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Le 8 mai 1945, des foules de civils et
de militaires se rassemblent, crient et
chantent pour célébrer la
victoire en Europe. À Londres, à
Paris et dans les villes des pays européens
libres, la journée est marquée
de parades, de discours et d'innombrables
embrassades. Le Canada fête la victoire
: on danse sous un déluge de papier
dans les rues de Toronto, on s'assemble
autour de la colline parlementaire à
Ottawa. Chaque ville, chaque communauté
invente une façon de souligner la
paix et le retour tant espéré
de ses fils. À Halifax, où
les débits de boisson sont fermés
pour l'occasion, les marins prennent la
ville d'assaut et pillent les magasins d'alcool
et de bière; la fête tourne
à l'émeute.
Aux Pays-Bas et en Allemagne, les soldats
canadiens célèbrent, mais
avec réserve. Ils se battent depuis
des mois, voire des années pour certains
d'entre eux. La veille encore, les obus
éclataient autour d'eux. La fin de
la guerre leur paraît irréelle;
malgré leur joie, le but enfin atteint
a un goût doucereux.
« Les
nouvelles de la reddition inconditionnelle
de tous les Allemands sur notre front
n'ont pas eu sur les hommes un effet très
évident. Comme si c'était
difficile de réaliser que les combats
étaient vraiment terminés,
ils avaient l'air de ne pas y croire plutôt
que de vouloir célébrer.
Les hommes sont restés tranquilles,
absorbés dans leurs obligations
comme avant, ou ils se sont mis à
discuter entre eux du temps que ça
prendrait pour que tout soit fini et qu'ils
puissent enfin faire la traversée
et rentrer chez eux. »
- Algonquin
Regiment, Journal de campagne, 5 mai 1945
La guerre est finie, mais il reste beaucoup
à faire avant que la paix soit restaurée.
Dernières
tâches et démobilisation
Deux tâches s'imposent avant de démobiliser
les troupes : assurer la sécurité
des territoires occupés et donner
l'assaut final sur un autre théâtre
d'opérations, le Pacifique.
Placées sous le commandement du
major-général Christopher
Vokes, les Troupes d'occupation canadiennes
ont leur quartier-général
à Bad Zwischenahn (Allemagne). En
juillet 1945, elles comptent 568 officiers
et 15 477 soldats de tous grades. Leur rôle
n'est pas d'asservir l'Allemagne, mais de
maintenir l'ordre et la loi. Les Troupes
d'occupation canadiennes doivent rétablir
les relations avec les Allemands et les
divers éléments de la population.
Elles assistent les personnes déplacées
qui tentent de retrouver leur foyer ou leurs
parents. À l'approche de l'hiver,
elles entassent des provisions de bois de
chauffage pour suppléer le manque
de charbon. Leur tâche terminée,
les Troupes d'occupation sont rapatriées
au printemps 1946.
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Des militaires
canadiens rapatriés par
navire regardent s'éloigner
les quais de Greenock (Écosse),
en juin 1945.
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| Photo
par Harold D. Robinson. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-177085. |
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Le 8 mai 1945, les hostilités ont
pris fin en Europe, mais la guerre continue
sur le Pacifique. Le Canada planifie l'envoi
d'une division d'infanterie dans la lutte
contre le Japon. Quelque 1 024 officiers
et 20 829 soldats se joignent à la
Force du Pacifique de l'Armée canadienne
(6e Division d'infanterie), sous le commandement
du major-général B.M.
Hoffmeister. Les hommes qui se trouvent
en Europe sont ramenés au Canada
en priorité. Ils ont droit à
30 jours de permission avant de se présenter
à l'un des neuf centres d'entraînement.
Comme la Force du Pacifique doit opérer
de concert avec des contingents américains,
elle s'organise à la manière
de l'Armée américaine, en
régiments plutôt qu'en brigades.
En fin de compte, les Canadiens n'auront
pas à combattre au Japon, puisque
celui-ci capitule le 14 août 1945,
après l'anéantissement des
villes de Hiroshima et Nagasaki détruites
par l'explosion des premières bombes
atomiques. Désormais inutile, la
Force du Pacifique est officiellement dissoute
le 1er septembre.
