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Nous sommes actuellement à poursuivre
l'effort de guerre du Canada, suivant les
bases arrêtées par le gouvernement
et approuvées avec tant d'empressement
par le parlement. Nos actes se sont inspirés
de la conviction qu'il importe d'édifier
sur des assises solides, afin d'éviter
les erreurs, découlant de mesures
hâtives et confuses, qui ont occasionné
tant d'inutiles sacrifices de sang et d'argent
lors de la dernière guerre. Dans
ce qui promet d'être un long et épuisant
conflit, notre concours, pour être
sagement ordonné, n'en sera que beaucoup
plus efficace. La guerre moderne est une
dure entreprise qui exige du calme et une
stratégie bien conçue En mars
dernier, je disais au Parlement, que le
cas échéant, « la
participation du Canada à la guerre
ne serait ni passive ou de pure forme, ni
improvisée ou irréfléchie ».
J'ajoutais que « de toute évidence,
le caractère de la participation
à un tel conflit a subi de profonds
changements depuis la dernière guerre
» .
Qu'il me soit maintenant permis d'exposer
ces circonstances nouvelles, le genre du
conflit actuel et le programme d'action
essentiel au succès dans la poursuite
de la guerre.
Ceux qui ont lu les Mémoires de Guerre
de M. Lloyd George n'ont pas manqué
de remarquer, dans ces quatre volumes, les
nombreuses allusions à la pire de
toutes les erreurs commises durant la dernière
guerre, soit le penchant à imiter
ou, pis, à suivre machinalement l'exemple
des guerres antérieures. M. Lloyd
George relève, à maintes reprises,
l'incapacité où l'on semblait
être de comprendre que l'époque
n'était plus la même, non plus
que les armes ni la technique de la guerre.
Ses Mémoires constituent le récit
circonstancié de sa lutte contre
l'attachement aux vieilles routines et contre
la répétition des anciennes
erreurs.
Les survivants de cette époque se
rappellent fort bien la guerre de 1914-1918
et ce souvenir provoque inévitablement
des comparaisons susceptibles, pour plusieurs
motifs, d'induire en erreur. Les découvertes
et les inventions de la dernière
guerre ont donné naissance à
de nouvelles armes, dont certaines n'étaient
même pas prévues à la
fin de ce conflit. Afin de mieux nous rendre
compte de la nouveauté des méthodes
de guerre, songeons que ni le sous-marin
ni l'avion ne jouaient un rôle notable
au début de la dernière guerre.
En 1914, la principale préoccupation
des Etats consistait encore à déterminer
le nombre d'hommes mobilisables. Les événements
de 1914 ne doivent pas se répéter
en 1939. Un armement nouveau exige de nouvelles
tactiques de guerre.
Rappelons-nous qu'en 1914 les gens pensaient,
pour la plupart, que la guerre ne durerait
que huit ou neuf semaines. Nous nous refusions
à croire Kitchener qui prédisait
un conflit de quatre ans. Ce bel optimisme
n'existe plus de nos jours. De l'avis des
plus grandes autorités militaires,
la guerre ne saurait être courte et
nous devons nous préparer à
trois années d'hostilités
au moins. Mais, il va sans dire, personne
ne peut vraiment prédire que telle
en sera bien la durée ou même
qu'elle se prolongera au-delà. Nous
ne possédons qu'une certitude, c'est
qu'il importe de se préparer à
une lutte longue et acharnée où
l'endurance, la résistance jusqu'au
bout pourrait bien être l'élément
décisif.
