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10 août 1942
De: Officier commandant NCSM Assiniboine
À: Capitaine (D)
St. John's, Terre-Neuve
Copie: Direction de la lutte anti-sous-marins
S.C. 94 - RAPPORT DE MOUVEMENTS DU NCSM ASSINIBOINE
SECTION I - 5 AOÛT 1942
Visibilité maximum, mer 11, vent S.E.-2.
Tous temps en G.M.T.
À 13 :50, HMS Primrose a donné ordre
à Assiniboine de chercher vers le nord à
contacter HMS Orillia et Nasturtium et six traînards
du SC-94. Ils ont été aperçus vers 1640;
course modifiée pour s'en approcher. À ce moment,
ils étaient à 358°, à 17 milles du
gros du convoi.
1. À 16 :50, alors que nous étions encore à
six milles, j'ai observé grosse colonne de fumée
s'élevant d'un des navires. J'ai augmenté la
vitesse à 20 nuds. Peu après, j'ai reçu
un message radio de l'Orillia, que SS Spar avait été
torpillé. On signalait aussi que le sillage de la torpille
observé par le Nasturtium venait de l'avant.
La direction du navire à ce moment était 075°,
vitesse 7 nuds.
2. Lorsqu'à deux milles et demi du Spar, à 17h14,
la vitesse fut réduite à 15 nuds pour
augmenter l'efficacité de l'ASDIC. Le Spar coula alors
par la proue, montrant qu'il avait été touché
à l'avant. Je m'approchai à deux milles à
l'est de l'épave. Quand il fut à 255°, je
changeai le cap pour 075° pour remonter le sillage. L'Orillia
et le Nasturtium lancèrent des grenades sous-marines
à proximité du convoi qui avait mis le cap vers
le nord.
3. À 17h20, le Nasturtium entreprit des recherches
au voisinage de l'épave pour recueillir des survivants.
J'ordonnai à l'Orillia de fouiller un secteur
au nord de l'épave. Les recherches entreprises par
l'Assiniboine apparaissent sur le relevé ci-joint.
J'arrivai trop tard sur les lieux pour organiser les trois
navires d'escortes pour une recherche en règle.
4. À 18h10, l'Orillia et le Nasturtium
rejoignirent le convoi et l'Assiniboine poursuivit
les recherches jusqu'à huit milles de l'épave,
sans résultat.
5. À 19h05, un objet fut localisé à
140°, à environ six milles, apparemment un kiosque.
Nous nous sommes dirigés vers lui mais il s'avéra
que ce n'était qu'une embarcation de sauvetage.
6. À 19h20, à 330° et trois milles de l'épave,
j'ai observé une grande gerbe d'eau suivie de bulles,
droit devant à environ 2000 yards. D'abord, je crus
à un sous-marin qui faisait surface, puis replongeait
à la verticale avant d'être complètement
émergé, mais l'ASDIC n'enregistra aucun bruit
de ballast et ne détecta aucun contact.
7. La fumée des deux sections de SC-94 était
particulièrement dense et pouvait être vue à
30 milles.
8. L'Assiniboine rejoignit finalement le convoi à
22h30.
9. Le SS Spar fut torpillé à 052°13' N
et 043°14' W.
SECTION II - 6 AOÛT 1942
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Le U-boot allemand U-210 vu du
pont du destroyer NCSM Assiniboine, le 6 août
1942.
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| Photo
par G.E. Salter. Ministère de la Défense
nationale / Archives nationales du Canada, PA-037443. |
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En position B, DE 7.
Course du convoi : 068°, vitesse 7 nuds
Visibilité 8 milles.
1. À 11h25, un objet fut observé à l'horizon
à 029° et environ six milles. J'en informai le
Primrose et poussai à 22 nuds pour aller
voir. L'objet fut rapidement identifié comme étant
bel et bien un kiosque, qui changea de cap en s'éloignant.
2. À la suggestion de l'officier A/S [Anti-sous-marins]
de groupe, je mis le cap à environ 100° à
tribord du U-boot pour le forcer à prendre sur bâbord
après avoir plongé. Je considérai que
c'était un bon conseil car trop souvent dans ces circonstances,
lorsqu'on parvient au lieu de plongée, on ne dispose
d'aucune indication sur le cap à prendre ensuite.
3. Trois salves furent tirées sur une étendue
de 012°, à 11h37. La première tomba à
droite, la seconde à gauche. Avant la troisième,
le U-boot mis le cap à bâbord et plongea. Le
Dianthus fut envoyé pour aider à la chasse.
Comme l'Assiniboine était le premier sur les
lieux, et que l'officier A/S de groupe était à
notre bord, le Dianthus nous demanda de mener la recherche.
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L'incendie causé par le
feu de l'ennemi menace le pont d'où Stubbs
et ses officiers dirigent le combat.