Pendant ce temps, il y a au Royaume-Uni
et en Europe plus de 280 000 soldats à
rapatrier, sans compter les aviateurs. Impossible
de déplacer un aussi grand nombre
d'hommes et de femmes en quelques semaines
: les transports manquent. Un système
de points détermine l'ordre d'évacuation
selon l'ancienneté. Les combattants
mariés ont priorité sur les
célibataires.
Pour maintenir le moral et préparer
le retour à la vie civile, des activités
sont organisées pour les troupes
en attente de leur ordre de démobilisation.
On enseigne aux militaires des matières
académiques, professionnelles et
techniques et on leur offre des cours de
civisme canadien. Des activités sportives
et culturelles occupent les temps libres.
Le rapatriement des troupes stationnées
aux Pays-Bas se poursuit jusqu'à
l'automne 1945, mais il reste encore sur
les îles britanniques un grand nombre
d'aviateurs et de soldats qui attendent
toujours leur place de retour. Les derniers
rentreront chez eux en 1946.
Mesures économiques
et sociales en vue du retour à la
paix
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Des
épouses et des enfants
de militaires canadiens à
bord d'un navire en partance pour
le Canada, Greenock (Écosse),
le 17 avril 1944. |
| Photo
par W.J. Hynes. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-147114. |
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À leur retour, les militaires réintègrent
un pays qui a changé, où le
travail a modifié les conditions
économiques et sociales, où
les femmes affichent leur émancipation.
Plusieurs d'entre eux sont partis depuis
très longtemps. Ils ont connu une
vie réglée par la discipline
militaire; ils doivent maintenant reprendre
leur destinée en main.
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Des militaires
démobilisés attendent
d'être reçus par
les conseillers en réhabilitation
de l'Armée à Toronto.
De gauche à droite, les
soldats E. Robinson, D. Owens
et J.A. Lenartowicz, ainsi que
le sergent E.J. O'Keefe.
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| Photo
par Ronny Jaques. Office national
du film / Archives nationales
du Canada, C-049434. |
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Après la chaleur des retrouvailles,
les hommes doivent rétablir l'intimité
avec une épouse qu'ils n'ont pas
vue depuis des années, refaire connaissance
avec des enfants qu'ils n'ont pas vus grandir
Malheureusement, certains ne peuvent rétablir
les liens familiaux fragilisés par
l'absence; des couples se séparent.
Par ailleurs, bon nombre de militaires ramènent
dans leur famille et dans leur communauté
une épouse anglaise ou hollandaise,
un ou plusieurs enfants; ceux-ci doivent
s'adapter à un milieu étranger
qui peut, à l'occasion se montrer
hostile. On estime à 41 351 le nombre
d'épouses de militaires ainsi ramenées
d'Europe; 19 737 enfants les accompagnent.
Heureusement, la grande majorité
des militaires canadiens trouvent au retour
des conditions favorables à leur
réinsertion dans la vie civile. En
effet, le Canada prépare depuis longtemps
la démobilisation des hommes et des
femmes qui ont servi dans l'armée,
dans la marine et dans l'aviation. Dès
leur arrivée, ils ont droit à
trente jours de permission, après
quoi ils sont rendus à la vie civile.
Le ministère des Anciens combattants,
créé en 1944, leur verse 100
$ pour l'achat de vêtements civils,
7,50 $ par période de trente jours
de service et 0,25 $ pour chaque jour passé
outre-mer. Ils encaissent une semaine de
salaire additionnelle pour chaque période
de six mois passée outre-mer. Comme
une portion du salaire des soldats était
prélevée de leur paye pour
être placée dans des bons d'épargne,
ceux-ci reviennent au pays avec des économies
appréciables.
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Grâce
aux services de réhabilitation
du ministère des Anciens
Combattants, un vétéran
de l'aviation qui a perdu ses
deux mains dans une explosion
travaille à la Compagnie
English Electric de St. Catherines
(Ontario) en avril 1946.
