NCSM MOOSE JAW
St. John's, Terre-Neuve.
6 novembre 1941.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous faire parvenir ce rapport couvrant
la période du 5 au 17 septembre 1941.
1. J'ai reçu ordre le 4 septembre de quitter St. John's,
Terre-Neuve, à midi le lendemain, pour gagner les routes
de convois, de conserve avec le NCSM Chambly, puis de regagner
St. John's vers le 15 septembre.
2. Au moment d'appareiller, l'équipage était
à court d'un marin de première classe, d'un
Q.R.III, d'un H.S.D., d'un codeur, et d'un marin de seconde
classe, aucun remplaçant n'étant disponible.
3. Les provisions fraîches n'ont pas été
livrées au navire, en sorte que les provisions sèches
durent être entamées dès le troisième
jour.
4. La plupart des membres de l'équipage ont souffert
du mal de mer les quatre premiers jours, certains hommes étant
tout à fait incapables de prendre leur service. Ce
sont les officiers qui furent les moins incommodés.
5. Le 7 septembre, le Chambly et le Moose Jaw reçurent
ordre de rejoindre le convoi SC-43. Le Chambly devait ensuite
laisser le Moose Jaw, qui devait poursuivre avec le convoi.
6. Le 9 septembre, le Chambly et le Moose Jaw reçurent
ordre par le C.C.N.F. 1858Z/9 de se joindre en hâte
au convoi SC-42.
7. Vers 2100 le 10 septembre, des fusées éclairantes
furent aperçues des deux côtés avant.
8. Les hommes étaient aux postes de combat à
2130.
9. Vers 2200, le Chambly signala qu'il allait lancer une grenade
sous-marine et vira vers bâbord. À ce moment,
les deux navires étaient de front à même
hauteur. Le Moose Jaw vira à tribord.
10. Je mis le cap à bâbord en un grand mouvement
tournant pour rester à bonne distance du Chambly et
pour me placer favorablement pour lancer une seconde grenade
sous-marine.
11. Quelques minutes plus tard, j'aperçus un sous-marin
faisant surface entre le Chambly et nous, et qui semblait
immobilisé. Immédiatement avant, l'opérateur
ASDIC avait signalé un bon écho. Le sous-marin
émit une série de « I'S »
avec une petite lampe juste à l'arrière du kiosque.
Il se mit alors en mouvement et je donnai ordre de le prendre
en chasse et de faire feu du canon de 4 pouces aussitôt
qu'il serait suffisamment éloigné du Chambly.
Un seul coup fut tiré (qui tomba trop loin), le second
préposé au canon coinça le deuxième
obus dans le percuteur. Le canon n'est pas pourvu d'une lumière
de chargement; il serait essentiel que cela soit installé
le plus rapidement possible.
12. Le sous-marin semblait se déplacer à une
vitesse de 13 nuds environ. Il tenta de se placer directement
devant nous, changeant sa course pour reprendre cette position
chaque fois que j'essayais de quitter son sillage.
13. Je donnai ordre de le suivre avec le projecteur de 10
pouces. Cela permit de voir les hommes qui se trouvaient sur
le pont. Ils semblaient si découragés que je
ne pouvais croire qu'ils étaient allemands. Je fis
remarquer à l'officier qui était à la
barre que ce devaient être des Italiens. Étant
donné leur état de panique, je me dis qu'il
y avait des chances de pouvoir capturer le sous-marin.
14. La chasse dura encore quelques minutes, le sous-marin
essayant toujours de se placer immédiatement devant
nous, alors que je tentais de demeurer sur son quart arrière
au cas où il ferait usage de ses torpilles. À
un moment, quatre des hommes du sous-marin firent un mouvement
en direction du canon arrière. Comme notre propre canon
était encore enrayé, il n'y avait pas d'autres
solutions que d'accélérer pour les éperonner
avant qu'ils ne puissent tirer. Ce que je fis, bien que les
chances de réussir étaient minces. Quelqu'un,
depuis le kiosque, leur ordonna alors de rentrer. Les canons
de cinq pouces étaient alors chargés, mais,
quand ils tirèrent, rien ne se produisit. Un examen
subséquent ne montra pas de problèmes mécaniques
et je crois que c'est la nervosité de l'équipage
qui fit échouer cette tentative.
