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SECRET
De:
LE COMMANDANT EN CHEF, WESTERN
APPROACHES
Date: 27 avril
1943
Pour: TOUS
LES NAVIRES D'ESCORTE BRITANNIQUES
ET CANADIENS RELEVANT DE WESTERN
APPROACHES COMMAND, Y COMPRIS
LES GROUPES DE SOUTIEN
Objet: POLITIQUE
STRATÉGIQUE DES ABORDS
OUEST
La note de service ci-jointe,
détaillant la politique
stratégique de Western
Approaches Command est rédigée
dans un but d'information et
de conseil.
[signé Max Horton]
A M I R A L
OBJECTIF
L'objectif, tel que précisé
dans les ACIs, est le suivant
:
« Le premier
objectif de l'escorte est
d'assurer que le convoi sous
sa protection parvienne à
destination sain et sauf et
à temps. »
Le refus de l'engagement
n'empêchant pas d'atteindre
l'objectif primaire devrait
donc être la première
tactique envisagée.
Cependant lorsqu'on envisage
de refuser l'engagement, on
doit aussi prendre en compte
la nécessité
de réduire le temps
passé dans des eaux
hostiles et l'intérêt
d'atteindre une zone protégée
par une couverture aérienne.
COMMENTAIRES SUR L'OBJECTIF
DÉFINI CI-DESSUS
2. L'objectif tel que défini
ci-dessus a été
passablement critiqué
comme étant trop défensif.
On a également suggéré
d'assigner aux groupes de soutien
un objectif différent,
la destruction des U-boote.
En gros, les arguments avancés
par les partisans des approches
défensives et offensives
se résument ainsi :
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Approche
défensive |
Si les liaisons
commerciales peuvent être
maintenues par le passage
régulier des convois
dans des conditions de sécurité
acceptables, la guerre pourra
être gagnée
par d'autres moyens. De
plus, les difficultés
des U-boote à atteindre
leurs objectifs saperont
le moral des équipages
et affaibliront leur détermination.
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Approche
offensive |
Si les U-boote
ne sont pas détruits,
leur nombre ira en augmentant
au point que la simple différence
d'effectifs rendra la résistance
impossible. Le moral de
leurs équipages restera
bon tant qu'on ne parviendra
pas à leur infliger
des pertes substantielles;
entre temps, leur ardeur
à combattre demeurera
exceptionnelle.
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QUELQUES FACTEURS QUI AFFECTENT
NOTRE POLITIQUE
3. Le sous-marin est un type
de navire extrêmement
difficile à localiser.
Il n'est donc guère possible
de le débusquer et de
l'attaquer sur un vaste secteur
sans employer des effectifs
et des efforts considérables.
On devra donc ne l'attaquer
que dans les secteurs où
il est susceptible de se trouver
en concentration suffisante
: près de ses bases,
aux abords des convois, dans
les zones d'approche de ses
bases, dans les secteurs où
le renseignement indique qu'il
peut se trouver en nombre.
4. Le moral des hommes de la
marine marchande commence à
montrer des signes d'affaiblissement;
il n'est donc pas souhaitable
d'adopter une politique qui
considérerait comme acceptable
la perte de navires marchands,
sous prétexte que cela
signale la présence de
sous-marins ennemis et expose
ceux-ci à une attaque.
5. Les U-boote sont particulièrement
vulnérables aux attaques
aériennes, contre lesquelles
ils n'ont - pour le moment -
aucun moyen de défense
satisfaisant. Leur stratégie
de lutte anti-aérienne
n'est pas encore établie
et ils préfèrent
éviter tout contact avec
des avions ennemis, si cela
est possible.
6. Forcer l'ennemi à
plonger, tactique que l'on tenait
auparavant pour la meilleure,
ne semble plus considéré
de façon aussi favorable.
Il est souvent plus facile d'attaquer
les U-boote quand ils sont en
surface et, si le navire d'escorte
peut atteindre une vitesse suffisante,
il est sans doute préférable
de tenter de garder l'ennemi
en surface le plus longtemps
possible. Les ASDICs ne sont
plus la seule arme contre les
sous-marins.
7. La stratégie offensive
de l'ennemi contre nos convois
se modifie constamment, sans
doute à la suite des
mesures que nous avons prises
pour la contrer, et suite à
la mise en place d'équipements
nouveaux. Il est essentiel que
nous aussi, nous modifions nos
tactiques pour faire face à
de nouvelles formes d'attaques.
