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À 5h00, le matin du 19 août
1942, les hommes du Royal Regiment of Canada
s'approchent de la plage du petit village
de Puys, à deux kilomètres
à l'est de Dieppe. Ils ont pris du
retard sur l'horaire prévu et la
clarté du jour qui se lève
révèle leur présence
: les Allemands ouvrent le feu sur les péniches
de débarquement alors qu'elles sont
encore à 10 mètres de la plage.
À 5h07, la rampe de la première
péniche s'abaisse. Les Canadiens
se lancent à l'assaut dans le vacarme
des mitrailleuses et des mortiers qui font
feu sur eux. Les hommes tombent, fauchés
par les balles, frappés par les éclats
d'obus et de mortier. Ceux qui le peuvent
s'approchent de la digue qui ferme la plage
afin d'y trouver un refuge; ils seront faits
prisonniers après quelques heures
d'un combat inutile.
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La plage de
galet et les falaises de Dieppe
immédiatement après
le raid du 19 août 1942.
Une voiture d'éclaireur
gît abandonnée
sur la plage.
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| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
C-029861. |
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À quelques kilomètres de
là, à gauche vers Berneval
et à droite vers Dieppe, Pourville
et Varengeville, d'autres bataillons débarquent,
d'autres hommes sont fauchés par
les balles des armes automatiques et par
les obus. Plusieurs pelotons pénètrent
les défenses ennemies et s'approchent
de leurs objectifs, mais leur détermination
se heurte à la puissance écrasante
de l'Armée allemande. L'ordre du
repli est donné pour 11h00 et le
personnel de la Marine tente l'impossible
pour récupérer ce qui reste
des troupes d'assaut. Le raid est terminé.
La marée monte sur la plage de Dieppe,
noyant les derniers blessés, emportant
les corps sans vie.
Pourquoi Dieppe?
En 1942, le Quartier général
des Opérations combinées (Combined
Operations Headquarters) a de bonnes raisons
de proposer le raid de Dieppe. Une lutte
déterminante pour l'issue de la guerre
se déroule sur le front est, où
les forces d'invasion du Reich s'avancent
et menacent de vaincre la résistance
de l'Armée rouge et du peuple russe.
Staline demande à Churchill et à
Eisenhower de venir en aide à l'URSS
en ouvrant un deuxième front à
l'ouest, afin d'empêcher Hitler de
concentrer ses forces contre elle. La Grande-Bretagne
planifie donc une série de raids
d'importance contre les installations allemandes
situées à proximité
de la Manche. Un seul de ces raids sera
réalisé : Dieppe.
L'objectif à long terme de la Grande-Bretagne
et de ses alliés était de
prendre pied sur le continent afin d'y établir
une tête de pont d'où les troupes
de terre pourront s'avancer à travers
l'Europe. Mais, avant de pouvoir réaliser
un débarquement d'importance, le
Quartier général des Opérations
combinées devait vérifier
certaines hypothèses sur le terrain.
Est-il possible de prendre à l'ennemi
un port de mer fortifié suffisamment
grand pour répondre aux besoins des
troupes d'invasion sans que ce port ne soit
détruit pendant l'opération?
Les techniques de débarquement amphibies
ont été éprouvées
au cours de batailles précédentes,
mais comment se comporteront les nouveaux
navires de débarquement conçus
pour les tanks et l'artillerie? C'est l'ensemble
complexe des opérations aériennes,
navales et terrestres d'un débarquement
de grande envergure qui devait être
testé dans le feu de l'action afin
de vérifier l'efficacité des
nouveaux équipements, des communications,
des chaînes de commandement. Le raid
du 19 août devait répondre
à ces questions.
Dieppe est une station balnéaire
située sur une longue ligne de falaises
qui bordent la côte de la Normandie.
Ces falaises s'ouvrent pour livrer passage
aux rivières Scie et Arques. La ville
possède un port de moyenne taille
doté d'une signification particulière
aux yeux des Canadiens-français puisqu'il
était autrefois l'un des points de
départ des navires en partance pour
la Nouvelle-France. En 1942, le casino qui
se trouvait sur la promenade avait été
partiellement démoli par les Allemands
pour permettre la défense de la côte.
