| W.L. Mackenzie King, premier ministre du Canada L'organization de l'effort de guerre du Canada |
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Discours à la radio, mardi, 31 octobre 1939 Nous sommes actuellement à poursuivre l'effort de guerre du Canada, suivant les bases arrêtées par le gouvernement et approuvées avec tant d'empressement par le parlement. Nos actes se sont inspirés de la conviction qu'il importe d'édifier sur des assises solides, afin d'éviter les erreurs, découlant de mesures hâtives et confuses, qui ont occasionné tant d'inutiles sacrifices de sang et d'argent lors de la dernière guerre. Dans ce qui promet d'être un long et épuisant conflit, notre concours, pour être sagement ordonné, n'en sera que beaucoup plus efficace. La guerre moderne est une dure entreprise qui exige du calme et une stratégie bien conçue En mars dernier, je disais au Parlement, que le cas échéant, « la participation du Canada à la guerre ne serait ni passive ou de pure forme, ni improvisée ou irréfléchie ». J'ajoutais que « de toute évidence, le caractère de la participation à un tel conflit a subi de profonds changements depuis la dernière guerre » . Qu'il me soit maintenant permis d'exposer ces circonstances nouvelles,
le genre du conflit actuel et le programme d'action essentiel au succès
dans la poursuite de la guerre. Les survivants de cette époque se rappellent fort bien la guerre
de 1914-1918 et ce souvenir provoque inévitablement des comparaisons
susceptibles, pour plusieurs motifs, d'induire en erreur. Les découvertes
et les inventions de la dernière guerre ont donné naissance
à de nouvelles armes, dont certaines n'étaient même
pas prévues à la fin de ce conflit. Afin de mieux nous rendre
compte de la nouveauté des méthodes de guerre, songeons
que ni le sous-marin ni l'avion ne jouaient un rôle notable au début
de la dernière guerre. En 1914, la principale préoccupation
des Etats consistait encore à déterminer le nombre d'hommes
mobilisables. Les événements de 1914 ne doivent pas se répéter
en 1939. Un armement nouveau exige de nouvelles tactiques de guerre. Rappelons-nous qu'en 1914 les gens pensaient, pour la plupart, que la
guerre ne durerait que huit ou neuf semaines. Nous nous refusions à
croire Kitchener qui prédisait un conflit de quatre ans. Ce bel
optimisme n'existe plus de nos jours. De l'avis des plus grandes autorités
militaires, la guerre ne saurait être courte et nous devons nous
préparer à trois années d'hostilités au moins.
Mais, il va sans dire, personne ne peut vraiment prédire que telle
en sera bien la durée ou même qu'elle se prolongera au-delà.
Nous ne possédons qu'une certitude, c'est qu'il importe de se préparer
à une lutte longue et acharnée où l'endurance, la
résistance jusqu'au bout pourrait bien être l'élément
décisif. Problèmes de défense et de collaboration
suscités par la guerre actuelle La guerre actuelle suscite au Canada des problèmes qui ne se posaient
pas en 1914. Aujourd'hui, nos responsabilités sont beaucoup plus
lourdes quant à la défense de notre propre sol, et surtout
de notre littoral. De 1914 à 1918, la défense du Canada
le cédait en importance à notre apport aux alliés
outre-mer. Sauf la garde des voies d'accès du Saint-Laurent et
du littoral de l'Atlantique, la défense du Canada exigeait peu
d'effort. Les deux grandes puissances d'au-delà du Pacifique, la
Russie et le Japon, étaient alliées avec la Grande-Bretagne.
Le Japon se chargea de patrouiller le Pacifique, de défendre en
réalité notre littoral de la Colombie-Britannique. Aujourd'hui,
il faut se tenir sans cesse prêts à défendre nous-mêmes
notre côte occidentale. De plus, cette fois-ci, la guerre sous-marine
s'est affirmée dès le début. Le problème de
la défense navale du Saint-Laurent et du littoral de l'Atlantique
a pris de plus grandes proportions. Terre-Neuve et les îles françaises
de Saint-Pierre et Miquelon sont situées sur le seuil de notre
porte. Il importe pour notre sécurité comme pour la leur
que la protection en soit assurée. Il faut aussi être prêts
à faire notre part dans l'escorte des bâtiments de commerce.