Il y a un an, l'ennemi concentrait
surtout ses efforts sur des
attaques nocturnes et en surface,
et il a obtenu au début
des succès incontestables
avec cette méthode. L'emploi
de fusées éclairantes
et de la radiodétection
(R.D.F.) l'ont peu à
peu forcé à abandonner
ces tactiques, mais on peut
penser que ce sont encore celles-là
qu'il choisira s'il croit avoir
des chances raisonnables de
succès. C'est pourquoi
on considère qu'il n'est
pas souhaitable de supprimer
complètement l'usage
des fusées éclairantes.
Les dispositions en vigueur
pour la nuit, telles que précisées
dans les ACIs, servaient essentiellement
à établir un écran
anti-détection radio
autour du convoi pour empêcher
justement ces attaques nocturnes
en surface. L'opération
Raspberry fut conçue
pour mettre au point une tactique
efficace contre les sous-marins
après qu'ils ont frappé.
On doit cependant noter que
presque tous les sous-marins
coulés durant la dernière
année ont été
repérés et attaqués
avant qu'ils aient pu eux-mêmes
lancer leur attaque; il n'y
a eu que très peu de
cas où un sous-marin
ait pu être détruit
après qu'il ait attaqué.
C'est sans doute dû au
fait que, avant l'attaque, le
sous-marin est tenu de suivre
une certaine course et de se
comporter d'une certaine manière
s'il veut atteindre son objectif,
alors qu'après l'attaque,
il a toutes possibilités
pour s'échapper.
8. Ces derniers mois, il y
a des indices certains que la
stratégie ennemie se
modifie. Les faits suivants
en sont la preuve :
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(1) Tous les U-boote
qui prennent contact avec
un convoi font des efforts
désespérés
pour se placer à
l'avant de celui-ci. Le
but de cette manuvre
semble être de leur
permettre d'attaquer en
plongée si l'attaque
en surface ne semble pas
possible ou si, au cours
de l'engagement, nos forces
de surface ou nos forces
aériennes les obligent
à plonger.
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(2) Ils profitent de
la confusion créée
par une première
attaque pour permettre
à d'autres U-boot
de s'approcher à
leur tour sans être
détectés.
Ainsi, même si la
première attaque
est conduite en plongée
ou en émergeant
à l'intérieur
du cadre, les attaques
subséquentes peuvent
se produire en surface,
par franchissement du
cadre.
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(3) Les attaques en plongée
ou l'approche en plongée
sont beaucoup plus fréquentes
qu'auparavant.
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(4) Le plus
souvent, les U-boot repérés
alors qu'ils s'approchaient
d'un convoi de nuit et repoussés
par les navires d'escorte,
ne tentent pas de nouvelle
attaque au cours de la même
nuit. Cela peut être
dû à un manque
de détermination
ou au fait qu'ils se sont
trop laissés distancer
par le convoi.
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NOTRE STRATÉGIE
9. Quelle stratégie devrions-nous
adopter pour répondre
à celle de l'ennemi?
Revenons encore une fois à
l'objectif énoncé.
Le but de l'escorte rapprochée
est de permettre au convoi d'atteindre
sa destination sain et sauf
et à temps. Cela ne signifie
pas que cet objectif ne peut
être atteint que par des
mesures défensives, mais
cela implique qu'un degré
raisonnable de protection doive
être assuré au
convoi. On doit accepter aussi
que notre stratégie exclut
l'utilisation des navires marchands
comme « appâts
». C'est essentiellement
une question de nombre. Quelle
que soit la forme d'engagement
envisagée, la question
de l'importance des forces ennemies
doit jouer un rôle primordial
dans le choix qui sera fait
d'une attitude défensive
ou offensive. Dans des cas exceptionnels,
lorsque le nombre de navires
d'escorte est très restreint,
on adoptera un rôle essentiellement
défensif, limitant les
actions offensives à
celles qui peuvent être
menées à proximité
du convoi.
Nous diviserons la présentation
du problème en deux volets
: (1) De nuit; et (2) De jour.
1. De nuit
10. On peut considérer
que notre stratégie devrait
être de disposer une partie
raisonnablement importante de
nos effectifs en sorte de prévenir
une attaque contre le convoi,
et d'utiliser l'excédent
des forces pour des opérations
offensives.