Ils avaient aussi érigé deux
importantes batteries à Berneval
et à Varengeville. Aux yeux des commandants
britanniques, Dieppe offrait aussi l'avantage
de se situer à l'intérieur
du champ d'action des Spitfire et des Hurricane
de la Royal Air Force, dont la base était
située près de Eastbourne
dans le Sussex.
Le raid devait se dérouler en deux
phases rapprochées. Dans un premier
temps, les troupes d'assaut devaient s'approcher
par les flancs et, dès le lever du
jour, lancer un assaut surprise dont le
principal objectif était la neutralisation
des batteries de Berneval et de Varengeville.
Une demi-heure plus tard, un deuxième
assaut devait être lancé de
front contre Dieppe afin de prendre le port
et de s'emparer des péniches de débarquement
allemandes qui s'y trouvaient. Après
avoir atteint d'autres objectifs situés
plus avant, les troupes devaient se replier
vers les plages pour remonter à bord
des navires qui les y attendraient. L'opération
contre Dieppe était seulement un
raid : les assaillants devaient y détruire
un certain nombre d'installations allemandes
et quitter immédiatement la ville.
Le lever du jour dictait l'heure précise
du début de l'opération et
le retrait des troupes devait être
effectué avant la marée haute.
Afin de conserver l'effet de surprise, la
région de Dieppe ne devait pas être
soumise à un bombardement dans la
nuit précédant le raid.
Les troupes d'assaut
Le général Bernard
Montgomery choisit la 2e Division
d'infanterie canadienne pour participer
au raid de Dieppe. Le général
Andrew
McNaughton, commandant de la Première
Armée canadienne, et le général
H.D.G.
Crerar, commandant du 1er Corps
canadien s'empressent d'accepter cette occasion
de donner enfin aux unités canadiennes
l'expérience de la bataille dont
elles ont un si grand besoin. En effet,
les forces canadiennes se trouvent en Angleterre
depuis plus de deux ans déjà
sans avoir eu l'occasion de participer à
des engagements d'importance. Au pays, l'opinion
publique commence à s'interroger
sur l'inactivité de son armée
: la situation est mûre et les Canadiens
sont désireux de s'illustrer dans
de grands faits d'armes qui rappelleraient
les victoires de la Grande Guerre.
Le major-général J.H.
Roberts, commandant de la 2e
Division d'infanterie canadienne, se trouve
donc à la tête des opérations.
En revanche, ni lui ni McNaughton ou Crerar
n'ont participé à la planification
du raid, appelé opération
Jubilee, si ce n'est au niveau des détails.
En effet, le plan de l'opération
a déjà été solidement
établi par le Quartier général
des Opérations combinées au
moment où les généraux
canadiens sont appelés à y
participer.
Le 19 août 1942, la force de terre
qui participe au raid se compose de 4 963
hommes et officiers de la 2e Division canadienne,
de 1 005 Commandos britanniques, de 50 Rangers
américains et de 15 Français.
Une flotte de 237 navires et péniches
de débarquement, dont 6 destroyers,
les amènent vers la côte normande.
Dans les airs, des escadrons de chasseurs
et de bombardiers de la Royal Air Force
et de l'Aviation royale du Canada participent
à l'opération. Malgré
les doutes soulevés quant aux risques
d'une attaque frontale contre des défenses
fortifiées, l'état des connaissances
militaires du moment permet aux généraux
britanniques et canadiens de croire que
les chances de succès sont bonnes.
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Une
partie de la flotte d'assaut assemblée
pour l'opération Jubilee. |
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-171080. |
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Les
unités canadiennes au raid de Dieppe
L'attaque sur le
flanc droite : Varengeville et Pourville
Le raid débute très bien
sur le flanc ouest. Le Commando No 4 (britannique)
débarque à Varengeville et,
après avoir gravi les pentes escarpées,
il attaque et neutralise son objectif, une
batterie de six canons de 15 cm. Le commando
se retire à 7h30, exactement suivant
le plan prévu.
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Péniches
de débarquement des troupes
d'assaut de l'opération
Jubilee. Un écran de fumée
s'élève sur la gauche
pour cacher les embarcations au
tireurs ennemis. Au large de Dieppe,
19 août 1942. |
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-183770. |
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Simultanément, à peu de distance
sur la gauche, le South Saskatchewan Regiment
avance vers Pourville, situé à
4 kilomètres à l'ouest de
Dieppe. Les LCA
touchent les galets de la plage à
4h52, presque à l'heure prévue.