Problèmes
de défense et de collaboration suscités
par la guerre actuelle
La guerre actuelle suscite au Canada des
problèmes qui ne se posaient pas
en 1914. Aujourd'hui, nos responsabilités
sont beaucoup plus lourdes quant à
la défense de notre propre sol, et
surtout de notre littoral. De 1914 à
1918, la défense du Canada le cédait
en importance à notre apport aux
alliés outre-mer. Sauf la garde des
voies d'accès du Saint-Laurent et
du littoral de l'Atlantique, la défense
du Canada exigeait peu d'effort. Les deux
grandes puissances d'au-delà du Pacifique,
la Russie et le Japon, étaient alliées
avec la Grande-Bretagne. Le Japon se chargea
de patrouiller le Pacifique, de défendre
en réalité notre littoral
de la Colombie-Britannique. Aujourd'hui,
il faut se tenir sans cesse prêts
à défendre nous-mêmes
notre côte occidentale. De plus, cette
fois-ci, la guerre sous-marine s'est affirmée
dès le début. Le problème
de la défense navale du Saint-Laurent
et du littoral de l'Atlantique a pris de
plus grandes proportions. Terre-Neuve et
les îles françaises de Saint-Pierre
et Miquelon sont situées sur le seuil
de notre porte. Il importe pour notre sécurité
comme pour la leur que la protection en
soit assurée. Il faut aussi être
prêts à faire notre part dans
l'escorte des bâtiments de commerce.
Notre service naval est appelé à
jouer, pour la défense du territoire
et des intérêts immédiats
du Canada, un rôle qu'on ne songeait
guère à lui voir jouer au
cours de la guerre précédente.
Dans la défense effective du Canada,
le rôle de l'aviation n'est pas moins
important que celui de la marine. Tous nous
ignorons jusqu'à quel point il faudra
peut-être, avant la fin de la guerre
requérir les services de notre aviation
et de notre marine pour protéger
notre littoral, nos ports de mer, les ports
d'attache de notre marine marchande, notre
mer territoriale et les centres de nos routes
commerciales avoisinant nos havres. Pour
la défense du territoire canadien,
l'aviation peut jouer un rôle qui,
bien que moins spectaculaire, serait aussi
important que celui qu'elle pourrait jouer
outre-mer pour les Alliés.
Au début des hostilités de
1914-1918 le Canada concentra tout son effort
sur un corps expéditionnaire. Durant
toute la guerre, l'attention du public s'attacha
à l'armée canadienne sur le
champ de bataille. Nous porterons un vif
intérêt, naturellement, aux
faits d'armes des troupes que nous enverrons
outre-mer; mais dans cette guerre, notre
effort devra viser également, sinon
davantage, nos opérations sur mer
et dans les airs. La part la plus efficace
que pourra prendre le Canada à l'appui
des Alliés différera sûrement
de ce qu'elle fut lors de la dernière
guerre.
Il est fort possible que ce soit dans le
domaine économique que notre apport
se révèle le plus important.
C'est ce que l'on reconnaît généralement
en Grande-Bretagne. Une revue économique
de grande réputation a écrit
que tout comme il est le traditionnel grenier
du Commonwealth, le Canada pourrait aussi
en devenir l'arsenal. Le degré de
sécurité dont nous jouissons
contre les dangers de bombardements aériens
et notre proximité relative de l'Europe
portent à croire qu'il en sera ainsi.
Coordination minutieuse
de l'effort national
Je passe maintenant à un exposé
de ce que nous avons accompli jusqu'ici,
en sus des projets arrêtés.
J'ai déjà indiqué quelques-uns
des nombreux domaines où la guerre
actuelle étendra ses exigences sur
nos ressources tant en hommes qu'en matériel.
Chacune de ces exigences sera onéreuse.
Les fonds nécessaires ne peuvent
provenir que de taxation ou d'emprunt et
des limites s'imposent dans chaque cas.
C'est là, après la détermination
d'éviter le sacrifice inutile de
vies humaines, ce qui doit par-dessus tout
nous engager à coordonner nos activités
dans un élan soutenu. L'effort du
Canada au cours de la présente guerre
sera dans la mesure du possible un effort
national dirigé et concerté.
Au début des hostilités en
Europe nous avons entamé des consultations
avec le gouvernement anglais en vue d'élaborer
les moyens les plus pratiques de collaboration.
A la suite de ces consultations nous avons
pu, dès l'entrée du Canada
en guerre, procéder immédiatement
à l'organization de notre part à
l'effort commun.
L'aspect militaire
de l'effort de guerre du Canada
Notre collaboration à la guerre
comporte deux aspects définis, l'aspect
militaire et l'aspect économique.