Notre service naval est appelé à jouer, pour la défense
du territoire et des intérêts immédiats du Canada,
un rôle qu'on ne songeait guère à lui voir jouer au
cours de la guerre précédente. Dans la défense effective du Canada, le rôle de l'aviation
n'est pas moins important que celui de la marine. Tous nous ignorons jusqu'à
quel point il faudra peut-être, avant la fin de la guerre requérir
les services de notre aviation et de notre marine pour protéger
notre littoral, nos ports de mer, les ports d'attache de notre marine
marchande, notre mer territoriale et les centres de nos routes commerciales
avoisinant nos havres. Pour la défense du territoire canadien,
l'aviation peut jouer un rôle qui, bien que moins spectaculaire,
serait aussi important que celui qu'elle pourrait jouer outre-mer pour
les Alliés. Au début des hostilités de 1914-1918 le Canada concentra
tout son effort sur un corps expéditionnaire. Durant toute la guerre,
l'attention du public s'attacha à l'armée canadienne sur
le champ de bataille. Nous porterons un vif intérêt, naturellement,
aux faits d'armes des troupes que nous enverrons outre-mer; mais dans
cette guerre, notre effort devra viser également, sinon davantage,
nos opérations sur mer et dans les airs. La part la plus efficace
que pourra prendre le Canada à l'appui des Alliés différera
sûrement de ce qu'elle fut lors de la dernière guerre. Il est fort possible que ce soit dans le domaine économique que
notre apport se révèle le plus important. C'est ce que l'on
reconnaît généralement en Grande-Bretagne. Une revue
économique de grande réputation a écrit que tout
comme il est le traditionnel grenier du Commonwealth, le Canada pourrait
aussi en devenir l'arsenal. Le degré de sécurité
dont nous jouissons contre les dangers de bombardements aériens
et notre proximité relative de l'Europe portent à croire
qu'il en sera ainsi. Coordination minutieuse de l'effort national Je passe maintenant à un exposé de ce que nous avons accompli
jusqu'ici, en sus des projets arrêtés. J'ai déjà
indiqué quelques-uns des nombreux domaines où la guerre
actuelle étendra ses exigences sur nos ressources tant en hommes
qu'en matériel. Chacune de ces exigences sera onéreuse.
Les fonds nécessaires ne peuvent provenir que de taxation ou d'emprunt
et des limites s'imposent dans chaque cas. C'est là, après
la détermination d'éviter le sacrifice inutile de vies humaines,
ce qui doit par-dessus tout nous engager à coordonner nos activités
dans un élan soutenu. L'effort du Canada au cours de la présente
guerre sera dans la mesure du possible un effort national dirigé
et concerté. Au début des hostilités en Europe nous
avons entamé des consultations avec le gouvernement anglais en
vue d'élaborer les moyens les plus pratiques de collaboration.
