennes se
joignent à l'ordre de bataille de
la Huitième Armée britannique.
Le Canada assigne au théâtre
méditerranéen une division
additionnelle, la 5e Division blindée
commandée d'abord par le major-général
Guy
Simonds et, à compter
du 29 janvier 1944, par le major-général
E.L.M
Burns. La 1re Division d'infanterie,
la 5e Division blindée et la 1re
Brigade blindée relèvent dès
lors du 1er Corps canadien, constitué
avec les unités afférentes
et placé sous les ordres du lieutenant-général
H.D.G.
Crerar.
La 11e Brigade d'infanterie est mise à
l'épreuve le 17 janvier. Elle se
rend sur les lignes avancées au nord
d'Ortona et reprend la progression alliée
le long de la côte de l'Adriatique,
vers la rivière Arielli. Les Canadiens
livrent leurs dernières attaques
de l'hiver et, en mars et en avril, les
diverses unités du 1er Corps sont
relevées. Ils quittent alors le front
de l'Adriatique pour se rendre dans des
aires de repos et d'entraînement.
Le 17 janvier 1943, du côté
ouest de la péninsule italienne,
la Cinquième Armée attaque
les forces allemandes qui interdisent toujours
l'accès vers Rome. Le 22 janvier,
un important contingent anglo-américain,
sous le commandement du 6e Corps d'armée
américain, débarque à
Anzio, à 56 km au sud de Rome, mais
il y rencontre une opposition d'une fermeté
inattendue.
La bataille de Rome
Au printemps 1944, deux armées allemandes
défendent l'approche de la capitale
italienne. Elles tiennent la ligne Gustav,
qui débute au sud de Gaète
pour traverser le pays d'est en ouest jusqu'à
une position située au nord d'Ortona
et de la rivière Arielli. La ligne
Gustav ferme la vallée creusée
par la rivière Liri qui, à
cet endroit, coule du nord vers le sud,
parallèlement à la route de
Rome. Plus au nord, entre la ligne Gustav
et Rome, le 6e Corps d'armée américain
maintient une tête de pont à
Anzio.
Si les généraux
croient qu'il faille bombarder les centres
historiques et religieux de l'Europe,
serez-vous pour ou contre?
Le
sacrifice du patrimoine historique
L'assaut de la Cinquième Armée
et de la Huitième Armée débute
à 23h00 le 11 mai 1944 par le bombardement
d'artillerie le plus intense jamais mis
en uvre par les Alliés. Sur
le front de la Huitième Armée,
1060 canons crachent des obus de tous calibres
et il y en a encore 600 autres sur le front
de la Cinquième Armée. Des
régiments de l'Artillerie royale
canadienne et des escadrons de la 1re Brigade
blindée canadienne participent à
l'attaque qui dure 45 minutes. Dans l'assaut
d'infanterie qui suit, les chars de la 1re
Brigade blindée canadienne appuient
la 8e Division indienne. En quelques jours,
des ponts sont établis pour traverser
la rivière Gari et la ligne Gustav
est rompue en plusieurs points.
Dans la nuit du 15 au 16 mai, le 1er Corps
canadien se porte au front pour y remplacer
la 8e Division indienne, alors en position
dans la vallée de la rivière
Liri. Le 17 mai, après une journée
d'engagements brutaux et de combats confus,
la 1re Brigade canadienne n'est plus qu'à
5 ou 6 kilomètres de la ligne Adolf
Hitler. Le lendemain, sur le flanc droit
des Canadiens, la 4e Division britannique
occupe la ville voisine de Cassino et le
drapeau polonais flotte au sommet de la
colline du monastère. Sur le flanc
gauche des Canadiens, le général
Juin dirige l'avance de la 1re Division
motorisée française le long
de la route de Pontecorvo.
 |
Des
hommes se mettent à l'abri
des obus d'artillerie, dans la
vallée de la rivière
Gari, le 22 mai 1944. |
| Photo
par Alexander M. Stirton. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-136205. |
|
|
L'assaut contre la ligne Adolf Hitler est
déclenché au matin du 23 mai.