J'analyserai tout d'abord le progrès
accompli sur le plan militaire.
l.—L'armée
canadienne
Lorsque la situation internationale devint
critique, nous mobilisâmes la milice
pour service volontaire. Le 1er septembre,
une partie de la milice était mise
en service actif au Canada. Des mesures
essentielles étaient prises en vue
d'assurer la sécurité intérieure
et de maintenir l'ordre public. Notre défense
côtière a reçu les effectifs
requis, des batteries ont été
ajoutées aux ouvrages de défense
des principaux ports de mer et aux principaux
terminus des deux littoraux; les aéroports
ainsi que les ports de mer ont été
munis de moyens efficaces de défense
aérienne. Dix mille Canadiens armés
sont en garnison dans nos ports de mer.
Une armée de réserve, composée
de deux divisions et de certaines autres
unités, a été mise
sur pied et comprend un effectif de plus
de 42 000 hommes. L'unité destinée
au service d'outre-mer a été
choisie de manière à: représenter
toutes les parties du pays. Cette force
comprend quatre bataillons d'infanterie
de langue française. Fait digne de
mention, le régiment de Maisonneuve,
de Montréal, fidèle aux plus
nobles traditions des anciens Canadiens,
a été un des premiers à
compléter ses cadres.
II.—La marine
canadienne
Dès le début de la guerre,
la marine royale canadienne a pris des dispositions
importantes pour la défense des ports
et des littoraux canadiens. La royale réserve
navale canadienne et certaines réserves
de volontaires de la marine ont été
appelées. Vers la mi-septembre, environ
6 000 officiers et marins de la marine royale
canadienne et de réserve, soit 4
000 de plus que l'effectif du temps de paix,
étaient ou en service sur mer, ou
à leurs bases. Nos destroyers ont
gagné, avec une célérité
sans précédent, les postes
qui leur avaient été désignés.
Nos vaisseaux marchands, nos bateaux de
pêche et nos autres petits navires
de réserve ont été
réquisitionnés et remplissent
efficacement les fonctions qui leur ont
été assignées. Nos
navires de l'Atlantique participent au convoiement
des vaisseaux et jusqu'ici aucun vaisseau
quittant le Canada n'a péri. Nos
bassins de radoub sont exploités
à plein rendement et nos chantiers
maritimes le seront bientôt; nos dragueurs
de mines remplissent leurs importantes fonctions.
Nos navires de guerre réguliers et
auxiliaires sont pleinement ravitaillés
en torpilles, grenades sous-marines et munitions.
De plus, nos forces navales coopèrent
avec la marine anglaise à la protection
de Terre-Neuve et des Antilles.
lll.—La force
canadienne de l'air
Les yeux de notre peuple se tournent avec
un vif intérêt et une grande
fierté vers les forces canadiennes
de l'air. Les hauts faits du Canada dans
le domaine de l'aviation pendant la dernière
guerre et la bravoure de notre jeunesse,
sa confiance en soi et son habileté
en mécanique ont séduit l'imagination
et soulevé l'enthousiasme des nations
alliées ainsi que la nôtre.
Dès l'ouverture des hostilités,
toutes les escadrilles disponibles ont reçu
ordre de se rendre à leurs postes
de guerre et des concentrations spéciales
ont été effectuées
sur la côte de l'Est. L'aviation participe
actuellement à la patrouille des
routes de navigation, le long des côtes
de l'Atlantique, à la protection
des navires marchands organisés en
convoi, et aux diverses activités
de la défense nationale.
Collaboration militaire
avec les forces alliées
Quant à l'aviation, une des mesures
les plus importantes est bien l'entente
conclue entre les gouvernements du Canada,
de la Grande-Bretagne, de la Nouvelle-Zélande
et de l'Australie, en vue d'établir
au Canada des centres d'entraînement
supérieur pour les pilotes de ces
quatre pays. Le 15 octobre, une mission
aéronautique anglaise, dirigée
par lord Riverdale, arrivait à Ottawa.
Des missions semblables d'Australie et de
Nouvelle-Zélande viendront également
au pays pour arrêter les détails
de ce projet, de concert avec les fonctionnaires
du gouvernement canadien. Tous les pays
intéressés, y compris nous-mêmes,
seront individuellement responsables de
la formation élémentaire et
intermédiaire. L'entraînement
supérieur qui sera concentré
au Canada prendra de vastes proportions.