11. Quant à définir
ce qui constitue cette «
partie raisonnablement importante
» devant être
allouée à la défensive,
cela dépend des circonstances;
mais on considérera que
le nombre de navires ainsi utilisés
devrait être de six à
huit. Dans certaines circonstances,
et lorsque la menace ennemie
n'est pas considérable,
ces navires pourront servir
à mener des sorties contre
l'ennemi, mais ne devront jamais
s'éloigner du convoi
si la présence de plus
d'un sous-marin est avérée
dans le secteur. La disposition
de ces effectifs devra être
telle que l'on puisse assurer
une couverture R.D.F. complète,
avec une concentration des forces
dans les secteurs où
une attaque est la plus probable.
Ce secteur peut être de
taille variée, mais,
selon la présente stratégie,
devrait être situé
à l'avant du travers
du convoi.
12. Si en dépit de ces
mesures, l'ennemi réussit
à lancer une attaque,
tous les efforts devront être
faits pour localiser et couler
le U-boot qui a mené
l'attaque, au moyen d'une recherche
offensive dans les zones où
sa présence est la plus
probable. On prendra soin cependant
de ne pas exposer inutilement
le convoi à l'attaque
d'autres sous-marins qui auraient
pu s'approcher sans dommages.
13. À ce sujet, un récent
rapport montre que les U-boot
ont tendance à se suivre
à la file et à
attaquer de la même direction.
14. Les effectifs encore disponibles
une fois l'écran rapproché
constitué, devront servir
à harceler et à
attaquer les sous-marins qui
gagnent leur position ou qui
attendent en périphérie
du convoi. Ces unités,
à moins qu'elles ne soient
en chasse, veilleront à
ne pas approcher du convoi,
ce qui risquerait de créer
de la confusion pour les navires
de l'écran rapproché.
2. De jour
15. On peut considérer
que notre stratégie consiste
à disposer une part importante
de nos effectifs en sorte de
prévenir une attaque
en plongée contre le
convoi. La proportion des effectifs
ainsi utilisés dépendra
des circonstances, mais on considère
que dans des conditions normales
six navires doivent suffire
pour assurer un degré
de sécurité raisonnable.
Ces navires pourront servir
à des sorties contre
l'ennemi, et, en fait, devront
le faire lorsqu'il est avéré
que le nombre de U-boote est
peu important ou qu'ils se trouvent
à une trop grande distance
à l'arrière pour
pouvoir mener une attaque en
plongée. Un navire supplémentaire
devrait normalement être
posté à l'arrière
du convoi pour regrouper les
« traînards
» et servir de
« chien de garde
».
16. Tout navire en sus du nombre
requis pour assurer la couverture
décrite ci-dessus devra
servir uniquement à des
fins offensives, comme prendre
en chasse les unités
relevées par HF/DF ou
patrouiller à vue du
convoi.
17. Si l'ennemi réussit
en dépit de ces mesures
à lancer une attaque,
tous les efforts devront être
faits pour localiser et couler
le U-boot qui a mené
l'attaque, au moyen d'une recherche
par ASDIC dans les zones où
sa présence est la plus
probable. Les navires qui ne
font pas partie de l'écran
de protection rapproché
pourront servir à de
telles opérations. On
prendra soin cependant de ne
pas exposer inutilement le convoi
à d'autres attaques de
sous-marins ennemis, bien que
cela ne soit pas aussi important
de jour que de nuit.
CONCLUSIONS
18. La politique ci-dessus
pourra être modifiée
pour s'adapter à des
circonstances exceptionnelles
ou à des stratégies
particulières de l'ennemi.
Les officiers supérieurs
des groupes d'escorte ont toute
liberté d'exercer leur
initiative en toutes circonstances,
et nous ne souhaitons pas qu'ils
soient strictement tenus de
suivre les schémas ou
plans d'opérations tels
que détaillés
dans les ACIs.
Il est extrêmement important
que les officiers supérieurs
des groupes d'escorte gardent
l'initiative et ne permettent
pas à l'ennemi de semer
la confusion dans le groupe.
On sera très attentif
à détecter toute
nouvelle stratégie de
la part de l'ennemi et l'on
apportera immédiatement
les correctifs nécessaires
pour adapter nos propres stratégies
à ces changements, dès
qu'ils sont reconnus.
L'aviation constitue une arme
offensive majeure; habilement
utilisée, elle est un
excellent contrepoids au rôle
plutôt défensif
qui est dévolu aux plus
petits groupes d'escorte quand
il n'y a pas de groupe de soutien
présent. Ceux qui considèrent
que notre stratégie n'est
pas assez offensive devront
garder cela présent à
l'esprit.
Une nouvelle opération
nocturne en remplacement de
Raspberry et de Half Raspberry
doit être mise à
l'essai. Cette opération
est conçue pour suivre
la stratégie détaillée
ci-dessus.
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