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Le NCSM Moose Jaw éperonne le U-501
Construite à Collingwood (Ontario), la corvette NCSM Moose Jaw a été et mise en service à Montréal le 19 juin 1941. Elle a connu une carrière active sur les routes d'escorte de St. John's-Islande, St. John's-Londonderry et Royaume-Uni-Méditerranée, le long des côtes canadiennes, dans le Saint-Laurent et, après avoir participé au débarquement de Normandie, dans la Manche. Elle est vue ici en juin 1942, à son entrée au port de Halifax.
Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-105829.

Les corvettes NCSM Chambly et Moose Jaw avaient été dépêchées pour renforcer l'escorte du convoi SC-42, lorsqu'on découvrit que le convoi s'approchait d'une concentration de U-boot. En moins de 48 heures, les 10 et 11 septembre, le convoi fut attaqué à de nombreuses reprises : 15 navires marchands et 40 000 tonnes de carburant furent perdus; 160 hommes périrent.

Le Moose Jaw était une corvette récemment mise en service et encore en période d'entraînement avec le Chambly, lorsque les deux navires quittèrent St. John's (Terre-Neuve) à la hâte, le 5 septembre 1941. Le Chambly était commandé par un officier de grande expérience, le commandant J. D. Prentice, MRC.

Pour sa première mission d'escorte, le Moose Jaw essuya une forte tempête, participa à la première capture d'un U-boot par la Marine royale canadienne et recueillit des survivants des navires torpillés. Le commandant du Moose Jaw, F. E. Grubb, MRC, fut cité dans les dépêches pour avoir sauvé des vies humaines. Voici son rapport.

Archives nationales du Canada, RG 24, volume 11334, dossier 8280-S.C. 42

 

NCSM MOOSE JAW
St. John's, Terre-Neuve.

6 novembre 1941.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous faire parvenir ce rapport couvrant la période du 5 au 17 septembre 1941.

1. J'ai reçu ordre le 4 septembre de quitter St. John's, Terre-Neuve, à midi le lendemain, pour gagner les routes de convois, de conserve avec le NCSM Chambly, puis de regagner St. John's vers le 15 septembre.

2. Au moment d'appareiller, l'équipage était à court d'un marin de première classe, d'un Q.R.III, d'un H.S.D., d'un codeur, et d'un marin de seconde classe, aucun remplaçant n'étant disponible.

3. Les provisions fraîches n'ont pas été livrées au navire, en sorte que les provisions sèches durent être entamées dès le troisième jour.

4. La plupart des membres de l'équipage ont souffert du mal de mer les quatre premiers jours, certains hommes étant tout à fait incapables de prendre leur service. Ce sont les officiers qui furent les moins incommodés.

5. Le 7 septembre, le Chambly et le Moose Jaw reçurent ordre de rejoindre le convoi SC-43. Le Chambly devait ensuite laisser le Moose Jaw, qui devait poursuivre avec le convoi.

6. Le 9 septembre, le Chambly et le Moose Jaw reçurent ordre par le C.C.N.F. 1858Z/9 de se joindre en hâte au convoi SC-42.

7. Vers 2100 le 10 septembre, des fusées éclairantes furent aperçues des deux côtés avant.

8. Les hommes étaient aux postes de combat à 2130.

9. Vers 2200, le Chambly signala qu'il allait lancer une grenade sous-marine et vira vers bâbord. À ce moment, les deux navires étaient de front à même hauteur. Le Moose Jaw vira à tribord.

10. Je mis le cap à bâbord en un grand mouvement tournant pour rester à bonne distance du Chambly et pour me placer favorablement pour lancer une seconde grenade sous-marine.

11. Quelques minutes plus tard, j'aperçus un sous-marin faisant surface entre le Chambly et nous, et qui semblait immobilisé. Immédiatement avant, l'opérateur ASDIC avait signalé un bon écho. Le sous-marin émit une série de « I'S » avec une petite lampe juste à l'arrière du kiosque. Il se mit alors en mouvement et je donnai ordre de le prendre en chasse et de faire feu du canon de 4 pouces aussitôt qu'il serait suffisamment éloigné du Chambly. Un seul coup fut tiré (qui tomba trop loin), le second préposé au canon coinça le deuxième obus dans le percuteur. Le canon n'est pas pourvu d'une lumière de chargement; il serait essentiel que cela soit installé le plus rapidement possible.