Un puissant barrage d'artillerie s'abat
sur les défenses allemandes, alors
qu'une épaisse brume couvre encore
la vallée de la Liri. Sur le front
du 1er Corps canadien, la 2e Brigade fait
face à une opposition obstinée
qui ne présente aucun signe de fléchissement.
Les blindés sont retenus par des
mines et des canons antichars alors que
l'infanterie est exposée à
un feu incessant de mortier, les terribles
« Moaning Minnies »
. Sur la gauche, la 3e Brigade connaît
de meilleurs gains. Le major-général
Christopher
Vokes regroupe ses forces et
ajoute à la 3e Brigade des unités
de réserve divisionnaire et un renfort
de blindés. Le Royal 22e et le West
Nova Scotia Regiment reprennent l'offensive
peu après 17h00 pour élargir
la brèche déjà percée
dans la ligne Hitler. Malgré une
opposition forte, ils recueillent beaucoup
de prisonniers et de matériel ennemi.
La nuit venue, la 3e Brigade est solidement
établie à l'ouest de la ligne
Hitler. Ses pertes sont raisonnables : 45
tués et 120 blessés pour trois
bataillons. Il n'en va pas de même
pour la 2e Brigade qui, au cours de cette
journée terrible, a perdu 543 hommes
(162 tués, 306 blessés et
75 prisonniers).
Mercredi matin. Il
est 8h30 au moment où j'écris
ces lignes et le barrage d'artillerie
gronde depuis presque quatre heures. Danny
et moi allons à la ligne et nous
y restons. Le poste de soins régimentaire,
une vieille grange attachée à
une maison, commence à s'emplir
de blessés. Des souffrances indicibles
et un courage incroyable. Cliff Peerce
et l'officier médical du North
Irish Horse travaillent sans relâche
avec un merveilleux personnel d'aides
qui ne se plaignent jamais. Le champ de
bataille est très proche. La maison
sert à la fois de quartier-général
de bataillon et d'hôpital, et c'est
une ruche d'activité : du personnel
de renseignements, des signaleurs, des
officiers inquiets et des hommes épuisés
s'entremêlent partout. Les obus
qui tombent tout autour de la zone blessent
souvent les prisonniers allemands assemblés
près du poste de soins régimentaire.
Ces Allemands sont en état de choc
ou encore nerveux ou excitables; pâles,
sales et totalement épuisés,
ils titubent en suivant la ligne. Je fais
du thé sans arrêt, et de
la soupe. Les gars continuent d'arriver
- certains rendus insouciants par les
bombes, d'autres terriblement brisés
et commotionnés; parmi eux, il
y en a qui ont des membres arrachés,
d'autres jubilent presque de n'avoir que
de légères blessures
Johnny McLean a été blessé.
Le lieutenant Whiting s'est avancé
jusqu'aux barbelés. On m'a dit
qu'il aurait été tué,
avec d'autres. Les hommes du North Irish
Horse qui sont avec nous ont été
formidables. Leurs pertes sont élevées.
Les nôtres sont extrêmement
sévères. Syd Thomson se
ressent de la tension mais il a été
formidable toute la journée. Qui
ne l'est pas? « Comment ça
va, Syd? », je lui demande. « Je
ne sais pas, Padre, dit-il, mais je pense
qu'il ne me reste qu'une centaine d'hommes
dans toutes les compagnies de fusiliers,
et trois officiers.» Je suis
incapable de lui dire ce que j'ai vu,
mais cela a été notre meilleur
jour de gloire et notre pire jour de misère.
Capitaine
honoraire Roy Durnford, aumônier
du Seaforth Highlanders Regiment, Journal,
4 septembre 1943.
|
Des
hommes du Cape Breton Highlanders
avancent sur une route à
proximité de la rivière
Melfa, le 24 mai 1944. Un cadavre
de soldat allemand gît
au bord du chemin.
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| Photo
par Strathy Smith. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-135904 |
|
La ligne Adolph Hitler entamée,
les Alliées progressent vers Rome.