Dès la première année,
il comprendra plusieurs milliers d'hommes
et entraînera la dépense de
millions de dollars. Il en résultera
peut-être que la victoire finale aura
été préparée
sur le sol canadien, car on ne saurait exagérer
l'importance de ce grand mouvement d'ensemble
en vue de former des aviateurs et d'organiser
une force aérienne toute puissante.
Outre les mesures destinées à
assurer la défense de notre propre
territoire, mesures préparées
longtemps d'avance, la tâche d'arrêter
tous les détails de notre organization
militaire a nécessairement constitué
un problème ardu et compliqué.
Il est essentiel que le Canada ne reste
pas en arrière des Alliés.
Dans ce but, nous nous sommes tenus en contact
constant avec le gouvernement anglais qui,
de son côté, a fait de même
avec le gouvernement français. Afin
que notre propre gouvernement et les autres
puissent être renseignés plus
à fond, l'un de ses plus anciens
membres, M. Crerar, s'est rendu à
Londres, récemment, pour avoir des
entretiens directs avec le gouvernements
anglais et les représentants des
autres gouvernements du Commonwealth. Dans
toute notre activité militaire, nous
sommes résolus d'éviter les
sacrifices inutiles. Nous ne tenons pas
à ce que notre effort soit à
grands spectacles, mais nous voulons, et
c'est l'essentiel, qu'il soit efficace.
L'effort de guerre
du Canada. - Aspect économique
Je passe maintenant du point de vue militaire
au point de vue économique. Il est
bien naturel qu'au début d'un conflit,
la nation se préoccupe d'abord des
effectifs militaires, et n'attache qu'une
importance secondaire à la question
du matériel et des approvisionnements
de guerre, j'ai indiqué précédemment
que, dans la guerre moderne, les ressources
matérielles et les connaissances
techniques sont devenues plus importantes
que la puissance en hommes. Non seulement
le coût de fabrication du matériel
de guerre: fusils, mitrailleuses, pièces
de campagne, chars d'assaut, sous-marins,
contre-torpilleurs, dragueurs de mines,
croiseurs, cuirassés d'escadre, et
surtout aéronefs, non seulement le
coût de ce matériel s'accroît
incessamment, mais il en faut des quantités
de plus en plus considérables. La
guerre consomme, avec un appétit
insatiable, les munitions de tous genres
: cartouches, obus, bombes et torpilles.
Il faut absolument assurer aux troupes l'abri,
le vêtement et la nourriture.
Pour que ces énormes quantités
de provisions soient disponibles au moment
et à l'endroit voulus, il est essentiellement
nécessaire de réorganiser
la vie économique du pays, ce qui
ne veut pas dire chambarder l'organization
déjà existante. Il importe
de mobiliser les ressources économiques
du Canada, tout comme l'on mobilise son
capital humain. Seul le gouvernement fédéral
peut accomplir cette tâche, mais,
pour réussir, il lui faudra la collaboration
des autorités provinciales et municipales,
de même que celle des hommes d'affaires,
des ouvriers, des cultivateurs et des autres
producteurs de matières premières
et des sociétés bénévoles
de tous genres.
La production et
l'achat de munitions et autres approvisionnements
Nous n'avons pas attendu les hostilités
pour aborder le problème de l'approvisionnement.
Il fallait d'abord procéder à
l'inventaire de l'industrie canadienne et
de ses possibilités de production.
Cet inventaire est terminé depuis
quelque temps. A sa dernière session,
le Parlement a pourvu à la constitution
d'un Conseil des achats de la défense.
Ce conseil fut institué en juillet
et son activité s'exerçait
déjà avant les hostilités.
La guerre exigeait des méthodes plus
promptes et des pouvoirs plus étendus
que nous n'estimions nécessaires
en temps de paix. Ces pouvoirs nous étaient
donnés sous les termes de la loi
des mesures de guerre. Le Gouvernement institua
donc, à ce temps-là, la Commission
des approvisionnements de guerre avec des
pouvoirs et un personnel accrus. L'organization
de cette commission est complétée
et dès demain, elle prendra en mains
les affaires du Conseil des achats de la
défense. La commission des approvisionnements
de guerre aura pour tâche de continuer
l'organization et la mobilisation des ressources
et des industries nationales, de s'occuper
des problèmes de la manutention des
approvisionnements, de la réalisation
et de l'amplification des plans de défense,
de l'approbation des contrats pour l'équipement
et le ravitaillement des trois sections
de nos armées. Depuis le 8 septembre,
une mission des achats de guerre déléguée
par le gouvernement britannique est au Canada.