12. Le sous-marin semblait se déplacer à une vitesse de 13 nœuds environ. Il tenta de se placer directement devant nous, changeant sa course pour reprendre cette position chaque fois que j'essayais de quitter son sillage.

13. Je donnai ordre de le suivre avec le projecteur de 10 pouces. Cela permit de voir les hommes qui se trouvaient sur le pont. Ils semblaient si découragés que je ne pouvais croire qu'ils étaient allemands. Je fis remarquer à l'officier qui était à la barre que ce devaient être des Italiens. Étant donné leur état de panique, je me dis qu'il y avait des chances de pouvoir capturer le sous-marin.

14. La chasse dura encore quelques minutes, le sous-marin essayant toujours de se placer immédiatement devant nous, alors que je tentais de demeurer sur son quart arrière au cas où il ferait usage de ses torpilles. À un moment, quatre des hommes du sous-marin firent un mouvement en direction du canon arrière. Comme notre propre canon était encore enrayé, il n'y avait pas d'autres solutions que d'accélérer pour les éperonner avant qu'ils ne puissent tirer. Ce que je fis, bien que les chances de réussir étaient minces. Quelqu'un, depuis le kiosque, leur ordonna alors de rentrer. Les canons de cinq pouces étaient alors chargés, mais, quand ils tirèrent, rien ne se produisit. Un examen subséquent ne montra pas de problèmes mécaniques et je crois que c'est la nervosité de l'équipage qui fit échouer cette tentative.

15. Je réussis à me ranger le long du flanc tribord du sous-marin et demandai sa reddition. À ma surprise, je vis un homme sauter, un bond extraordinaire, du pont du sous-marin sur notre pont. Et le reste de l'équipage semblait s'apprêter à en faire autant. N'étant pas prêt à repousser un abordage, je m'éloignai. Le sous-marin vint se mettre en travers de ma proue et je l'éperonnerai, augmentant pour cela la vitesse à 185 tours et changeant notre course pour toucher ses gouvernails de plongée, afin de l'empêcher de s'échapper.

16. Après l'impact, le sous-marin vint se mettre en travers de ma proue à petite vitesse. Entre temps, le canon avait été dégagé et je donnai l'ordre de tirer. L'équipage plongea à la mer dès le premier coup et j'ordonnai de cesser le tir. J'ai su par la suite que le coup était passé si bas au-dessus du kiosque qu'il avait renversé les hommes qui s'y trouvaient. Le sous-marin était alors sur mon travers bâbord.

17. Le Chambly à ce moment nous demanda par signaux où était le sous-marin. Il arrivait alors derrière nous et s'approcha du sous-marin. Il y avait des naufragés très près de mon hélice et si nombreux que je craignais pour la sécurité d'une embarcation qu'on aurait mise à la mer. Je demandai donc au Chambly d'envoyer des hommes pour l'abordage.

18. L'homme qui avait sauté à notre bord se trouvait être le commandant du sous-marin. Il était passablement commotionné et quand on me l'amena sur le pont, je le trouvai inquiet parce que nous éclairions beaucoup pour récupérer les naufragés.

19. Dès qu'il m'apparut que le nombre d'hommes encore à la mer ne posait plus de danger et qu'on pouvait faire mettre à l'eau une embarcation sans risquer qu'ils s'en emparent, je fis descendre les deux chaloupes.

20 Le Chambly m'ordonna de reprendre ma course et de patrouiller autour de lui pour faire écran aux détecteurs de sous-marin. Ce que je fis dès que les hélices furent dégagées, laissant les deux embarcations s'occuper du travail de sauvetage. Je parcourus un cercle, puis repris les embarcations; on m'ordonna alors de prendre position à l'avant du convoi. Je pouvais encore entendre des hommes appeler à l'aide à tribord, mais je les laissai et rejoignis le convoi.

21 Les trois officiers allemands rescapés (le commandant, le premier lieutenant et le second lieutenant) furent placés sous bonne garde dans ma cabine. Les autres prisonniers dans le gaillard d'avant. J'appris quelques jours plus tard qu'il y avait deux enseignes parmi les hommes de bord mais décidai de les y laisser à la demande du capitaine allemand, car je considérais qu'il était de toute façon trop tard pour les empêcher de donner des instructions aux hommes, s'ils avaient voulu le faire.