15. Je réussis à me ranger le long du flanc
tribord du sous-marin et demandai sa reddition. À ma
surprise, je vis un homme sauter, un bond extraordinaire,
du pont du sous-marin sur notre pont. Et le reste de l'équipage
semblait s'apprêter à en faire autant. N'étant
pas prêt à repousser un abordage, je m'éloignai.
Le sous-marin vint se mettre en travers de ma proue et je
l'éperonnerai, augmentant pour cela la vitesse à
185 tours et changeant notre course pour toucher ses gouvernails
de plongée, afin de l'empêcher de s'échapper.
16. Après l'impact, le sous-marin vint se mettre en
travers de ma proue à petite vitesse. Entre temps,
le canon avait été dégagé et je
donnai l'ordre de tirer. L'équipage plongea à
la mer dès le premier coup et j'ordonnai de cesser
le tir. J'ai su par la suite que le coup était passé
si bas au-dessus du kiosque qu'il avait renversé les
hommes qui s'y trouvaient. Le sous-marin était alors
sur mon travers bâbord.
17. Le Chambly à ce moment nous demanda par signaux
où était le sous-marin. Il arrivait alors derrière
nous et s'approcha du sous-marin. Il y avait des naufragés
très près de mon hélice et si nombreux
que je craignais pour la sécurité d'une embarcation
qu'on aurait mise à la mer. Je demandai donc au Chambly
d'envoyer des hommes pour l'abordage.
18. L'homme qui avait sauté à notre bord se
trouvait être le commandant du sous-marin. Il était
passablement commotionné et quand on me l'amena sur
le pont, je le trouvai inquiet parce que nous éclairions
beaucoup pour récupérer les naufragés.
19. Dès qu'il m'apparut que le nombre d'hommes encore
à la mer ne posait plus de danger et qu'on pouvait
faire mettre à l'eau une embarcation sans risquer qu'ils
s'en emparent, je fis descendre les deux chaloupes.
20 Le Chambly m'ordonna de reprendre ma course et de patrouiller
autour de lui pour faire écran aux détecteurs
de sous-marin. Ce que je fis dès que les hélices
furent dégagées, laissant les deux embarcations
s'occuper du travail de sauvetage. Je parcourus un cercle,
puis repris les embarcations; on m'ordonna alors de prendre
position à l'avant du convoi. Je pouvais encore entendre
des hommes appeler à l'aide à tribord, mais
je les laissai et rejoignis le convoi.
21 Les trois officiers allemands rescapés (le commandant,
le premier lieutenant et le second lieutenant) furent placés
sous bonne garde dans ma cabine. Les autres prisonniers dans
le gaillard d'avant. J'appris quelques jours plus tard qu'il
y avait deux enseignes parmi les hommes de bord mais décidai
de les y laisser à la demande du capitaine allemand,
car je considérais qu'il était de toute façon
trop tard pour les empêcher de donner des instructions
aux hommes, s'ils avaient voulu le faire.
22 Les prisonniers étaient disciplinés et ne
causèrent pas d'ennuis. Il y avait une affection véritable
entre les officiers et les hommes. Je les trouvai très
réticents à parler de leur service, parce que
je n'avais pas pu les rencontrer pendant les deux premiers
jours suivant leur capture. Je décidai donc de ne pas
pousser l'interrogatoire, ce qu'approuva l'officier de renseignement
de l'Amirauté qui me questionna par la suite. Les officiers
semblaient secrètement heureux de ne plus participer
aux opérations de combat. Ils étaient très
intéressés par la construction de la corvette
et par les questions de performance en général
et nous posèrent bon nombre de questions à ce
sujet. Quand je réduisais la vitesse, ils semblaient
inquiets et nous firent remarquer le danger qu'il y avait
à naviguer à vitesse si réduite. Ils
trouvaient notre nourriture moins bonne que la leur, ce qui
n'est pas étonnant puisque les seules provisions qui
nous restaient consistaient en buf en conserve, légumes,
pommes de terre et biscuits de mer. Ils me dirent que la marine
allemande avait du pain en conserve d'excellente qualité
et qui se gardait indéfiniment. Ils ajoutèrent
que l'on trouvait sur leurs navires des vitamines de toutes
sortes, et qui avaient fait leurs preuves. Tous ces cachets
étaient fabriqués selon des formules secrètes
par une seule compagnie en Allemagne. Selon eux, l'Allemagne
avait des réserves de nourriture et de carburant pour
poursuivre la guerre, mais ils ne semblaient pas certains
de l'issue de celle-ci.