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| Ministère
de la Défense nationale / Archives nationales
du Canada, PA-184007. |
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4. L'Assiniboine arriva à proximité
du point de plongée à 11h57, puis le cap fut
mis sur 330°, qui était le dernier estimé
du cap du U-boot avant qu'il ne plonge. Tenu jusqu'à
12h13; ce fut le point le plus éloigné par rapport
à la position.
5. Le Dianthus approchait par bâbord et à
12h13 signala un contact avec un sous-marin, contact qui fut
perdu peu après. Nous avons mis le cap sur lui et presque
tout de suite obtenu un contact à 600 yards, à
155°, sur 15°. Un effet hydrophonique fut rapporté
mais il apparut par la suite qu'il avait été
causé par l'augmentation de notre propre vitesse. Le
contact n'était certainement pas notre propre sillage
parce qu'il y avait des recoupements avérés.
L'attaque fut menée avec une salve de dix grenades
réglées à 100 et 225 pieds. Un récit
détaillé de ces attaques est joint.
6. Le Dianthus nous rejoignit et détecta un
contact. Il passa à l'attaque, l'Assiniboine
agissant comme guide. Ces attaques terminées, l'Assiniboine
repris son tour, lançant une salve de dix grenades
réglées à 150 et 385 pieds. Ni effet
hydrophonique ni effet Doppler depuis la dernière attaque;
le contact fut perdu. Des recherches furent entreprises avec
le Dianthus tel que présenté sur le relevé
II.
7. À 13h23, un contact RDF douteux fut établi
à 270°, distance de 2 000 yards, qui fut perdu
trois minutes plus tard. Le cap fut modifié vers cette
direction, mais le contact ne fut pas confirmé.
L'Assiniboine
manuvre pour éperonner le sous-marin. |
| Ministère
de la Défense nationale / Archives nationales
du Canada, PA-144289. |
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8. À 17h12, le maître timonier aperçut
un kiosque à 120°, à six milles, qui filait
à grande vitesse. La visibilité à partir
de ce moment était affectée par des bancs de
brouillard et variait de huit milles à une encablure.
Le U-boot plongea après dix minutes. J'en informai
le Dianthus et m'approchai du point de plongée
à 22 nuds.
9. Aucun contact; nous avons mené la recherche avec
le Dianthus tel qu'indiqué sur le relevé
II ci-joint.
10. Le convoi était tout juste visible au nord-est,
à environ 12 milles. Encore une fois nous avions à
résoudre la question de la direction prise par le sous-marin.
Apparemment, dans l'avant midi, il avait mis le cap sur le
convoi et, dans l'espoir qu'il ait refait la même chose,
j'organisai la recherche dans cette direction
11. À 18h36, alors que nous exécutions justement
avec le Dianthus un virage « Edward Isaac »
à tribord, avec une visibilité de 200 yards,
un contact RDF. fut détecté à 270°.
Presque immédiatement, un U-boot fut aperçu
à cette position, à l'arrêt mais pointant
à 345°. Il changea de cap, prit immédiatement
de la vitesse, et nous le perdîmes dans le brouillard.
Nous tirâmes quand même une salve dans sa direction.
Un effet hydrophonique fut entendu alors à 300°;
j'augmentai la vitesse mais fis une mauvaise estimation de
la distance parcourue et, croyant que nous avions dépassé
sa position, je crus son cap à 345°.
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À quelques mètres
de distance, U-210 tente de plonger.
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| Ministère
de la Défense nationale / Archives nationales
du Canada, PA-037444. |
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12. Dès l'observation, la position et la distance
avaient été reportées. En jetant un coup
d'il sur les relevés, je compris mon erreur et
remis le cap à 190°. Le Dianthus était maintenant
hors de vue, la visibilité étant seulement de
600 à 800 yards. L'équipage était aux
postes de combat.
13. À 18h50, un contact RDF fut établi à
35° sur le quart tribord avant, à 1200 yards. Nous
nous sommes approchés à toute vitesse et l'avons
aperçu environ une minute plus tard. Malheureusement,
à partir de ce moment, il n'existe aucun relevé
des temps, des changements de cap ou des tracés.
14. Je m'approchai du sous-marin pour l'éperonner
à pleine vitesse, ayant rétracté le dôme
de l'ASDIC et préparé une salve de grenades
sous-marines aux 50 pieds. Il ouvrit le feu de tous ses canons
et pendant quelque 35 minutes l'engagement se poursuivit à
bout portant, à une distance de 100 à 300 yards.
Un incendie du second degré se déclara à
tribord, à la naissance du gaillard d'avant et se propagea
presque à la passerelle et à travers l'infirmerie.
L'ennemi tentait constamment de se défiler et je fus
forcé de faire marche arrière toute avec le
moteur intérieur pour l'empêcher de se faufiler
à l'intérieur de notre cercle, ce qu'il essayait
évidemment de faire.