A la suite de ces consultations nous avons pu, dès l'entrée
du Canada en guerre, procéder immédiatement à l'organization
de notre part à l'effort commun. L'aspect militaire de l'effort de guerre du Canada Notre collaboration à la guerre comporte deux aspects définis,
l'aspect militaire et l'aspect économique. J'analyserai tout d'abord
le progrès accompli sur le plan militaire. l.—L'armée canadienne Lorsque la situation internationale devint critique, nous mobilisâmes
la milice pour service volontaire. Le 1er septembre, une partie de la
milice était mise en service actif au Canada. Des mesures essentielles
étaient prises en vue d'assurer la sécurité intérieure
et de maintenir l'ordre public. Notre défense côtière
a reçu les effectifs requis, des batteries ont été
ajoutées aux ouvrages de défense des principaux ports de
mer et aux principaux terminus des deux littoraux; les aéroports
ainsi que les ports de mer ont été munis de moyens efficaces
de défense aérienne. Dix mille Canadiens armés sont
en garnison dans nos ports de mer. Une armée de réserve,
composée de deux divisions et de certaines autres unités,
a été mise sur pied et comprend un effectif de plus de 42
000 hommes. L'unité destinée au service d'outre-mer a été
choisie de manière à: représenter toutes les parties
du pays. Cette force comprend quatre bataillons d'infanterie de langue
française. Fait digne de mention, le régiment de Maisonneuve,
de Montréal, fidèle aux plus nobles traditions des anciens
Canadiens, a été un des premiers à compléter
ses cadres. II.—La marine canadienne Dès le début de la guerre, la marine royale canadienne
a pris des dispositions importantes pour la défense des ports et
des littoraux canadiens. La royale réserve navale canadienne et
certaines réserves de volontaires de la marine ont été
appelées. Vers la mi-septembre, environ 6 000 officiers et marins
de la marine royale canadienne et de réserve, soit 4 000 de plus
que l'effectif du temps de paix, étaient ou en service sur mer,
ou à leurs bases. Nos destroyers ont gagné, avec une célérité
sans précédent, les postes qui leur avaient été
désignés. Nos vaisseaux marchands, nos bateaux de pêche
et nos autres petits navires de réserve ont été réquisitionnés
et remplissent efficacement les fonctions qui leur ont été
assignées. Nos navires de l'Atlantique participent au convoiement
des vaisseaux et jusqu'ici aucun vaisseau quittant le Canada n'a péri.
Nos bassins de radoub sont exploités à plein rendement et
nos chantiers maritimes le seront bientôt; nos dragueurs de mines
remplissent leurs importantes fonctions. Nos navires de guerre réguliers
et auxiliaires sont pleinement ravitaillés en torpilles, grenades
sous-marines et munitions. De plus, nos forces navales coopèrent
avec la marine anglaise à la protection de Terre-Neuve et des Antilles. lll.—La force canadienne de l'air Les yeux de notre peuple se tournent avec un vif intérêt
et une grande fierté vers les forces canadiennes de l'air. Les
hauts faits du Canada dans le domaine de l'aviation pendant la dernière
guerre et la bravoure de notre jeunesse, sa confiance en soi et son habileté
en mécanique ont séduit l'imagination et soulevé
l'enthousiasme des nations alliées ainsi que la nôtre. Dès
l'ouverture des hostilités, toutes les escadrilles disponibles
ont reçu ordre de se rendre à leurs postes de guerre et
des concentrations spéciales ont été effectuées
sur la côte de l'Est. L'aviation participe actuellement à
la patrouille des routes de navigation, le long des côtes de l'Atlantique,
à la protection des navires marchands organisés en convoi,
et aux diverses activités de la défense nationale. Collaboration militaire avec les forces alliées Quant à l'aviation, une des mesures les plus importantes est bien
l'entente conclue entre les gouvernements du Canada, de la Grande-Bretagne,
de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, en vue d'établir
au Canada des centres d'entraînement supérieur pour les pilotes
de ces quatre pays. Le 15 octobre, une mission aéronautique anglaise,
dirigée par lord Riverdale, arrivait à Ottawa. Des missions
semblables d'Australie et de Nouvelle-Zélande viendront également
au pays pour arrêter les détails de ce projet, de concert
avec les fonctionnaires du gouvernement canadien. Tous les pays intéressés,
y compris nous-mêmes, seront individuellement responsables de la
formation élémentaire et intermédiaire. L'entraînement
supérieur qui sera concentré au Canada prendra de vastes
proportions. Dès la première année, il comprendra
plusieurs milliers d'hommes et entraînera la dépense de millions
de dollars. Il en résultera peut-être que la victoire finale
aura été préparée sur le sol canadien, car
on ne saurait exagérer l'importance de ce grand mouvement d'ensemble
en vue de former des aviateurs et d'organiser une force aérienne
toute puissante. Outre les mesures destinées à assurer la défense
de notre propre territoire, mesures préparées longtemps
d'avance, la tâche d'arrêter tous les détails de notre
organization militaire a nécessairement constitué un problème
ardu et compliqué. Il est essentiel que le Canada ne reste pas
en arrière des Alliés. Dans ce but, nous nous sommes tenus
en contact constant avec le gouvernement anglais qui, de son côté,
a fait de même avec le gouvernement français. Afin que notre
propre gouvernement et les autres puissent être renseignés
plus à fond, l'un de ses plus anciens membres, M. Crerar, s'est
rendu à Londres, récemment, pour avoir des entretiens directs
avec le gouvernements anglais et les représentants des autres gouvernements
du Commonwealth. Dans toute notre activité militaire, nous sommes
résolus d'éviter les sacrifices inutiles. Nous ne tenons
pas à ce que notre effort soit à grands spectacles, mais
nous voulons, et c'est l'essentiel, qu'il soit efficace. L'effort de guerre du Canada. - Aspect économique Je passe maintenant du point de vue militaire au point de vue économique.