La surprise est complète et les soldats
réussissent à descendre des
embarcations avant que l'ennemi ouvre le
feu. Malheureusement, les péniches
ont dérivé un peu et la presque
totalité du bataillon a pris pied
à l'ouest plutôt qu'à
l'est de la rivière Scie. À
cause de cette erreur minime, les compagnies
qui doivent s'emparer des hauteurs sur l'est
doivent pénétrer dans le village
pour traverser le pont qui s'y trouve.
Avant que les Canadiens n'arrivent au pont,
les Allemands sont en position et leur barrent
le chemin d'un feu infranchissable de mitrailleuses
et d'artillerie antichar. Les corps de soldats
tués ou blessés jonchent le
tablier du pont quand le lieutenant-colonel
Merritt, commandant des South Saskatchewan,
s'avance, tête nue et le casque à
la main et crie à ses hommes «
Come on over - there's nothing to it « .
L'assaut reprend de plus belle, mais il
n'y a rien à faire. Les South Saskatchewan
et les Cameron Highlanders of Canada, qui
viennent de les rejoindre, n'atteignent
pas leurs objectifs.
À peu de distance de là,
un autre groupe de Cameron, commandé
par le major A.T. Law, s'avance dans les
terres vers Petit Abbeville mais, coupé
du reste de leur bataillon, il doit rebrousser
chemin afin d'être évacué.
Grâce au courageux Merritt, la majorité
des hommes du South Saskatchewan et des
Cameron peuvent être évacués
mais sa petite arrière garde, qui
retient les Allemands, ne peut être
ramenée. Son exploit vaut à
Merritt la Croix de Victoria.
Sur le flanc gauche
: Berneval et Puys
La situation sur le flanc gauche s'annonce
désastreuse avant même que
les premiers débarquements ne commencent.
Une heure avant le moment prévu pour
toucher terre, les navires qui transportaient
le Commando No 3 (britannique) rencontrent
un convoi allemand et son escorte armée.
Le combat furieux qui s'ensuit désorganise
le mouvement des péniches de débarquement
du Commando et seulement sept d'entre elles,
sur vingt-trois, atteignent la plage de
Berneval. L'échange de coups de canons
a alerté l'ennemi qui, maintenant,
oppose une forte résistance aux Commandos.
Une seule péniche échappe
à l'attention de l'ennemi et ses
occupants, 17 hommes et trois officiers
du Commando No 3 descendent sur la plage
sans être vu. Ils se faufilent dans
une gorge et, avec une effronterie extraordinaire,
s'approchent de leur objectif, la batterie
de canons allemands située sur les
hauteurs de Berneval. Incapables de la détruire,
ils la canardent si bien que pendant environ
une heure et demi, ils empêchent les
artilleurs allemands de faire feu sur les
navires alliés.
Le Royal Regiment of Canada, augmenté
de trois pelotons des Black Watch et de
détachements d'artillerie, connaît
une malchance abominable sur la plage de
Puys. Ils devaient neutraliser des postes
de mitrailleuses et des batteries d'artillerie
qui protégeaient la plage de Dieppe.
Les problèmes débutent lors
de la partie navale du débarquement
et les péniches arrivent en vague
désorganisées, les premières
accusant un retard d'une vingtaine de minutes
sur l'horaire prévu. La noirceur
et l'écran de fumée qui devaient
protéger les troupes sont dissipés
et les défenses allemandes sont en
état d'alerte. Sitôt débarqués,
les hommes se trouvent coincés près
de la digue, pris dans l'impossibilité
d'avancer sans s'exposer à un tir
mortel. Aucune embarcation ne pouvant s'approcher
sans être immédiatement détruite,
les survivants des Royal et des Black Watch
sont obligés de se rendre. Des 556
soldats et officiers du Royal Regiment of
Canada à s'embarquer pour Dieppe,
plus de 200 sont morts dans la bataille
et 264 ont été faits prisonniers,
plusieurs d'entre eux blessés.
L'attaque frontale
sur Dieppe
Pendant ce temps, devant Dieppe, quatre
destroyers de la flotte bombardent la côte
alors que les péniches de débarquement
s'approchent. À 5h15, cinq escadrons
de Hurricane de la Royal Air Force bombardent
les défenses côtières
et mettent en place l'écran de fumée
qui doit protéger les troupes d'assaut.