Le 1er Corps canadien avance sur une ligne
parallèle à la rivière
Liri. Il atteint Ceprano le 28 mai et continue
à progresser, malgré les mines
et les destructions allemandes, vers Frosinone,
prise le 31 mai. Les Canadiens reçoivent
l'ordre de s'arrêter à Agnani,
de manière à céder
le passage au Corps expéditionnaire
français, sur le flanc droit de la
Cinquième Armée.
Le 3 juin, la Cinquième Armée
américaine donne l'assaut contre
la Quatorzième Armée allemande
qui tente désespérément
de lui interdire la ville de Rome. Pour
éviter de se trouver encerclée,
l'armée allemande évacue la
capitale romaine pour se replier vers le
nord. Le 4 juin, les Alliés entrent
à Rome.
Les Canadiens ne participent pas à
l'entrée triomphale à Rome
parce que le 1er Corps a été
mis en réserve quelques jours plus
tôt. Cependant, ils partagent la liesse
de la population des petites villes qu'ils
viennent de libérer. Une bonne nouvelle
en entraînant une autre, ils apprennent
avec joie, sur les ondes de la BBC, que
le débarquement de Normandie vient
de commencer. Ils sont ensuite dirigés
jusqu'à des zones d'exercices et
de repos situées dans la vallée
de la Volturno, près de Piedimonte
d'Alife.
La rupture de la
ligne Gothique
En juin et en juillet, les troupes canadiennes
se reposent et se réorganisent en
fonction de l'expérience acquise
et des opérations à venir.
La 12e Brigade d'infanterie est alors créée,
en changeant l'affectation de quelques-unes
des unités déjà en
place.
Pendant ce temps, la Cinquième Armée
américaine et la Huitième
Armée britannique continuent à
avancer, la première le long de la
côte ouest, en direction de Pise,
et la seconde le long de l'Adriatique, en
direction de Florence. La 1re Division d'infanterie
canadienne est appelée à reprendre
le combat au début du mois d'août.
Pendant quelques jours, à compter
du 6 août, elle relève des
formations alliées fatiguées
et participe ainsi à l'attaque contre
la ville de Florence. Les chars de l'Ontario
Regiment, pour leur part, passent sous les
ordres de la 8e Division indienne. Le 17
août, après plusieurs jours
de combats, ils franchissent enfin l'Arno
et pénètrent dans la ville
de Florence; il leur est interdit d'utiliser
leur canon de 75 mm à l'intérieur
de la ville historique.
Repoussés par l'avance alliée,
les Allemands se sont retranchés
derrière une nouvelle ligne de défense,
la ligne Gothique, qui barre la péninsule
italienne à partir de Pesaro, sur
la côte est, jusqu'à la Spezia
à l'ouest, en passant par les monts
Apennins. Cette ligne de défense
interdit le passage vers les riches plaines
industrielles du Nord de l'Italie. Pour
enfoncer cette ligne, la Huitième
Armée doit attaquer le long de la
côte de l'Adriatique le 24 août
et, le jour suivant, la Cinquième
Armée lancera l'assaut au centre
du pays, dans l'axe Florence-Bologne. Le
1er Corps canadien sera de la bataille parmi
les formations qui composent la Huitième
Armée. Il est flanqué sur
la droite par le 2e Corps polonais et sur
la gauche par le 5e Corps britannique.
|
Des
artilleurs canadiens font feu
pendant l'assaut contre la ligne
Gothique, vers le 24 août
1944.
|
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-185004. |
|
Le premier assaut débute à
23h00, dans la nuit étoilée
du 24 août. Les bataillons de tête
franchissent la rivière Metauro et
atteignent leurs objectifs sans difficulté.
