| Cela promet d'être un conflit long et épuisant | ||||||||||||||||
Dès septembre 1939, les volontaires affluent dans les bureaux de recrutement. Ils viennent de partout au Canada, ils parlent l'anglais ou le français, ils sont travailleurs, étudiants ou chômeurs. Certains rêvent de bons vêtements et de repas réguliers, d'autres cherchent l'aventure ou sentent le besoin de donner un sens à leur vie. Des vétérans de la Grande Guerre se présentent pour finir le travail qu'ils ont commencé, des jeunes de moins de 18 ans cachent leur âge. Pour la grande majorité, leur geste ne s'explique pas. Il faut qu'ils le fassent L'Armée, la Marine et l'Aviation canadiennes ont un grand besoin
de ces hommes. Elles doivent mettre en place des dispositifs pour la défense
du territoire national et se préparer à prendre part à
la lutte que la Grande-Bretagne doit livrer au IIIe Reich. Une guerre
d'attrition, estiment les experts britanniques, une guerre longue et épuisante
qui pourrait durer au moins trois ans. En juillet 1939, les troupes permanentes de l'Armée comptent 4
261 hommes de tous grades et la Milice active non-permanente se compose
de quelque 50 000 volontaires. Suite à l'ordre de mobilisation,
un nombre élevé de ces miliciens se joignent à l'Armée
active. Grâce à eux et grâce aux nombreux civils qui
se portent volontaires, l'Armée compte déjà 55 255
soldats, 3 001 officiers et 81 infirmières à la fin de septembre
1939. Mais les régiments manquent de tout : baraquements, uniformes,
chaussures, véhicules, armes. Beaucoup d'hommes sont mal logés,
certains souffrent du froid, et l'entraînement débute dans
des conditions difficiles. Au début des hostilités, le Corps d'aviation royale du Canada (ARC) compte des effectifs de 4 061 hommes dans les forces régulières et dans la réserve. Parmi eux, il n'y a que 235 pilotes, un nombre inférieur à celui des pilotes canadiens dans la Royal Air Force. Ces hommes ont à leur disposition un ensemble hétéroclite de 275 bombardiers, avions de chasse, transports et appareils d'entraînement. Parmi ses appareils les plus modernes, le CARC dispose de 19 avions de chasse de modèle Hawker Hurricane et, pour l'entraînement, de 23 Tiger Moth, 21 Airspeed Oxford, 10 Fairey Battle, et 2 Westland Lysander. Même s'ils approchent déjà la fin de leur vie , des appareils plus vieux, comme les Stanraer, continueront à fournir un service fiable pour la presque totalité de la guerre. Le reste des équipements se compose d'avions désuets qui seront peu utiles. Heureusement, l'aviation civile a doté le pays d'un réseau d'aéroports qui peut servir au transport aérien et à l'entraînement jusqu'à la construction de nouvelles bases.
À l'été qui précède la proclamation de l'état de guerre, la Marine royale canadienne compte 1 674 hommes et 145 officiers. Elle possède 15 navires, dont 6 destroyers, 5 petits dragueurs de mines et deux vaisseaux d'entraînement. La base navale d'Esquimalt en Colombie-Britannique dessert l'océan Pacifique alors que celle de Halifax, en Nouvelle-Écosse, protège la côte atlantique du pays. La Marine possède aussi sa propre Réserve [Royal Canadian Naval Volunteer Reserve], dont les bases sont réparties un peu partout près des grandes villes. Parmi ses forces vitales, le Canada peut aussi compter sur sa marine marchande dont dépendent largement le commerce international et une partie du commerce intérieur. Dès le 26 août 1939, sur l'ordre de l'Amirauté britannique, la marine marchande canadienne se voit placée sous le contrôle de la Marine royale canadienne, comme partout ailleurs dans le Commonwealth. Halifax redevient un port de guerre et le mécanisme complexe d'organization des convois maritimes est mis en place, malgré les protestations des propriétaires et des capitaines de navires. Le gouvernement canadien annonce son plan d'action Pendant que le Canada mobilise ses forces et met en place son dispositif
de défense, l'Allemagne consolide son emprise sur la Pologne. Envahie
de nouveau le 16 septembre, mais cette fois à l'est par l'Armée
soviétique, la Pologne se rend le 27 du même mois et voit
son territoire divisé entre l'Allemagne et la Russie. Cette campagne
surprise des troupes allemandes consacre l'expression Blitzkrieg,
ou guerre éclair. Mais, au cours des mois qui suivent, vu le calme
relatif sur le théâtre européen, la presse occidentale
parlera volontiers de Sitzkrieg, ou « drôle
de guerre ». Personne ne doute cependant de la gravité
de la situation et le gouvernement canadien, de concert avec les autorités
britanniques, prépare activement son plan d'action. Le 31 octobre 1939, le premier ministre Mackenzie King s' adresse à la population canadienne sur les ondes de Radio-Canada pour tracer les grandes lignes de ce plan d'action.
Dans ce discours, le premier ministre trace un bilan des actions entreprises
et des priorités de son gouvernement: Entre les lignes, il faut y voir une politique d'intervention militaire modérée, axée sur la défense ainsi que la contribution industrielle et agricole. King voit favorablement la mise sur pied d'un vaste Plan d'entraînement des aviateurs du Commonwealth britannique qui fera du Canada « l'Aérodrome de la démocratie ». Il souhaite ainsi éviter, autant que possible, l'envoi d'un important corps expéditionnaire outre-mer. Il craint que la crise de la conscription qui a divisé le Canada lors de la Première Guerre mondiale se répète et il lui répugne également d'envoyer des hommes à la boucherie du front. Crise au Québec
Dès le début de la guerre, son gouvernement doit faire
face à une crise politique. La province de Québec abrite
de forts sentiments anti-guerre, certains parlementaires et intellectuels
ayant été jusqu'à proposer que le Canada se déclare
neutre. Le premier ministre du Québec et chef du parti de l'Union
nationale, Maurice Duplessis, se prononce contre la participation à
la guerre, certes, mais il s'oppose surtout à l'ingérence
du fédéral dans les affaires provinciales, rendue manifeste
par les directives de la censure. À l'automne 1939, il déclenche
soudainement des élections et fait de la question de la conscription
son cheval de bataille. Le candidat libéral, Adélard Godbout,
soutient au contraire que la participation canadienne se fera sur une
base volontaire seulement et qu'il n'y aura pas de conscription. Ernest
Lapointe, le ministre fédéral de la Justice, mène
la campagne électorale aux côtés de Godbout. Il promet,
avec les ministres fédéraux Raoul Dandurand, Arthur Cardin
et C.G. Power, que jamais leur gouvernement n'imposera la conscription
obligatoire et que si cette promesse était brisée, ils démissionneraient
immédiatement.
Le 25 octobre 1939, la population québécoise s'exprime
en faveur d'Adélard Godbout, témoignant par le fait même
son appui au gouvernement libéral fédéral de Mackenzie
King et d'Ernest Lapointe. Lors de son discours radiophonique du 31 octobre,
King affirme : « Une collaboration plus utile aurait-elle
pu être apportée par le Canada à la cause des Alliés
dans les deux premiers mois de la guerre que celle que représente
le verdict décisif de la semaine dernière? Au Canada, rien
depuis la Confédération n'a contribué davantage à
l'unité canadienne » .
|
||||||||||||||||
| À suivre:
W.L. Mackenzie King,
Lorganization de leffort de guerre du Canada |