23 Le nombre total de prisonniers capturés à
bord du U-501 était de trois officiers, deux
enseignes et vingt-quatre hommes de rang.
24 Le commandant Hugo Forster est un homme de 35 ans, né
à Berlin. Il est de tempérament posé,
de bonne éducation et ne présente pas de signes
de l'influence nazie.
25 Werner Albring, le premier lieutenant, est âgé
de 26 ans; il est natif de Wessel. Je crois que si ce n'avait
été de l'exemple de son commandant, il nous
aurait donné du mal, car il semble le type même
du nazi.
26. Le second lieutenant, Hans Sittenfeld, âgé
de 24 ans, est par ses manières et son attitude, semblable
à son commandant.
27. Les trois officiers parlent l'anglais et le français,
mais aucun des hommes ne connaît d'autre langue que
l'allemand.
28. Comme nous approchions du flanc tribord du convoi, une
fusée éclairante tirée d'un destroyer
- je crois que c'est le Skeena - passa au-dessus de
nous à faible hauteur. Je fis réduire les feux
de navigation jusqu'à ce que les tirs cessent. Il était
alors approximativement 2345.
29. À 0050, je reçus l'ordre du Skeena
de me diriger vers le quart tribord du convoi.
30. Vers 0145, le 11 septembre, en complétant la partie
intérieure d'un zigzag, j'aperçus un navire
immobilisé et m'approchai pour voir de quoi il s'agissait.
C'était le SS Berury, qui s'enfonçait
lentement par la proue. Il y avait plusieurs embarcations
à proximité et beaucoup d'hommes à la
mer. Nous avons recueilli trois chaloupes de survivants et
avons fait mettre à la mer les deux skiffs pour les
hommes qui étaient encore dans l'eau. Il y avait beaucoup
de débris flottants. Beaucoup des hommes à la
mer étaient morts, la plupart devaient appartenir à
un pétrolier qui avait été torpillé
et avait explosé vers 0040.
31. L'Alberni et le Kenogami prirent part au sauvetage
et aussi agirent comme écran anti-sous-marin.
32. Les deux skiffs furent remontés vers 0410, et 38
survivants, aucun blessé, furent recueillis à
bord.
33. L'énergie et l'initiative du second, M. Herbert
W. Ruddle-Browne, RMRC (temporaire) furent remarquables. Il
m'apparut évident dès les premiers instants
de l'engagement que le premier lieutenant, John M. Todd, RVMRC
(temporaire), n'était pas à la hauteur de la
tâche et j'envoyai M. Browne de la passerelle pour l'assister.
C'est essentiellement grâce aux efforts de cet homme
que tant de naufragés ont pu être sauvés
et logés avec un minimum de problèmes. Le soin
qu'il a mis à me garder informé de la situation
m'a été d'un réel secours pour manuvrer
comme il fallait, et je considère que sa conduite en
général mérite d'être récompensée.
34. Le sous-lieutenant Harold E.T. Lawrence, RVMRC, descendit
avec les embarcations mises à la mer et prit la tête
des opérations de sauvetage; à mon avis, beaucoup
des survivants doivent leur vie à son initiative et
à sa compétence.