Il est bien naturel qu'au début d'un conflit, la nation se préoccupe
d'abord des effectifs militaires, et n'attache qu'une importance secondaire
à la question du matériel et des approvisionnements de guerre,
j'ai indiqué précédemment que, dans la guerre moderne,
les ressources matérielles et les connaissances techniques sont
devenues plus importantes que la puissance en hommes. Non seulement le
coût de fabrication du matériel de guerre: fusils, mitrailleuses,
pièces de campagne, chars d'assaut, sous-marins, contre-torpilleurs,
dragueurs de mines, croiseurs, cuirassés d'escadre, et surtout
aéronefs, non seulement le coût de ce matériel s'accroît
incessamment, mais il en faut des quantités de plus en plus considérables.
La guerre consomme, avec un appétit insatiable, les munitions de
tous genres : cartouches, obus, bombes et torpilles. Il faut absolument
assurer aux troupes l'abri, le vêtement et la nourriture. Pour que ces énormes quantités de provisions soient disponibles
au moment et à l'endroit voulus, il est essentiellement nécessaire
de réorganiser la vie économique du pays, ce qui ne veut
pas dire chambarder l'organization déjà existante. Il importe
de mobiliser les ressources économiques du Canada, tout comme l'on
mobilise son capital humain. Seul le gouvernement fédéral
peut accomplir cette tâche, mais, pour réussir, il lui faudra
la collaboration des autorités provinciales et municipales, de
même que celle des hommes d'affaires, des ouvriers, des cultivateurs
et des autres producteurs de matières premières et des sociétés
bénévoles de tous genres. La production et l'achat de munitions et autres
approvisionnements Nous n'avons pas attendu les hostilités pour aborder le problème
de l'approvisionnement. Il fallait d'abord procéder à l'inventaire
de l'industrie canadienne et de ses possibilités de production.