22 Les prisonniers étaient disciplinés et ne causèrent pas d'ennuis. Il y avait une affection véritable entre les officiers et les hommes. Je les trouvai très réticents à parler de leur service, parce que je n'avais pas pu les rencontrer pendant les deux premiers jours suivant leur capture. Je décidai donc de ne pas pousser l'interrogatoire, ce qu'approuva l'officier de renseignement de l'Amirauté qui me questionna par la suite. Les officiers semblaient secrètement heureux de ne plus participer aux opérations de combat. Ils étaient très intéressés par la construction de la corvette et par les questions de performance en général et nous posèrent bon nombre de questions à ce sujet. Quand je réduisais la vitesse, ils semblaient inquiets et nous firent remarquer le danger qu'il y avait à naviguer à vitesse si réduite. Ils trouvaient notre nourriture moins bonne que la leur, ce qui n'est pas étonnant puisque les seules provisions qui nous restaient consistaient en bœuf en conserve, légumes, pommes de terre et biscuits de mer. Ils me dirent que la marine allemande avait du pain en conserve d'excellente qualité et qui se gardait indéfiniment. Ils ajoutèrent que l'on trouvait sur leurs navires des vitamines de toutes sortes, et qui avaient fait leurs preuves. Tous ces cachets étaient fabriqués selon des formules secrètes par une seule compagnie en Allemagne. Selon eux, l'Allemagne avait des réserves de nourriture et de carburant pour poursuivre la guerre, mais ils ne semblaient pas certains de l'issue de celle-ci.

23 Le nombre total de prisonniers capturés à bord du U-501 était de trois officiers, deux enseignes et vingt-quatre hommes de rang.

24 Le commandant Hugo Forster est un homme de 35 ans, né à Berlin. Il est de tempérament posé, de bonne éducation et ne présente pas de signes de l'influence nazie.

25 Werner Albring, le premier lieutenant, est âgé de 26 ans; il est natif de Wessel. Je crois que si ce n'avait été de l'exemple de son commandant, il nous aurait donné du mal, car il semble le type même du nazi.

26. Le second lieutenant, Hans Sittenfeld, âgé de 24 ans, est par ses manières et son attitude, semblable à son commandant.

27. Les trois officiers parlent l'anglais et le français, mais aucun des hommes ne connaît d'autre langue que l'allemand.

28. Comme nous approchions du flanc tribord du convoi, une fusée éclairante tirée d'un destroyer - je crois que c'est le Skeena - passa au-dessus de nous à faible hauteur. Je fis réduire les feux de navigation jusqu'à ce que les tirs cessent. Il était alors approximativement 2345.

29. À 0050, je reçus l'ordre du Skeena de me diriger vers le quart tribord du convoi.

30. Vers 0145, le 11 septembre, en complétant la partie intérieure d'un zigzag, j'aperçus un navire immobilisé et m'approchai pour voir de quoi il s'agissait. C'était le SS Berury, qui s'enfonçait lentement par la proue. Il y avait plusieurs embarcations à proximité et beaucoup d'hommes à la mer. Nous avons recueilli trois chaloupes de survivants et avons fait mettre à la mer les deux skiffs pour les hommes qui étaient encore dans l'eau. Il y avait beaucoup de débris flottants. Beaucoup des hommes à la mer étaient morts, la plupart devaient appartenir à un pétrolier qui avait été torpillé et avait explosé vers 0040.

31. L'Alberni et le Kenogami prirent part au sauvetage et aussi agirent comme écran anti-sous-marin.

32. Les deux skiffs furent remontés vers 0410, et 38 survivants, aucun blessé, furent recueillis à bord.

33. L'énergie et l'initiative du second, M. Herbert W. Ruddle-Browne, RMRC (temporaire) furent remarquables. Il m'apparut évident dès les premiers instants de l'engagement que le premier lieutenant, John M. Todd, RVMRC (temporaire), n'était pas à la hauteur de la tâche et j'envoyai M. Browne de la passerelle pour l'assister. C'est essentiellement grâce aux efforts de cet homme que tant de naufragés ont pu être sauvés et logés avec un minimum de problèmes. Le soin qu'il a mis à me garder informé de la situation m'a été d'un réel secours pour manœuvrer comme il fallait, et je considère que sa conduite en général mérite d'être récompensée.