De 5h20 à 5h23, les troupes d'assaut
de l'Essex Scottish Regiment et du Royal
Hamilton Light Infantry Regiment descendent
des embarcations et s'élancent à
travers les barbelés et autres obstacles
qui parsèment la plage devant la
Promenade.
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Des cadavres
jonchent la plage près
de deux chars Churchill du 14e
Régiment blindé
(Calgary), enlisés dans
les galets. Derrière,
une épaisse fumée
s'échappe du LCT 5.
|
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
C-014160. |
|
Une erreur de synchronisation leur coûtera
cher. Les chars du 14e Régiment blindé,
qui devaient arriver simultanément,
sont en retard : les deux régiments
d'infanterie doivent ouvrir l'assaut sans
appui d'artillerie. Des embarcations sont
durement touchées, parfois détruites,
avant ou après avoir touché
la plage, compromettant ainsi le retour
des troupes. Des pelotons entiers sont anéantis
sitôt qu'ils ont mis pied au sol.
Sous le couvert du Casino partiellement
démoli ou d'autres bâtiments,
des groupes du RHLI et de l'Essex Scottish
réussissent à s'infiltrer
dans la ville et combattent vaillamment.
Il leur est impossible, cependant, de neutraliser
l'ennemi et leurs objectifs restent hors
de portée.
Les chars du Calgary Regiment arrivent
peu de temps après les fantassins
: 29 quittent les péniches de débarquement
(LCT),
mais deux tombent en eau profonde. Des 27
qui restent, 15 traversent la digue, peu
élevée à certains endroits,
qui sépare la plage de la Promenade.
En l'absence des sapeurs, ils n'arrivent
pas à traverser les obstacles qui
interdisent l'accès aux rues de la
ville. Ils se trouvent donc forcés
de retourner sur la plage où, l'un
après l'autre, ils sont endommagés
ou s'enlisent dans les galets. Encore capables
de faire feu, les chars du 14e Régiment
blindé protègent la retraite
de l'infanterie jusqu'au dernier instant;
les équipages paieront cher cet acte
de bravoure, car ils seront tous faits prisonniers.
 |
Après
la bataille, un officier et des
soldats examinent un des chars
Churchill immobilisé sur
la plage devant la Promenade,
sa chenille gauche brisée.
Des blessés étendus
au sol sont sur le point d'être
emmenés. Dieppe, 19 août
1942. |
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
C-017293. |
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À bord du HMS Calpe, le major-général
Roberts et le capitaine John Hugues-Hallet,
commandant respectivement les forces terrestres
et navales, n'ont qu'une idée imprécise
de la situation. À la suite d'un
message ambigu qui pouvait laisser croire
que les Essex Scottish avaient pénétré
dans la ville, Roberts donne l'ordre aux
troupes de réserve, les Fusiliers
Mont-Royal, de débarquer afin d'exploiter
cette avance. Commandés par le lieutenant-colonel
Dollard Ménard, les FMR montent à
bord de leurs 26 embarcations à 7h00.
Ils s'approchent de la plage à pleine
vitesse, mais déjà les Allemands
dirigent sur eux un feu très dense
de mitrailleuses lourdes, de mortiers et
de grenades. Les balles sifflent de toutes
parts et ricochent sur les parois des embarcations
: de nombreux fusiliers sont touchés
avant même de descendre sur la plage.
Impuissants devant un ennemi bien retranché,
les FMR sont décimés; seuls
quelques hommes arriveront à s'infiltrer
à travers les maisons.
« Le
second bateau avait tout juste effleuré
la plage que je bondissais pour suivre
les sapeurs à travers les barbelés.
Mon objectif immédiat était
une casemate de béton située
en haut d'un parapet de 12 pieds, environ
100 mètres plus loin sur la plage.
Je pense que j'avais fait trois pas quand
le premier coup m'a touché. On
dit qu'une balle ou une pièce de
shrapnel vous touche, mais ce n'est pas
le bon mot. Ils vous frappent aussi violemment
qu'une massue vous frapperait. Il n'y
a pas de douleur aiguë en premier.