35. Le capitaine du Berury m'apprit qu'il n'avait pas
détruit ses livres confidentiels. Comme il y avait
alors trop de mer pour pouvoir accoster le navire avec une
embarcation et qu'il était de toute façon perdu,
bien que transportant un chargement de bois, je suggérai
à l'Alberni de faire feu pour couler le navire
afin que les documents ne tombent pas entre les mains ennemies.
L'Alberni m'ordonna de procéder et nous ouvrîmes
le feu vers 0430.
36. On tira 33 salves de SAP et 33 de HE. L'incendie du navire
était alors en bonne voie, et sa proue s'était
encore inclinée de plusieurs degrés. Je fis
cesser le tir pour ne pas perdre de munitions et retournai
rejoindre le convoi, prenant mon poste au quart tribord à
0930.
37. À 1015, le chef artificier de la salle des machines,
signala qu'il n'y avait plus d'eau pour alimenter les chaudières
et que l'on devait s'immobiliser pour une demi-heure. J'en
ai informé le Skeena; le Wetaskiwin fut
envoyé pour la mission d'écran anti-sous-marin.
Le navire repartit à 1030. Une enquête sur l'incident
montra que le chef artificier avait oublié de faire
distiller de l'eau à cause de l'agitation des événements
de la nuit. Je jugeai qu'il aurait dû le faire la veille,
au plus tard; c'est un homme qui s'est révélé
inefficace pendant toute la traversée, quoiqu'il ait
montré récemment des signes de progrès...
38. Deux matelots furent trouvés ivres à bord
pendant la nuit : C. Faulkner, soutier chef, MRC, ON-3114,
fut aperçu ivre lorsque le navire était immobilisé
pour porter secours aux rescapés du sous-marin; C.
Macdonald, second maître soutier, RMRC, ON-A4481, fut
aperçu ivre lorsque nous coulions le Berury. Aucun
des deux hommes n'a voulu révéler comment il
s'était procuré de l'alcool. Ils ont tous les
deux été condamnés à 90 jours
de détention.
39. À 1230 un bon écho fut capté et une
contre-attaque entreprise. Le contact fut perdu peu après,
l'ASDIC étant hors d'usage, suite à l'éperonnage
apparemment. Je reçus l'ordre de rejoindre le convoi.
40. À 1130 le 13 septembre, je reçus l'ordre
d'assister le Chambly dans la chasse d'un contact qu'il
avait établi. À 1150, la pointe de contact devint
si défectueuse qu'on ne pouvait plus s'y fier et que
le poste était inutilisable. Le sous-lieutenant Lawrence
réussit à corriger ce problème en fixant
la pointe avec de la ficelle et le balayage put continuer.
À 1215 la chasse fut interrompue et nous rejoignîmes
le convoi.
41. Depuis plusieurs jours, je souffrais de vives douleurs
à l'estomac et à la poitrine, et ne pouvais
garder aucune nourriture. À 0530, le 16 septembre,
je signalai à Douglas que j'étais malade et
demandai les services d'un officier médecin. Il en
vint un qui me conseilla de me faire hospitaliser le plus
rapidement possible; je reçus l'ordre de poursuivre
jusqu'à Loch Ewe de conserve avec le St. Croix.
42. À 1525 le 16 septembre, le St. Croix rapporta qu'il
avait établi un contact; notre poste était en
panne et nous n'entendions rien. Le St. Croix attaqua
à 1536. La chasse cessa vers 1630.
43. À 0900 le 17 septembre, le navire s'est rangé
le long d'un pétrolier à Loch Ewe et je fus
transféré vers le navire-hôpital St.
David.
44. À 1630 le 17 septembre, le navire appareilla pour
Greenock sous les ordres du lieutenant J.D. Todd, RVMRC (temporaire).
45. Pendant toute la traversée, la vigilance et le
dévouement des trois opérateurs du système
de détection anti-sous-marin furent exemplaires. L'énergie,
l'initiative et la compétence professionnelle démontrées
par l'opérateur senior, le matelot E. Thomas, ON-V13460,
est particulièrement digne de mention.
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre dévoué serviteur,
(Signé) F.E. Grubb,
Lieutenant, MRC
Commandant
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