Après deux jours de progression,
les brigades canadiennes approchent enfin
de la ligne Gothique. Le 30 août,
les positions ennemies sont bombardées
par l'aviation. Appuyée par les chars,
l'infanterie se porte à l'assaut
en fin d'après-midi. Les Allemands
sont déterminés à tenir
leur position et ils reçoivent les
Canadiens avec un feu nourri d'armes automatiques,
de mortiers et d'artillerie. L'ennemi a
soigneusement préparé le terrain
et, à tout moment, les Canadiens
se trouvent entraînés dans
des champs de mines. Malgré ces difficultés
et les pertes qu'elles entraînent,
l'infanterie continue d'avancer et prend
ses objectifs. La ligne Gothique est rompue.
Réjouis par le bleu resplendissant
de la mer qu'ils aperçoivent tout
près, les combattants du 1er Corps
canadien avancent encore, remplis de confiance.
Mais, au cours de la progression vers Rimini,
les engagements se succèdent et l'ennemi
ne semble jamais devoir fléchir.
Le 21 septembre, le 1er Corps franchit le
fleuve Marecchia avant d'être relevé
par d'autres formations alliées.
Une fois de plus, cette victoire ne sera
pas décisive. L'armée allemande
se replie, mais elle reçoit des renforts
de manière à rester toujours
aussi redoutable. Par contre, ni la Huitième
Armée ni la Cinquième Armée,
maintenant affaiblies par des mois de combats,
ne reçoivent les suppléments
de troupes qui leur permettraient de porter
un coup final, car les renforts vont prioritairement
en Europe du Nord-Ouest. Le manque d'effectif
devient inquiétant.
Les combats s'étirent avec l'hiver
qui approche. La 1re Division canadienne
revient au front en décembre, dans
la région des rivières Lamone
et Senio. À la fin du mois, le Corps
canadien, comme le reste de la Huitième
Armée, se place en position défensive
pour le reste de l'hiver. Il ne participera
pas à l'offensive prévue pour
le printemps. En avril 1945, le 1er Corps
canadien est déplacé vers
l'Europe du Nord-Ouest pour rejoindre la
Première Armée canadienne.
En
janvier 1945, l'Ontario Regiment
est retranché dans ses
quartiers d'hiver à San
Clemento. Ici, le signaleur Doug
Lindsay et le caporal Walter Bloom
dans la cuisine extérieure
du régiment. |
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-173618. |
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La campagne d'Italie aura été
plus longue et plus difficile que prévue.
En 18 mois de campagne, quelque 92 757 soldats
canadiens ont servi en sol italien. Parmi
eux, 408 officiers et 4 991 soldats de tous
rangs ont été tués
sur les champs de batailles. Parmi ceux
qui sont revenus, 1 218 officiers et 18
268 hommes étaient blessés.
Plus de mille hommes ont été
faits prisonniers. En Italie, les Canadiens
se sont illustrés comme des combattants
de premier plan. L'expérience de
combat que les officiers et les troupes
ont acquise au cours de cette longue campagne
s'est avérée précieuse
pour la suite de la guerre contre le IIIe
Reich.
| Lectures
suggérées : |
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Daniel G. Dancocks, The
D-Day Dodgers: The Canadians in Italy,
1943-1945, 1991.
Dominick Graham et Shelford
Bidwell, Tug of War: The Battle
for Italy, 1985.
Charles Fraser Comfort,
Artist at War, 1995.
C. Sydney Frost, Once a
Patricia: Memoirs of a Junior Infantry
Officer in World War II, 1988.
Bill McAndrew, Canadians
and the Italian Campaign, 1943-1945,
1996.
Robert L. McDougall, A Narrative
of War: From the Beaches of Sicily
to the Hitler Line with the Seaforth
Highlanders of Canada, 1943-1944,
1996.
Farley Mowat, And No Birds
Sang, 1979.
Farley Mowat, The Regiment,
1955 [1973].
G.W.L. Nicholson, The Canadians
in Italy, 1943-1945, Volume 2 of the
Official History of The Canadian Army
in the Second World War, 1956.
Mark Zuehlke, The Liri Valley:
Canada's World War II Breakthrough
to Rome, 2001.
Mark Zuehlke, The Gothic
Line: Canada’s Month of Hell
in World War II Italy, 2003
Mark Zuehlke, Ortona: Canada’s Epic World War II Battle,
1999.
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