Ils vous ébranlent tellement que
vous n'êtes pas sûr d'avoir
été frappé, ou par
quoi vous l'avez été. »
- Lt-Col Dollard
Ménard, Fusiliers Mont-Royal
À 9h00, Hughes-Hallett et Roberts
doivent se rendre à l'évidence
: les Allemands contrôlent toujours
les hauteurs et mitraillent les plages sans
merci. L'ordre est donné pour évacuer
à 11h00. Les embarcations retournent
vers les plages derrière un écran
de fumée, partiellement protégées
par le feu d'artillerie des navires et par
l'intervention des chasseurs de la Royal
Air Force. L'évacuation se déroule
dans le chaos, à proximité
des combats qui ragent. À 12h20,
il n'est plus possible d'approcher des plages,
même si des hommes s'y trouvent encore.
Le HMS Calpe tente un ultime effort
à 12h48 et s'approche de la rive
avec deux embarcations. Ensuite, la flotte
met le cap sur l'Angleterre. Le raid de
Dieppe est terminé. Quelque 3 367
hommes, dont 2 752 Canadiens, sont restés
sur les plages du débarquement, tués
ou faits prisonniers.
 |
Des
prisonniers canadiens sont escortés
par des gardes allemands à
travers les rues de Dieppe, le
19 août 1942. |
| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-200058. |
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La nouvelle du raid de Dieppe est immédiatement
publiée partout dans le monde. Malheureusement,
les services d'information de l'Armée
britannique n'ont pas cru bon de mentionner
le rôle de premier plan que la 2e
Division d'infanterie a joué dans
la bataille. Il faudra plusieurs semaines
avant que le public canadien ne découvre
l'ampleur du fiasco de l'opération
Jubilee et le nombre élevé
de ses soldats a avoir succombé sur
le champ de bataille.
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| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-183775. |
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Les leçons
de Dieppe
Le raid de Dieppe fut un échec lamentable.
Vue de loin, après plus de soixante
ans, Jubilee apparaît comme une opération
fantasque qui n'avait aucune chance de succès,
qui ne pouvait qu'entraîner un grand
nombre de morts d'hommes. Néanmoins,
les officiers britanniques et alliées
ne possédaient pas encore, en août
1942, le savoir et l'expérience de
combat nécessaires pour évaluer
avec réalisme les risques de cette
entreprise. Ce sont précisément
les leçons apprises à l'occasion
de ce dur revers qui ont fourni le savoir
nécessaire à la poursuite
victorieuse de la guerre.
L'échec de Dieppe a mis en lumière
la nécessité d'améliorer
les communications à tous les niveaux
: sur le champ de bataille, entre les quartiers
généraux de chaque formation,
entre les forces terrestres, navales et
aériennes. L'idée de capturer
un port de mer bien défendu pour
assurer le ravitaillement d'une tête
de pont a définitivement été
abandonnée après le 19 août
1942. De surcroît, le raid de Dieppe
a démontré la nécessité
de détruire un maximum de défenses
ennemies par des bombardements aériens
précédant tout débarquement;
de fournir aux troupes d'assaut un appui
d'artillerie à partir des navires
et à partir des péniches de
débarquement de matériel lourd;
de perfectionner les outils et techniques
d'élimination des obstacles placés
pour barrer la route des hommes et des chars.
Le véritable sens de la mort des
hommes tombés à Dieppe se
révélera près de deux
ans après ce néfaste 19 août
1942, quand les Alliés, victorieux
cette fois, prendront pied sur le continent
européen pour le libérer de
l'agresseur nazi.
| Lectures suggérées: |
|
John Campbell, Dieppe Revisited
: A Documentary Investigation,
Londres, 1993
Brereton Greenhous, Dieppe,
Dieppe, Montréal, 1993
Ernest Langford, Rendezvous
at Dieppe, Madeira Park (C.-B.),
1992
Jack A. Poolton, Destined
To Survive : A Dieppe Veteran's Story,
Toronto, 1998
Pierre Vennat, Dieppe n'aurait
pas dû avoir lieu, Montréal,
1991
Denis W. et Shelagh Whitaker,
Dieppe : A Firsthand and Revealing
Critical Account of The Most Controversial
Battle of World War Two, Whitby
(Ontario), 1992
Denis W. et Shelagh Whitaker,
Dieppe : Tragedy to Triumph,
Toronto, 1992
|
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