Cet inventaire est terminé depuis quelque temps. A sa dernière
session, le Parlement a pourvu à la constitution d'un Conseil des
achats de la défense. Ce conseil fut institué en juillet
et son activité s'exerçait déjà avant les
hostilités. La guerre exigeait des méthodes plus promptes
et des pouvoirs plus étendus que nous n'estimions nécessaires
en temps de paix. Ces pouvoirs nous étaient donnés sous
les termes de la loi des mesures de guerre. Le Gouvernement institua donc,
à ce temps-là, la Commission des approvisionnements de guerre
avec des pouvoirs et un personnel accrus. L'organization de cette commission
est complétée et dès demain, elle prendra en mains
les affaires du Conseil des achats de la défense. La commission
des approvisionnements de guerre aura pour tâche de continuer l'organization
et la mobilisation des ressources et des industries nationales, de s'occuper
des problèmes de la manutention des approvisionnements, de la réalisation
et de l'amplification des plans de défense, de l'approbation des
contrats pour l'équipement et le ravitaillement des trois sections
de nos armées. Depuis le 8 septembre, une mission des achats de
guerre déléguée par le gouvernement britannique est
au Canada. Cette mission et le gouvernement en sont venus à une
entente par laquelle le Commission des approvisionnements de guerre se
chargera des achats d'approvisionnements pour le compte du Royaume-Uni
au Canada. La Commission des approvisionnements de guerre sera donc chargée
de mobiliser toutes les ressources disponibles de notre production industrielle
en vue de répondre aux besoins de nos alliés et a ceux du
Canada. Au cours de la dernière guerre, l'approvisionnement de munitions
et de matériels souleva des difficultés faute d'une organization
au pays suffisante à répondre aux besoins de la guerre;
le Gouvernement est bien décidé d'empêcher de semblables
difficultés de surgir au cours de la présente guerre. Nous
avons donc fait autoriser par les Chambres, la création d'un ministère
distinct des Munitions et des approvisionnements qui devait être
établi dès que les exigences de la guerre commanderaient
d'étendre nos services. Mesures de nature à protéger le consommateur
et à activer la production Quelques heures après l'ouverture des hostilités, le gouvernement
a créé une Commission des prix et du commerce en temps de
guerre afin de parer à l'accaparement et aux profits exagérés,
ainsi qu'à une hausse déraisonnable du prix des objets nécessaires
à la vie. Les fonctions et les pouvoirs de cette Commission sont
vastes. Elle confère avec les manufacturiers, les marchands de
gros et les détaillants en vue d'obtenir leur collaboration pour
l'établissement des prix raisonnables, l'approvisionnement adéquat
et la distribution équitable de tous les objets nécessaires
à la vie. Si cela paraît opportun pour empêcher les
demandes et les prix excessifs, il est loisible à la Commission
d'accorder des permis aux manufacturiers et aux marchands et de fixer
des prix maxima. Partout où l'on a constaté, après
enquête, une accumulation ou des profits exagérés,
la commission n'a pas hésité, et elle n'hésitera
pas à l'avenir, à instituer des poursuites au criminel. Sous l'autorité de la Commission des prix et du commerce en temps
de guerre, des administrateurs spéciaux ont été nommés
pour la laine, le sucre, les cuirs et le charbon. La commission devra
peut-être, à certaines périodes, nommer des administrateurs
additionnels pour veiller au commerce de certains autres produits si une
telle surveillance devient nécessaire pour maintenir un équilibre
stable dans l'économie nationale et pour protéger les intérêts
des consommateurs. Parmi les autres organismes créés pour aider le Gouvernement
dans la mobilisation des ressources économiques, l'on compte un
Comité d'approvisionnement agricole destiné à diriger
et à coordonner la production des produits alimentaires et fibreux
essentiels. Il y a aussi un Bureau de licenciement des navires. L'on a
de plus créé un Comité consultatif économique
qui a-pour but d'étudier les problèmes économiques
soulevés par la guerre et d'aviser le Gouvernement sur la coordination
du travail des commissions et bureaux gouvernementaux qui exercent leurs
activités dans le domaine économique. L'importance vitale de la finance Tout notre effort de guerre, chez nous comme outre-mer, tant militaire
qu'économique, dépend, je l'ai déjà dit, des
ressources financières. Sans une répartition sagement conçue
de nos ressources financières, ni nos forces militaires ni nos
