Centre Juno Beach | Le Canada et la Deuxième Guerre mondiale


Événements | À l'aube de la guerre
English Version | Version imprimable
Agression et impunité

La Société des Nations
La loi de neutralité des États-Unis d'Amérique
Le statut de Westminster
Journal de W.L. Mackenzie King, 29 juin 1937

Le plan d'Adolf Hitler pour une Allemagne forte nécessite le réarmement. En 1934, il introduit la conscription et entreprend de reconstituer la flotte. Puis, en mars 1935, il annonce l'existence d'une force aérienne, la Luftwaffe. La Société des Nations, dont l'Allemagne s'est retirée, condamne ces opérations de réarmement mais sans résultat. Au lieu de représailles, le Reich se voit contraint d'entériner l'Accord anglo-allemand, qui limite sa flotte à un maximum de 35% du tonnage de la flotte impériale britannique. La Grande-Bretagne, pour sa part, annonce sa propre politique de réarmement… En Europe, la course aux armements est commencée. En Amérique, par contre, les États-Unis se replient dans leur politique isolationniste et adoptent la Loi de neutralité de 1935.

Dirigeants des partis nazi et fasciste, vers 1936-1940. Sur la première rangée, de gauche à droite, Hermann Goering, Benito Mussolini, Rudolf Hess et Adolf Hitler.
The Weekend / Archives Nationales du Canada, PA- 114781.  

Les événements se précipitent. Benito Mussolini, il Duce, prend le prétexte d'un incident à la frontière de la colonie italienne du Somaliland pour lancer ses troupes à l'assaut de l'Éthiopie en octobre 1935. L'empereur d'Éthiopie, Haïlé Sélassié, en appelle à la Société des Nations pour obtenir de l'aide contre l'envahisseur. Sur une proposition du représentant canadien Walter A. Riddell, la SdN vote un embargo sur les produits essentiels à la production de guerre : le pétrole, le charbon, l'acier et le fer. La France et la Grande-Bretagne, cependant, préfèrent s'entendre avec le gouvernement italien et ne soutiennent pas l'embargo. Au Canada, Riddell perd l'appui de son gouvernement après les élections fédérales d'octobre 1935, quand W.L. Mackenzie King succède comme premier ministre au conservateur R.B. Bennett. Les sanctions restent sans effet et l'Italie annexe l'Éthiopie à l'été 1936. La SdN faisait face à son premier conflit international; elle s'est montrée incapable de le résoudre et d'assurer la sécurité collective.

Le 7 mars 1936, les troupes allemandes marchent sur la Rhénanie, la zone démilitarisée à l'ouest et en bordure du Rhin, frontalière avec la France et la Belgique. En plus de contrevenir au Traité de Versailles, Hitler transgresse le Traité de Locarno, signé en 1925 et qui confirmait d'un accord commun les frontières occidentales de l'Allemagne. La France hésite devant la menace allemande. La Grande-Bretagne lui conseille la prudence et l'appel à la SdN. Inquiète, la Belgique proclame sa neutralité.

À l'été 1936, la guerre civile éclate en Espagne. Élue démocratiquement en février 1936, la coalition de gauche du Front populaire détient le pouvoir. Les Nationalistes, dirigés par le général Francisco Franco avec l'appui de l'armée et de l'église, s'opposent aux réformes des Républicains du Front populaire. Une insurrection armée éclate le 17 juillet 1936 et, à la fin du mois, l'Espagne est divisée en deux. Les Nationalistes de Franco reçoivent des renforts de troupes italiennes ainsi que des armes et des avions de l'Allemagne. L'U.R.S.S. fournit des armes et aide les Républicains. Des brigades volontaires internationales se forment pour leur venir en aide dans la lutte contre le fascisme.