Cette mission et le gouvernement en sont
venus à une entente par laquelle
le Commission des approvisionnements de
guerre se chargera des achats d'approvisionnements
pour le compte du Royaume-Uni au Canada.
La Commission des approvisionnements de
guerre sera donc chargée de mobiliser
toutes les ressources disponibles de notre
production industrielle en vue de répondre
aux besoins de nos alliés et a ceux
du Canada.
Au cours de la dernière guerre,
l'approvisionnement de munitions et de matériels
souleva des difficultés faute d'une
organization au pays suffisante à
répondre aux besoins de la guerre;
le Gouvernement est bien décidé
d'empêcher de semblables difficultés
de surgir au cours de la présente
guerre. Nous avons donc fait autoriser par
les Chambres, la création d'un ministère
distinct des Munitions et des approvisionnements
qui devait être établi dès
que les exigences de la guerre commanderaient
d'étendre nos services.
Mesures de nature
à protéger le consommateur
et à activer la production
Quelques heures après l'ouverture
des hostilités, le gouvernement a
créé une Commission des prix
et du commerce en temps de guerre afin de
parer à l'accaparement et aux profits
exagérés, ainsi qu'à
une hausse déraisonnable du prix
des objets nécessaires à la
vie. Les fonctions et les pouvoirs de cette
Commission sont vastes. Elle confère
avec les manufacturiers, les marchands de
gros et les détaillants en vue d'obtenir
leur collaboration pour l'établissement
des prix raisonnables, l'approvisionnement
adéquat et la distribution équitable
de tous les objets nécessaires à
la vie. Si cela paraît opportun pour
empêcher les demandes et les prix
excessifs, il est loisible à la Commission
d'accorder des permis aux manufacturiers
et aux marchands et de fixer des prix maxima.
Partout où l'on a constaté,
après enquête, une accumulation
ou des profits exagérés, la
commission n'a pas hésité,
et elle n'hésitera pas à l'avenir,
à instituer des poursuites au criminel.
Sous l'autorité de la Commission
des prix et du commerce en temps de guerre,
des administrateurs spéciaux ont
été nommés pour la
laine, le sucre, les cuirs et le charbon.
La commission devra peut-être, à
certaines périodes, nommer des administrateurs
additionnels pour veiller au commerce de
certains autres produits si une telle surveillance
devient nécessaire pour maintenir
un équilibre stable dans l'économie
nationale et pour protéger les intérêts
des consommateurs.
Parmi les autres organismes créés
pour aider le Gouvernement dans la mobilisation
des ressources économiques, l'on
compte un Comité d'approvisionnement
agricole destiné à diriger
et à coordonner la production des
produits alimentaires et fibreux essentiels.
Il y a aussi un Bureau de licenciement des
navires. L'on a de plus créé
un Comité consultatif économique
qui a-pour but d'étudier les problèmes
économiques soulevés par la
guerre et d'aviser le Gouvernement sur la
coordination du travail des commissions
et bureaux gouvernementaux qui exercent
leurs activités dans le domaine économique.
L'importance vitale
de la finance
Tout notre effort de guerre, chez nous
comme outre-mer, tant militaire qu'économique,
dépend, je l'ai déjà
dit, des ressources financières.
Sans une répartition sagement conçue
de nos ressources financières, ni
nos forces militaires ni nos ressources
industrielles et agricoles ne pourraient
être mises en oeuvre pour la défense
de notre cause. A l'intérieur comme
à l'extérieur, nous sommes
en mesure, mieux que nous ne l'étions
en 1914, de réglementer nos finances
et de faire en sorte que tous les citoyens
se partagent équitablement le fardeau
économique de la guerre. Grâce
à notre fiscalité équitable
et justement répartie, nous acquitterons
au fur et à mesure, autant que possible,
les frais de la guerre. Le budget de guerre,
bien que forcément onéreux,
se fondait sur le seul principe fiscal vraiment
équitable, c'est-à-dire les
moyens du contribuable. Nous avons assujetti
à un lourd impôt sur l'excès
de profits les gens à qui la guerre
rapportera des bénéfices.