ressources industrielles et agricoles ne pourraient être mises en
oeuvre pour la défense de notre cause. A l'intérieur comme
à l'extérieur, nous sommes en mesure, mieux que nous ne
l'étions en 1914, de réglementer nos finances et de faire
en sorte que tous les citoyens se partagent équitablement le fardeau
économique de la guerre. Grâce à notre fiscalité
équitable et justement répartie, nous acquitterons au fur
et à mesure, autant que possible, les frais de la guerre. Le budget
de guerre, bien que forcément onéreux, se fondait sur le
seul principe fiscal vraiment équitable, c'est-à-dire les
moyens du contribuable. Nous avons assujetti à un lourd impôt
sur l'excès de profits les gens à qui la guerre rapportera
des bénéfices. Le succès de notre récent emprunt à court terme
et portant intérêt à deux pour cent démontre
la prudence de notre politique financière. Une bonne partie du
produit de l'emprunt de guerre servira à racheter de la Grande-Bretagne,
une tranche de valeurs mobilières canadiennes, portant intérêt
à 3½%, que le gouvernement britannique désire vendre,
afin d'acheter chez nous du blé, du bacon, du fromage et d'autres
denrées primaires, aussi bien que des munitions ou fournitures
de guerre. De cette façon, l'emprunt de guerre aidera non seulement
la Grande-Bretagne mais aussi le Canada. Parmi les autres importantes mesures d'ordre financier adoptées
au cours du premier mois de la guerre, signalons la création d'un
régime complet de réglementation des changes, destiné
à préserver nos ressources financières et, notamment,
nos réserves de devises étrangères. En général,
on a reconnu que cette mesure constitue l'un des moyens les plus efficaces
et les plus justes d'empêcher la dissipation de nos capitaux à
l'étranger dans des opérations spéculatives ou dans
des entreprises non essentielles. Autres item essentiels et utiles Le Gouvernement a établi aussi certaines mesures pour assurer
la sécurité du Canada. Des dispositions ont été
prises pour l'inscription des étrangers, pour la protection contre
le sabotage et l'espionnage, et pour la censure efficace sous l'autorité
d'un Comité de coordination de la censure. Dans toutes les phases
de notre activité de guerre, mes collègues et moi-même
avons pris et continuerons de prendre les précautions les plus
minutieuses pour que ni l'esprit de parti, ni l'influence personnelle,
ni les faveurs politiques ne puissent servir à l'avancement ou
au bénéfice de quelqu'un ou au profit de particuliers ou
de compagnies. Nous avons trouvé un grand réconfort et une
aide appréciable dans l'avalanche d'offres de services volontaires
qui nous ont été faites pour les activités de guerre
de toutes sortes. Parce qu'elles n'ont pas été sollicitées,
elles sont un hommage de l'esprit qui anime le peuple canadien. L'on a
établi un bureau d'inscription de services volontaires pour classifier
ces offres de service. Il y a également lieu de se réjouir
de l'esprit de collaboration manifesté par les organizations d'ouvriers
canadiens et de combattants de la dernière guerre. Je regrette de ne pouvoir, vu le peu de temps à ma disposition,
signaler l'organization, dans plusieurs autres domaines, de l'effort de
guerre du Canada ou exposer plus au long ce qui a été accompli.
La simple esquisse que j'en ai tracée suffira, je l'espère,
à donner une idée de ce que comporte la transformation d'une
économie nationale de temps de paix en une économie de temps
de guerre. Maintien de l'unité nationale Je n'ai pas parlé de nos relations intraimpériales et internationales. Il y aurait peut-être lieu de dire qu'aucune question n'a été plus importante et n'a nécessité d'examen plus attentif que nombre de problèmes d'ordre constitutionnel, diplomatique et politique suscités par la guerre. Les questions de cette nature n'ont pas surgi uniquement par rapport et d'autres parties du Commonwealth et à des pays étrangers. Dans sa détermination de poursuivre et d'accentuer l'effort de guerre du Canada, le Gouvernement a constaté qu'il lui fallait déployer son activité sur le front politique aussi bien que sur les fronts militaires et économiques. Une collaboration plus utile aurait-elle pu être apportée par le Canada à la cause des alliés dans les deux premiers mois de la guerre que celle que représente le verdict décisif de la semaine dernière? [allusion au résultat des élections provinciales au Québec] Au Canada, rien depuis la Confédération, n'a contribué davantage à l'unité canadienne. Du maintien de cette unité nationale dépendra avant tout la réussite de l'effort du Canada dans la guerre actuelle. |