On a qualifié la Guerre civile d'Espagne de répétition générale en vue d'une nouvelle guerre mondiale. Les idéologies opposées du communisme et du fascisme s'y affrontent et les batailles servent de banc d'essai au matériel militaire moderne. Seules manquent les démocraties de l'Ouest. En effet, les États-Unis refusent de fournir des armes au Front populaire alors que la France et la Grande-Bretagne restent neutres. Au Canada, le gouvernement King refuse de venir en aide à un régime communiste, même élu démocratiquement, et il préfère se rallier à la politique d'apaisement de la Grande-Bretagne. Malgré l'interdiction de participer à un conflit armé sans l'assentiment du gouvernement, quelque 1300 Canadiens se portent volontaires pour aller défendre la démocratie espagnole sous l'étendard du bataillon Mackenzie-Papineau.

Soldats du bataillon Mackenzie-Papineau dans une tranchée en Espagne, vers 1937-1938.
Archives nationales du Canada, C-067469

Le peuple canadien et ses représentants élus ne sont pas dupes de la situation en Europe. À la session de février 1937, le ministre de la Défense nationale, Ian A. Mackenzie, propose à la Chambre des Communes d'accroître le budget alloué à la défense du territoire canadien. Les opinions divergent. Certains députés se disent en faveur de la défense territoriale, voire de l'appui à la Grande-Bretagne dans l'éventualité d'une guerre. D'autres se prononcent contre toute intervention dans un conflit armé européen ou soutiennent que la course aux armements ne fera que provoquer une nouvelle guerre, comme en 1914. En fin de compte, l'année 1937 verra une modeste augmentation des crédits budgétaires du ministère de la Défense nationale, qui passent de 30 à 36,2 millions de dollars.

La question du rôle que jouerait le Canada dans l'éventualité de l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne revient sur toutes les lèvres, mais le gouvernement King refuse de s'engager. Officiellement, le premier ministre maintient qu'en cas de crise, ce sera au Parlement canadien de décider. Le Statut de Westminster a effectivement donné pleins pouvoirs au Canada en ce qui concerne sa politique étrangère et le dominion n'a plus, techniquement, l'obligation de participer à une guerre déclarée par Londres. Mais cette autonomie n'a jamais encore été mise à l'épreuve dans une crise d'une telle ampleur.

En mai 1937, King est à Londres à l'occasion de l'Imperial Conference et du couronnement du roi George VI. Toujours prudent dans ses déclarations, il avoue dans une conversation privée avec le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, et le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Anthony Eden, qu'il a l'intention d'appuyer la Grande-Bretagne si elle entre en guerre. Au palais de Buckingham, il rencontre aussi l'ambassadeur d'Allemagne, Joachim von Ribbentrop, et celui-ci l'invite à rendre visite à Hitler. Après avoir consulté Chamberlain et à Eden, le premier ministre canadien accepte l'invitation et se rend à Berlin, le 28 juin 1937. Il rencontre le général Hermann Göring, le ministre des Affaires étrangères, Konstantin von Neurath, et, le lendemain, il s'entretient pendant plus d'une heure avec Adolf Hitler. Dans une rhétorique polie d'homme du monde qui, en toutes choses, recherche le juste milieu et la conciliation, King informe Hitler qu'en cas de conflit, tous les dominions se porteraient au secours de l'Angleterre. L'entretien se déroule dans une atmosphère de grande cordialité. King ne peut imaginer la monstruosité des plans de conquête et de nettoyage ethnique que masque le regard en apparence sincère de son hôte.

En visite à Berlin, le premier ministre W.L. Mackenzie King reçoit le salut nazi, juin 1937.
Archives nationales du Canada, PA-119013.  

Quand j'ai été formellement introduit dans la pièce dans laquelle Herr Hitler me recevrait, il s'est approché discrètement et aimablement et il m'a dit qu'il était heureux de me voir en Allemagne…
Journal de W.L. Mackenzie King, 29 juin 1937 (en anglais).

Liens:
Haïlé Sélassié reproche à la Société des Nations d'avoir abandonné son pays, en juin 1936 (en anglais). Sur le site du Mount Holyoke College (Massachusetts)
À suivre: La Société des Nations