15. À cette distance, il était impossible d'incliner
suffisamment les canons de 4,7 pouces, mais je donnai l'ordre
que l'on continuât à tirer, plus pour garder
les équipes de canonniers occupées alors qu'ils
étaient sous le feu ennemi, que dans l'espoir d'atteindre
la cible. On réussit cependant à toucher le
kiosque.
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L'étrave de l'Assiniboine
frappe U-210.
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| Ministère
de la Défense nationale / Archives nationales
du Canada, PA-037445. |
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16. Pendant la plus grande partie de l'engagement, nous étions
si près que je pouvais distinguer le commandant de
bord dans le kiosque qui se penchait pour donner des ordres
à la timonerie. Une équipe de canonniers apparut
sur le pont, qui tenta de rejoindre le canon avant mais nos
salves répétées de 0,5 les en empêchèrent.
17. Nous l'avons manqué de justesse à trois
ou quatre reprises. Les officiers quittèrent le kiosque
pour plonger. Nous avons profité de quelques secondes
pendant lesquelles il suivait une course régulière
pour l'éperonner juste à l'arrière du
kiosque. Il était en fait en train de plonger à
ce moment-là.
18. Je virai le plus rapidement possible pour le retrouver
alors qu'il émergeait, un peu plus sur notre poupe.
Il tirait encore et filait 10 nuds. Après une
petite manuvre, nous l'avons éperonné
à nouveau, bien en arrière du kiosque. Nous
avons tiré une salve peu profonde de grenades sous-marines
au passage, de même qu'un obus de 4,7 pouces du canon
« Y », qui l'atteignit directement à la proue.
Il coula par l'avant en moins de deux minutes.
19. Le Dianthus sortit du brouillard juste à
temps pour le voir disparaître. Les cris qu'ont poussés
les hommes de nos deux bateaux ont dû faire peur aux
sous-marins allemands dans un rayon de dix milles
Des
survivants du U-210 sont amenés à
bord de l'Assiniboine. |
| Ministère
de la Défense nationale / Archives nationales
du Canada, PA-116282. |
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20. Dix prisonniers furent recueillis par l'Assiniboine,
28 par le Dianthus, dont six furent par la suite transférés
sur l'Assiniboine. Pendant qu'on les séparait, les
prisonniers ont à plusieurs reprises crié « Heil! »,
le plus fort possible. Une fois à bord, les officiers,
au nombre de deux, et les hommes furent séparés.
21. Les pertes encourues se montent à un homme parmi
les matelots, un officier et douze hommes blessés.
Le blindage du navire a été percé en
une douzaine d'endroits sur la ligne de flottaison, les boucliers
des canons, la passerelle, le télémètre,
les cheminées, et la plate-forme des projecteurs. Plusieurs
balles ont atteint la timonerie; ce qui peut expliquer l'absence
de relevés de mouvements pour cette partie de l'engagement.
22. Tous les compartiments sous la ligne de flottaison à
l'arrière des cales à provisions ont été
inondés et des étais supplémentaires
ont été mis en place. Les systèmes A/S
et RDF étaient hors d'usage de même que les circuits
des canons et plusieurs circuits d'éclairage. Il est
remarquable que deux des instruments les plus délicats
à bord, la planche à relevés et le gyroscope
soient intacts. Dans ces circonstances, je décidai
qu'il fallait rentrer à St. John's sans tarder.
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Dommages infligés au canon
A par le feu ennemi. Un artilleur a été
tué à son poste et trois autres
ont été blessés pendant l'attaque.
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| Ministère
de la Défense nationale / Archives nationales
du Canada, PA-116284. |
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23. Je crois que le sous-marin n'a pas plongé parce
qu'il espérait nous échapper grâce au
brouillard, la visibilité durant l'engagement étant
toujours inférieure à 500 yards. De plus, les
nuages de fumée et les fusées éclairantes
tirées de notre flanc tribord ont pu lui faire croire
que nous étions sérieusement touché.
On peut aussi penser que nous avons atteint le sous-marin
durant l'avant-midi avec nos grenades et qu'il était
en train d'effectuer des réparations, il ne souhaitait
pas plonger en cas d'urgence. Le relevé montre qu'entre
la première observation à 11h25 jusqu'au naufrage,
le U-boot a maintenu pratiquement un cap constant à
025°.
24. Une copie des manuvres durant l'engagement est
jointe.
25. L'équipage s'est conduit de façon irréprochable,
même si c'était son baptême du feu.
26. Les photographies des derniers moments du sous-marin,
prises par l'officier A/S, sont jointes; elles montrent clairement
le coup porté directement à la proue et le naufrage.
(J. H. Stubbs)
LIEUTENANT COMMANDANT M.R.C.
COMMANDANT DE BORD.
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