Le succès de notre récent
emprunt à court terme et portant
intérêt à deux pour
cent démontre la prudence de notre
politique financière. Une bonne partie
du produit de l'emprunt de guerre servira
à racheter de la Grande-Bretagne,
une tranche de valeurs mobilières
canadiennes, portant intérêt
à 3½%, que le gouvernement
britannique désire vendre, afin d'acheter
chez nous du blé, du bacon, du fromage
et d'autres denrées primaires, aussi
bien que des munitions ou fournitures de
guerre. De cette façon, l'emprunt
de guerre aidera non seulement la Grande-Bretagne
mais aussi le Canada.
Parmi les autres importantes mesures d'ordre
financier adoptées au cours du premier
mois de la guerre, signalons la création
d'un régime complet de réglementation
des changes, destiné à préserver
nos ressources financières et, notamment,
nos réserves de devises étrangères.
En général, on a reconnu que
cette mesure constitue l'un des moyens les
plus efficaces et les plus justes d'empêcher
la dissipation de nos capitaux à
l'étranger dans des opérations
spéculatives ou dans des entreprises
non essentielles.
Autres item essentiels
et utiles
Le Gouvernement a établi aussi certaines
mesures pour assurer la sécurité
du Canada. Des dispositions ont été
prises pour l'inscription des étrangers,
pour la protection contre le sabotage et
l'espionnage, et pour la censure efficace
sous l'autorité d'un Comité
de coordination de la censure. Dans toutes
les phases de notre activité de guerre,
mes collègues et moi-même avons
pris et continuerons de prendre les précautions
les plus minutieuses pour que ni l'esprit
de parti, ni l'influence personnelle, ni
les faveurs politiques ne puissent servir
à l'avancement ou au bénéfice
de quelqu'un ou au profit de particuliers
ou de compagnies. Nous avons trouvé
un grand réconfort et une aide appréciable
dans l'avalanche d'offres de services volontaires
qui nous ont été faites pour
les activités de guerre de toutes
sortes. Parce qu'elles n'ont pas été
sollicitées, elles sont un hommage
de l'esprit qui anime le peuple canadien.
L'on a établi un bureau d'inscription
de services volontaires pour classifier
ces offres de service. Il y a également
lieu de se réjouir de l'esprit de
collaboration manifesté par les organizations
d'ouvriers canadiens et de combattants de
la dernière guerre.
Je regrette de ne pouvoir, vu le peu de
temps à ma disposition, signaler
l'organization, dans plusieurs autres domaines,
de l'effort de guerre du Canada ou exposer
plus au long ce qui a été
accompli. La simple esquisse que j'en ai
tracée suffira, je l'espère,
à donner une idée de ce que
comporte la transformation d'une économie
nationale de temps de paix en une économie
de temps de guerre.
Maintien de l'unité
nationale
Je n'ai pas parlé de nos relations
intraimpériales et internationales.
Il y aurait peut-être lieu de dire
qu'aucune question n'a été
plus importante et n'a nécessité
d'examen plus attentif que nombre de problèmes
d'ordre constitutionnel, diplomatique et
politique suscités par la guerre.
Les questions de cette nature n'ont pas
surgi uniquement par rapport et d'autres
parties du Commonwealth et à des
pays étrangers. Dans sa détermination
de poursuivre et d'accentuer l'effort de
guerre du Canada, le Gouvernement a constaté
qu'il lui fallait déployer son activité
sur le front politique aussi bien que sur
les fronts militaires et économiques.
Une collaboration plus utile aurait-elle
pu être apportée par le Canada
à la cause des alliés dans
les deux premiers mois de la guerre que
celle que représente le verdict décisif
de la semaine dernière? [allusion
au résultat des élections
provinciales au Québec] Au Canada,
rien depuis la Confédération,
n'a contribué davantage à
l'unité canadienne. Du maintien de
cette unité nationale dépendra
avant tout la réussite de l'effort
du Canada dans la guerre actuelle.
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