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| Photo
par Jack Long. Archives nationales
du Canada, C- 049447. |
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Le gouvernement a prévu la mise
en place de nombreux programmes de réinsertion
des vétérans à la vie
civile. Des terres agricoles et des prêts
hypothécaires sont disponibles pour
ceux qui désirent s'établir
sur une ferme. D'autres formules de prêts
avantageux sont à la portée
de ceux qui veulent se lancer en affaires
ou acheter une maison. Des programmes de
réhabilitation sont offerts aux blessés,
à ceux qui ont perdu un ou des membres
ou subi des traumatismes psychologiques.
On offre aussi des cours de formation technique
ou professionnelle pour faciliter le retour
au travail. En outre, collèges et
universités ouvrent leurs portes
aux vétérans désireux
d'entreprendre ou de terminer des études
supérieures.
Les militaires qui se sont engagés
en 1939 quittaient un pays encore marqué
par la crise économique. À
la fin de la guerre, ils retrouvent un état-providence
qui s'est doté d'un filet de sécurité
sociale en instituant l'assurance emploi,
les allocations familiales et un meilleur
régime de pensions pour les gens
âgés et les handicapés.
Au Canada, la dette de guerre n'a pas dépassé
la capacité de la nation à
payer et l'effort de guerre a largement
favorisé la croissance industrielle.
Fondé en octobre 1944 sous la direction
de C.D.
Howe, le ministère de la Reconstruction
applique le mot d'ordre du gouvernement
: le décontrôle méthodique.
Les règles strictes qui gouvernaient
la production industrielle et l'emploi en
temps de guerre sont assouplies. Les usines
de guerre sont converties pour répondre
aux besoins en logements, en automobiles,
en meubles et en appareils ménagers
que les Canadiens réclament. Une
ère de prospérité vient
de commencer.
Le Canada parmi les
puissances mondiales
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À la Robertson Hairdressing
School de Toronto, des membres
des services féminins de
l'armée et de l'aviation
apprennent les techniques de manucure
lors d'un cours sur le fonctionnement
d'un salon de beauté, en
avril 1945. De gauche à
droite : Elaine Allard, Mrs. Robertson
(instructeur), Marge Gallaway,
Norma Peters, May Lacey, Dolores
Michaud et Eileen Dixon. |
| Photo
par John F. Mailer. Archives nationales
du Canada, PA-193038. |
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Au cours de la Deuxième Guerre mondiale,
dépassant de loin ce que son alliance
avec la Grande-Bretagne exigeait de lui,
le Canada a fourni un effort immense dans
la lutte contre l'agresseur et dans la restauration
de la démocratie en Europe. Plus
d'un million de citoyens ont servi volontairement
sous le drapeau canadien, soit près
de 10% d'une population qui comptait 11
millions d'habitants en 1939. En six années
de guerre, le Canada a constitué
une Marine qui s'est placée quatrième
en importance au monde. Il a mis sur pied
une importante aviation nationale comptant
bombardiers, chasseurs et patrouilleurs
anti-sous-marins et il a entraîné
130 000 aviateurs pour la guerre aérienne.
Il a constitué cinq divisions armées
qui ont marché contre la plus formidable
machine de guerre jamais vue dans l'histoire.
Les Canadiens se sont distingués
dans les batailles les plus difficiles :
Ortona, la vallée de la Liri, la
Normandie, l'Escaut, la Rhénanie.
En prenant la défense de principes
qu'il juge fondamentaux, le Canada s'est
aussi taillé une place parmi les
puissances mondiales. Dès 1945, il
siège à l'organization des
Nations-Unis, après avoir contribué
à sa fondation. En 1949, il participe
à l'organization du traité
de l'Atlantique Nord (OTAN). En 1956, lors
de la crise de Suez, la proposition du Canadien
Lester B. Pearson amène l'ONU à
créer la première force multinationale
de maintien de la paix, commandée
par le général E.L.M.
Burns. Pendant et après la Guerre
froide, le Canada poursuit la vocation qu'il
s'est donnée : le maintien de la
paix.
Que leur souvenir demeure
De 1939 à 1945, suivant la voix
de leur conscience, les Canadiens et les
Canadiennes ont pris les armes avec courage
et détermination. Beaucoup d'entre
eux ont versé leur sang pour le bien
de l'humanité; d'autres ont subi
de graves blessures physiques et psychologiques.
Que le souvenir de ces hommes et de ces
femmes reste vivant à tout jamais.
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