| Chômage, sécheresse et sauterelles | ||||
Les retombées de la Première Guerre mondiale ont valu aux
Canadiens une période de prospérité économique
précaire, qui s'effondre avec le crash boursier de 1929. Correction
brutale mais temporaire, croyait-on, l'économie retrouvera des
assises plus solides ! Personne ne réalise l'ampleur de la crise
qui frappe l'ensemble des pays industrialisés. La Grande Dépression
s'installe. Elle durera pendant près d'une décennie. Les exportations représentaient, avant le crash, plus du tiers
du revenu national du Canada. Les États-Unis, le principal marché
d'exportation pour les produits canadiens, réagissent à
l'effondrement boursier par des mesures protectionnistes. Les pays européens
emboîtent le pas et prennent des mesures pour protéger leurs
producteurs, notamment dans le domaine de l'agriculture. Dans les Prairies,
la production agricole avait connu un boom important lors de la Grande
Guerre. Maintenant, non seulement les pays européens achètent
moins, mais les producteurs canadiens doivent faire face à la compétition
de l'U.R.S.S., qui a repris l'exportation de ses céréales
en 1928. Les secteurs agricole et industriel sont donc durement touchés
par le rétrécissement des marchés extérieurs
de céréales, de pâtes et papiers, de minéraux
et de produits manufacturés. Avec la chute des revenus, les emplois
disparaissent. Le prix des céréales s'effondre. Le boisseau
de blé, qui valait 1,03$ en 1928, dégringole à 0,29$
en 1932 et la culture de la terre perd toute rentabilité. La baisse
du pouvoir d'achat des Canadiens affecte les marchés intérieurs
et accélère le ralentissement des entreprises de fabrication.
Le chômage augmente encore. En 1930, 390 000 travailleurs sont sans
emploi, soit près de 13% de la main-d'uvre totale. En 1933,
ce pourcentage grimpe à 26%. De 1929 à 1933, le revenu annuel
moyen des Canadiens tombe de 471$ à 247$.
Les Prairies connaissent une situation encore plus désastreuse que les provinces du centre et de l'est. De 1929 à 1937, une sécheresse sans précédent sévit sur les terres à blé. Le soleil assèche le sol et le vent charrie la terre arable pour l'accumuler le long des clôtures et des chemins. En 1937, des nuages de sauterelles s'abattent sur les récoltes et n'en laissent que la paille. La terre promise des greniers canadiens se change en un désert de poussière. Cette année-là, les deux tiers de la population rurale de la Saskatchewan dépendent de l'assistance publique et 95% des municipalités frôlent la faillite.
Le gouvernement instaure des programmes d'assistance publique et de camps de travail pour venir en aide aux plus démunis et aux sans-emploi, mais il n'arrive pas à mettre en place des correctifs efficaces pour relever l'économie. Le chômage et la misère provoquent manifestations et affrontements entre travailleurs et parties patronales, des affrontements parfois durement réprimés par les autorités policières. Le climat d'incertitude et d'urgence favorise le communisme, qui suscite la peur auprès d'une partie de la population. Le parti communiste de Tim Buck sera de toutes les luttes syndicales et les autorités le répriment durement. De nouveaux partis politiques émergent de ce ferment. Le Parti social démocratique ou CCF (Co-operative Commonwealth Federation), sous la direction de J.S. Woodworth, oppose sa doctrine socialiste à la doctrine marxiste des communistes de Tim Buck. Le Crédit social, dirigé par l'évangéliste William Aberhart, voit le jour dans les provinces de l'Ouest et il y connaît un certain succès. Aucun de ces partis n'arrivera à attirer le vote populaire en grand nombre et le pouvoir reste entre les mains des principaux partis politiques, les Conservateurs et les Libéraux. Aux élections d'octobre 1935, le gouvernement conservateur perd le pouvoir au profit du parti libéral et W.L. Mackenzie King succède à R.B. Bennett comme premier ministre. Le nouveau gouvernement libéral, engoncé dans l'orthodoxie
fiscale et le carcan constitutionnel, n'offre pas de solution immédiate
à la Grande Dépression dans laquelle le pays se trouve toujours
embourbé. En 1937, l'économie fait un nouveau plongeon et
entraîne la population canadienne dans un sillage de faillites.
En s'inspirant des théories de l'économiste anglais John
Maynard Keynes, le gouvernement King s'engage prudemment dans une démarche
interventionniste et il finance des projets de relance économique.
Mais, avant même d'avoir pu juger de l'effet de ses mesures, le
gouvernement se voit contraint d'augmenter drastiquement ses activités
et ses dépenses : la guerre est déclarée. Les Canadiens possèdent un réseau d'information efficace.
La presse imprimée leur fournit au jour le jour le compte rendu,
l'image et l'analyse des événements qui bouleversent l'Europe.
La radio, accessible aux individus à l'aise, ajoute une nouvelle
dimension d'immédiateté aux actualités. Pendant ces
années cruciales de 1933 à 1939, les Canadiens observent
anxieusement la flambée de violence fasciste et nazie. Mais cette
fois, leur ardeur à se porter à la défense de la
mère patrie et des nations amies se heurte à la misère
et à l'incertitude qui sévissent dans leur propre foyer.
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| À suivre: Jules
Landry, Souvenirs de mon père |