34. Le sous-lieutenant Harold E.T. Lawrence, RVMRC, descendit avec les embarcations mises à la mer et prit la tête des opérations de sauvetage; à mon avis, beaucoup des survivants doivent leur vie à son initiative et à sa compétence.

35. Le capitaine du Berury m'apprit qu'il n'avait pas détruit ses livres confidentiels. Comme il y avait alors trop de mer pour pouvoir accoster le navire avec une embarcation et qu'il était de toute façon perdu, bien que transportant un chargement de bois, je suggérai à l'Alberni de faire feu pour couler le navire afin que les documents ne tombent pas entre les mains ennemies. L'Alberni m'ordonna de procéder et nous ouvrîmes le feu vers 0430.

36. On tira 33 salves de SAP et 33 de HE. L'incendie du navire était alors en bonne voie, et sa proue s'était encore inclinée de plusieurs degrés. Je fis cesser le tir pour ne pas perdre de munitions et retournai rejoindre le convoi, prenant mon poste au quart tribord à 0930.

37. À 1015, le chef artificier de la salle des machines, signala qu'il n'y avait plus d'eau pour alimenter les chaudières et que l'on devait s'immobiliser pour une demi-heure. J'en ai informé le Skeena; le Wetaskiwin fut envoyé pour la mission d'écran anti-sous-marin. Le navire repartit à 1030. Une enquête sur l'incident montra que le chef artificier avait oublié de faire distiller de l'eau à cause de l'agitation des événements de la nuit. Je jugeai qu'il aurait dû le faire la veille, au plus tard; c'est un homme qui s'est révélé inefficace pendant toute la traversée, quoiqu'il ait montré récemment des signes de progrès...

38. Deux matelots furent trouvés ivres à bord pendant la nuit : C. Faulkner, soutier chef, MRC, ON-3114, fut aperçu ivre lorsque le navire était immobilisé pour porter secours aux rescapés du sous-marin; C. Macdonald, second maître soutier, RMRC, ON-A4481, fut aperçu ivre lorsque nous coulions le Berury. Aucun des deux hommes n'a voulu révéler comment il s'était procuré de l'alcool. Ils ont tous les deux été condamnés à 90 jours de détention.

39. À 1230 un bon écho fut capté et une contre-attaque entreprise. Le contact fut perdu peu après, l'ASDIC étant hors d'usage, suite à l'éperonnage apparemment. Je reçus l'ordre de rejoindre le convoi.

40. À 1130 le 13 septembre, je reçus l'ordre d'assister le Chambly dans la chasse d'un contact qu'il avait établi. À 1150, la pointe de contact devint si défectueuse qu'on ne pouvait plus s'y fier et que le poste était inutilisable. Le sous-lieutenant Lawrence réussit à corriger ce problème en fixant la pointe avec de la ficelle et le balayage put continuer. À 1215 la chasse fut interrompue et nous rejoignîmes le convoi.

41. Depuis plusieurs jours, je souffrais de vives douleurs à l'estomac et à la poitrine, et ne pouvais garder aucune nourriture. À 0530, le 16 septembre, je signalai à Douglas que j'étais malade et demandai les services d'un officier médecin. Il en vint un qui me conseilla de me faire hospitaliser le plus rapidement possible; je reçus l'ordre de poursuivre jusqu'à Loch Ewe de conserve avec le St. Croix.

42. À 1525 le 16 septembre, le St. Croix rapporta qu'il avait établi un contact; notre poste était en panne et nous n'entendions rien. Le St. Croix attaqua à 1536. La chasse cessa vers 1630.

43. À 0900 le 17 septembre, le navire s'est rangé le long d'un pétrolier à Loch Ewe et je fus transféré vers le navire-hôpital St. David.

44. À 1630 le 17 septembre, le navire appareilla pour Greenock sous les ordres du lieutenant J.D. Todd, RVMRC (temporaire).

45. Pendant toute la traversée, la vigilance et le dévouement des trois opérateurs du système de détection anti-sous-marin furent exemplaires. L'énergie, l'initiative et la compétence professionnelle démontrées par l'opérateur senior, le matelot E. Thomas, ON-V13460, est particulièrement digne de mention.

J'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre dévoué serviteur,

(Signé) F.E. Grubb,
Lieutenant, MRC
Commandant